ASSE-OL : le derby en division 2

Avant le 101ème derby de l’histoire retour sur la plus grande rivalité du championnat de France lors d’une période des plus sombres de son histoire avec le derby en division 2 entre 1984 et 1986.

Entre Lyon et St-Etienne. Il y a un antagonisme qui dépasse le cadre du football. Les deux villes sont situés à moins de 80 km l’une de l’autre et de nombreux stéphanois travaillent ou vivent à Lyon et vice et versa. Tout d’abord c’est une disparité socio-économique historique qui est à la base de cette grande rivalité. St-Etienne l’ouvrière a grandi aux dépends de Lyon la financière. Lyon ville bourgeoise aux grandes banques, détient le capital tandis qu’à St-Etienne, c’est au fond de la mine qu’il faut aller gagner la croûte. C’est caricatural mais assez réflecteur des deux publics de Geoffroy Guichard et de Gerland. Dans le Forez, le public bosse dur toute la semaine, à la mine ou à l’usine et le week-end il attend de voir les verts mouiller le maillot et aller au charbon. Jean CASTANEDA, portier des verts dira : « Quand tu joues pour les verts, tu dois travailler dur, mouiller le maillot. Tu dois être une sorte d’exemple. Si tu le fais, tu seras forcément soutenu par le public.»  

Entre Saône et Rhône c’est différent, le public de Gerland est exigeant et attend de voir un spectacle de qualité lorsqu’il se rend au stade. Mais les deux publics ont en commun, une grande fidélité au club (les 2 stades ont toujours eu des taux de remplissage importants même en division 2) et surtout ils sont très exigeants sur la hiérarchie que doit avoir leur club dans le football français. Les stéphanois dans les années 60 et surtout 70 ont connu de grands succès qui ont permis à la ville de s’émanciper de l’ombre lyonnaise, St-Etienne grâce au foot s’est fait connaitre dans toute l’Europe. A Lyon c’est l’inverse malgré des équipes brillantes, et de beaux parcours en coupe de France, au début des années 80 le club n’a jamais été champion de France et dans la 2ème agglomération du pays ça fait tâche. Alors lorsque débute la saison 1984-85, les supporters des 2 clans font grise mine de voir leurs équipes attaquer en division 2, bien loin de leurs prétentions. Lyon est là depuis la saison dernière déjà, une descente aux enfers qui conclue en eau de boudin une mauvaise gestion d’une des plus belles générations du club. 

Dans les années 70, l’OL est certes dans l’ombre du voisin stéphanois, pour plagier Roger ROCHER, « En football, Lyon est la banlieue de St-Etienne » mais possède une très belle équipe avec la génération Chiesa, Di Nallo, Lacombe. Ce triumvirat fera très mal aux défenses françaises pendant bien des saisons. L’OL vainqueur de la coupe de France 73 et finaliste en 76 terminera 3ème en 1974 et 1975 derrière les intouchables nantais et stéphanois. Mais à la fin des années 70 le club s’endette et se sépare de ces meilleurs éléments (Bernard Lacombe, Jean Tigana…) pour renflouer les caisses laissant les commandes de l’équipe aux jeunes du centre de formation mais ce rajeunissement va être fatal au club qui va s’engluer au début des années 80 pour descendre, inexorablement, en 1983. Dans le Forez, la chute est encore plus lourde car les verts tomberont de plus haut. Champion de France 1981 (voir le sujet sur le dernier titre des verts) le club tombera avec l’affaire des caisses noires, pour faire simple le club, la vile et quelques industriels du coin (dont Manufrance) avait un petit bas de laine de, environ 20 millions de francs, non déclarés bien sûr et qui servaient à reverser en primes aux joueurs afin de rester compétitifs avec les autres clubs européennes et de continuer d’attirer les meilleurs joueurs. Ainsi on apprendra bien des années plus tard comment Roger ROCHER répartissait son petit « trésor de guerre »

Jacques Zimako 108000 francs
Patrick Battiston 116350 frs
Jean Farison 170814 frs
Gérard Janvion 964780 frs
Bernard Lacombe 115000 frs
Jean-François Larios 1100000 frs
Christian Lopez 285000 frs
Raoul Noguès 112500 frs
Oswaldo Piazza 325399 frs
Michel Platini 880000 frs
Robert Herbin 823222 frs
Roger ROCHER fera de la prison et le club devra rembourser alors dettes sur dettes, tout d’abord en vendant tous ses joueurs et tout comme Lyon, va connaitre la descente avec ses jeunes pousses.

St-Etienne domine les débats en D2

Les deux clubs vont avoir une approche totalement différente à l’échelon inférieur. Les verts vont s’appuyer sur sa jeune classe avec aux manettes un jeune entraineur le polonais Henryk KASPERCZAK (voir le sujet sur KASPERCZAK) tandis que les gones vont jouer la carte des vieux mercenaires sur le retour. Le Sphinx HERBIN, passé chez l’ennemi, va mener des anciennes gloires internationales come Jean-François LARIOS, Olivier ROUYER ou encore Félix LACUESTA barouder sur les terrains de Cuiseaux-Louhans, Le Puy, Béziers ou Sète, les résultats la manière ne suivra pas, seul les jeunes comme Laurent Fournier ou l’attaquant Sima NIKOCLIC éviteront le pire, Lyon finit 7ème du groupe B de D2 !
A St-Etienne, le pire les supporters ont cru qu’ils y allaient tout droit avec un début de saison catastrophique ! En septembre le club, après un mois de compétition, le club est 15ème du groupe B qui comprend que 18 clubs. La faute à 3 défaites consécutives contre Bourg la Roche, Limoges et Gueugnon, on est bien loin des confrontations face à Hambourg, Liverpool ou le Dynamo de Kiev.  Thierry OLEKSIAK estime que : « Nous sommes trop bien élevés. On joue encore comme en première division, mais en deuxième, il ne faut pas se marcher sur les pieds » d’autant qu’arrive le premier derby de la saison à Geoffroy GUICHARD, le match est triste comme le début de saison des 2 équipes et ce solde sur un 0-0. Mais en coulisses ce sont les verts qui vont se refaire une sante. Les verts sont aux bords du gouffre, après deux ans de crise le club est criblé de dettes, le président de l’époque, André LAURENT : « Nous ne sommes même pas certains de passer l‘hiver. Financièrement notre espérance de vie ne dépasse pas décembre »

Mais le club va repartir avec Rocher ! Non pas Roger ROCHER mais les cakes ROCHER qui vont sponsoriser le club et donc assurer son avenir à court terme. Jean-Luc ROCHER (aucun lien de parenté avec le président à la pipe, Roger ROCHER), est le PDG de la boite et explique son investissement et son opportunisme : « Etant amateur de foot et originaire de la Loire, on me demandait souvent si j’avais des rapports avec la famille Rocher. Je répondais, bien évidemment, par la négative mais cette homonymie m’a donné des idées. Et quand j’ai vu que le club cherchait un sponsor, je savais que le nom jouerait… » Un bonheur n’arrivant jamais seul l’équipe qui commençait à redresser la barre va trouver une âme et une alchimie qui vont faire des dégâts jusqu’à la fin de la saison. Même si les stéphanois s’en défendent, l’arrivée de fons à sûrement libéré les joueurs, on n’a jamais vu d’équipe enchainer de grandes séries de victoires lorsque les salaires n’étaient plus assurés. Mais André LAURENT le président lui voit une autre source au succès des verts : « Notre redressement, n’est pas un miracle. Nous sommes simplement revenus aux vraies valeurs de la vie honnêteté, la ténacité, la soif de vaincre et le dépassement de soi-même, autant de concepts chers aux stéphanois » Dieu que c’est beau, surtout aux oreilles des supporters car la coïncidence des valeurs simples retrouvées en même temps qu’un sponsor et des salaires assurés, me parait un peu grosse. 

Par contre une vérité qu’on ne peut pas ébranler, c’est celle du terrain et la bande KASPERCZAK devient irrésistible, raflant tout sur son passage et remontant au classement comme un boulet de canon. C’est une tornade vert qui arrive à Gerland pour le match retour et c’est un ouragan qui en repartira : victoire 5-1 des verts à Gerland, un massacre (et encore Laurent FOURNIER, réduira la marque seulement à la 90ème). Les deux équipes n’empruntent pas la même route, les verts retrouveront vite celle de la D1 tandis que Lyon restera une éternité au purgatoire, jusqu’à l’arrivée d’un jeune président ambitieux toujours aux manettes 23 ans plus tard. ST-Etienne échouera d'un rien cette saison là. Après une remontée spectaculaire, les verts terminent 2ème derrière Nice mais perdront en barrage face à Rennes. Mais KASPERCZAK à construit un groupe et une équipe et ils remonteront facilement la saison suivante. D’ailleurs pour la petite histoire il y a eu forcément 2 derbys supplémentaires en division 2 la saison suivante, et chaque équipe l’a emporté sur son terrain, à chaque fois devant plu de 35 000 spectateurs !

En cadeau voici les deux planches des équipes 1985-86 :

11 commentaires:

  1. Article bien instructif! St Etienne avait dérogé a ses valeurs avec cette histoire de caisse noire
    et Lyon arrive de bien loin... c’était donc un club de...looser! dur d'y croire lol, Merci Aulas!

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  2. A l'époque c'était une pratique très répandue dans le foot français et on ne parle que de ceux qui ce sont fait chopper : Roger avec l'ASSE et quelques année avant Daniel HECTHER avec le PSG qui lui a été banni à vie par la FFF. A l'époque HECHTER, novice dans le monde du foot avait dit qu'il avait suivi les conseils des autres présidents... ça veut tout dire

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  3. j'avais eu la chance de rencontrer castaneda et milla en 86 lors d'un lille-asse en coupe !! très sympathiques, milla: un champion ...
    faudra que je demande à mon père ce que l'on foutait à lille !!! :D bonne chance ds le derby ... et victoire lensoise à paris ???

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  4. Effectivement...très peu de parisiens connaissent l'Histoire d'Hechter (y compris moi), ce furent de brumeux débuts pour le PSG
    On a de la chance d'avoir un championnat relativement sain depuis 15 ans à défaut d'être spectaculaire

    Cedric si Lens gagne à Paris ça sera uniquement parce que Gervais Martel aura acheté l'arbitre lol

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  5. Non y'a toujours autant de magouilles sauf qu'on en parle pas comme le dopage. En tout cas c'est ce que je pense. IL n'y a pas longtemps Courbis et l'OM étaient au tribunal pour es histoires de transferts et il y a quelques jours l'affaire Payet était pas loin d'être du même tonneau. Son agent qui a signé son contrat l'a fait au sein d'une holding mais depuis il a quitté la holding, donc il ne touche plus rien. Avec son joueur ils ont été voir les dirigeants pour demander une revalorisation de son contrat (et signer au nom de l'agent qui pourra alors toucher sa rémunération). Les dirigeants verts, et c'est un lyonnais qui le dit, ont eu raison de renvoyer dans leurs gonds les 2 hommes. Et donc c'est pour ça qu'après Payet voulait à tout prix partir au PSG, 3 jours à la fin du mercato, voilà le foot aujourd'hui. Moi je ne trouve pas ça très sain...

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  6. tonino, gervais, il a plus assez de sous !!!! ;-D

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  7. Lens marche toujours bien au Parc, c'est un truc de fou

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  8. et pour alex, l'affaire payet, je trouve ca ecoeurant !!! le monde du foot est toujours pourri, meme en amateur !!!
    je tiens a voir ce qu'il va se passer à lens ( en quete de liquidités ...) avec raphael varane, courtisé par MU, chelsea ... ecoeurant !!!

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  9. 1 excellent point ( defense à la boloni) mais une 19è place !!! allez, ca va venir !!!

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  10. Vu sous cet angle c'est vrai, c'est une relativité tout relative, je d'autant plus d'accord concernant le dopage, notre sport favori serait le seul à n'avoir aucun dopé?
    Mais en comparaison avec d'autres championnats grands ou petits (et même les fédérations) qui sont phagocytés par des trafics en tous genres j'avais l'impression qu'on était les moins pourris lol

    PS: Superbe derby hier!
    PS2: Bien vu Cédric, bravo les lensois
    PS3: la nouvelle console des stéphanois lol

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