Le Grand Real de Madrid de 1955 à 1960

Retour sur l’équipe qui remporta les 5 premières éditions de la coupe d’Europe des clubs champions et qui sera la première ère  madrilène des "galactiques" derrière le président emblématique Santiago BERNABEU qui réussira à réunir sous le même maillot les 3 meilleurs joueurs au monde de l’époque avec Alfredo DI STEFANO, Raymond KOPA et Ferenc PUSKAS. Voici passé au crible ces 5 années de règne européen mais plus qu’un long récit je vais surtout faire la part belle aux images, avec les vignettes « cromos » de chaque saison assemblées en planches, pour voir ces planches en bonne résolution je vous conseille de cliquer dessus.


La présidence de Santiago BERNABEU 

En 1943, le gouvernement force les présidents du Real Madrid et du FC Barcelone à démissionner. Le 15 septembre 1943, Santiago Bernabéu Yeste est nommé à l'unanimité président du club. Bernabéu est lié de longue date avec le club madrilène : il a intégré les équipes junior du club dès 1909 à l'âge de 14 ans, devint capitaine de l'équipe première et inscrivit plus de 200 buts pour le club entre 1911 et 1927. Il était resté au sein du club jusqu'en 1936, date à laquelle, le football n'étant plus pratiqué pour cause de Guerre civile, il combattit pour les forces nationalistes de Franco. En 1943, c'est cependant un tout autre club qu'il retrouve puisqu'il faut pratiquement tout reconstruire : l'ancienne administration a été décimée (plusieurs membres ont été tués durant la Guerre civile, d'autres ont disparu), les installations sont fortement abimées et même certains des trophées du club ont été volés. De plus, l'Atlético de Madrid, club de l'armée de l'air, est prépondérant et le Real n'a lui reçu aucune aide gouvernementale pour se reconstruire. Bernabéu passe alors plusieurs mois à contacter d'anciens joueurs, membres du club... pour parvenir à reconstruire le club. C'est lui qui va créer un schéma d'organisation pour les futurs clubs professionnels en donnant une certaine indépendance aux diverses sections du club qui fonctionneront avec leur propre staff. L'une des œuvres majeures de Santiago Bernabéu lors des premières années de sa présidence concerne le stade du Real Madrid. En effet, il estime que l'Estadio Chamartín, qui est le stade du club à l'époque, n'est plus assez grand pour convenir aux ambitions du club. Il fait alors construire un nouveau stade, le Nuevo Estadio de Chamartín, qui est inauguré le 14 décembre 1947. Voici l’évolution du stade de Madrid c’est assez impressionnant. La première image est le Stade Chamartin lors de l’accession à la présidence du Réal. La deuxième est le nouveau stade Chamartin inauguré en 1947. Ensuite Il y a l’agrandissement de 1953 au vu des ambitions exceptionnelles du Réal, il lui faut le plus grand stade possible (3ème image). Pour la coupe du monde 1982 le stade va connaitre une modernisation (image 4)et enfin la 5ème image est le stade aujourd’hui :

Le règne de Di STEFANO

Les premiers résultats tardent à venir sous la présidence de Bernabeu et ce dernier décide de changer de stratégie et va opter pour une politique ambitieuse et agressive (on verra pour DI STEFANO pourquoi j’emploie ce terme), en recrutant les meilleurs joueurs étrangers au monde. Le premier d’entre eux est l’argentin Alfredo DI STEFANO. L’argentin arrive en 1953 à Madrid lors d’un des transferts les plu controversés de l’histoire.
Pour bien comprendre ce transfert et la longue incidence qu’il aura sur les relations entre Barcelone et le Réal de Madrid il faut remonter 5 ans plus tôt en Argentine. En 1948 la Fédération suspend la championnat argentin face à la grève des joueurs, DI STEFANO, qui évolue à River Plate est l'un des grévistes les plus virulents et ses relations avec son président se détériore très sérieusement pendant cet épisode. Le divorce sera total quelques mois plus tard. Au retour d'une tournée de bienfaisance en Italie, suite au drame de Superga (catastrophe aérienne qui couta la vie de tous les membres de l'équipe du Grand Torino), les relations entre le président de River, Vespucio et Alfredo DI STEFANO se tendent à nouveau, le président revenant sur les accords mettant fin à la grève et négociant sans son accord son transfert au Torino. Di Stéfano décide alors de rejoindre les Millonarios de Bogota en Colombie. Il s'envole incognito pour la Colombie le 9 août 1949, et le président de River Plate ne touche aucune indemnité. Le problème est que l’argentin est toujours sous contrat avec River Plate et ça, ça va drôlement compliquer les choses. 
Le transfert d’Alfredo di Stéfano en Espagne fait l'objet d'une intense bataille entre le Real Madrid et le FC Barcelone. Barcelone est le premier à se renseigner sur le joueur et le président Enric Martí charge Josep Samitier de faire signer Di Stéfano. Barcelone négocie son transfert avec River Plate et celui-ci se conclut pour 4 000 000 de pesetas à compter du 1er janvier 1955. Le 23 mai 1953, Di Stéfano arrive en Espagne pour signer son contrat et dispute trois matchs amicaux avec le club.

La négociation avec Los Millonarios, qui possède aussi un contrat et est donc également "propriétaire" du joueur jusqu'au 1er janvier 1955, ne connaît cependant pas la même fin heureuse. Le président du club colombien, Alfonso Senior Quevedo, demande 27 000 dollars (1 350 000 pesetas) pour le transfert de Di Stefano, montant jugé trop élevé par le président de Barcelone. Le Real Madrid, qui vient de porter la capacité de son stade à 125 000 places, souhaite recruter un grand joueur. Santiago Bernabéu charge le trésorier du club, Raimundo Saporta, de négocier le transfert de Di Stéfano. Il se rend à Buenos Aires pour rencontrer les dirigeants de River Plate mais ceux-ci l'informent de l'accord passé avec Barcelone. Il contacte ensuite Los Millonarios et accepte de payer le montant demandé par son président. Chacun des clubs espagnols possède alors une option sur Di Stéfano, le Real ayant un accord avec Los Millonarios, et Barcelone avec River Plate.
DI STEFANO et les 5 premières coupe d'Europe des champions
Le président de Barcelone, furieux, négocie alors la vente des droits du joueur avec la Juventus Turin provoquant l'indignation de Di Stéfano, qui n'a pas été consulté. Le club italien refuse d'engager des négociations sans le consentement de la FIFA. La FIFA, appelée comme médiatrice, nomme Armando Muñoz Calero, ancien président de la Fédération espagnole de football, pour dénouer le conflit entre les deux clubs. Il décide que Di Stéfano jouera pour le Real Madrid lors des saisons 1953-1954 et 1955-1956, et pour le Barça en 1954-1955 et 1956-1957, non mais sans déconner si c'est pas une décision pour se dédouaner du problème !! C'était impossible pour toutes les parties de se retrouver dans un accord aussi démentiel, d'ailleurs on va bien le voir. À l'issue de ces quatre saisons, les deux équipes doivent se mettre d'accord sur l'avenir du joueur en Espagne. L'accord est approuvé par le gouvernement espagnol et les deux clubs. Cette décision crée une telle tempête de protestations au sein même de la direction de Barcelone et des socios que le président du FC Barcelone est obligé de démissionner le 22 septembre 1953. Barcelone revend alors ses droits sur le joueur au Real Madrid et Ddi Stéfano signe enfin dans le club merengue pour environ 5 500 000 pesetas (33 055,66 euros actuels). En plus du montant du transfert, le Real verse au joueur 1 350 000 pesetas de prime de transfert, 650 000 pesetas de prime annuelle, un salaire de 16 000 pesetas et des primes de match doublées par rapport à ses coéquipiers soit au total près de 40 % des recettes annuelles du club.Les motifs ayant amené la décision de laisser Di Stéfano jouer à Madrid sont contestés par les deux clubs. Alors que le Real a toujours maintenu qu'il s'agissait d'une décision volontaire de Barcelone, le club catalan, lui, argue que c'est une décision prise sous la pression du gouvernement de Franco. Cet incident a exacerbé l'hostilité traditionnelle entre les deux clubs espagnols
Réal de Madrid version 1955-56
DI STEFANO, après sept mois d'inactivité, fait ses débuts sous le maillot madrilène en septembre 1953, Deux semaines plus tard, le Real reçoit en championnat le FC Barcelone et le clásico se conclut sur une défaite cuisante des barcelonais 5 à 0. Deux des buts sont marqués par DI STEFANO lui-même et il conquiert le cœur du public madrilène. En fin de saison, DI STEFANO permet au club de remporter la Liga 21 ans après le dernier titre. Il est, avec Gento, autre recrue du club, le grand artisan de ce succès, finissant meilleur buteur avec 29 buts. C'est le début de l'âge d'or du Real Madrid.
Lors de la saison suivante, pour la première édition de la coupe d'Europe des Clubs champions, le Réal se hisse en finale face su Stade Reims de Raymond KOPA. Le match à lieu au Parc des Princes et les rémois jouent à « domicile » car c’est dans ce stade qu’ils vont jouer tous leurs grands matchs de coupes d’Europe. Mais après un match fou, c’est le Réal qui l’emporte 4-3 la première d’une incroyable série jamais égalé.

Le Réal avec Kopa

Santiago Bernabeu a bien compris que si il voulait régner sus cette nouvelle compétition, il lui fallait récupérer les meilleurs joueurs de ses principaux concurrents. Pour cette première édition, c’est un certain Raymond KOPA qui mena le stade de Reims à ce rang, BERNABEU fera signer très vite l’ancien joueur du SCO. On le voit ci-dessous, pressé d’embarquer pour Madrid :
Le cliché prouve bien la portée d’un tel transfert en France, le premier gros transfert international d’un joueur français. KOPA va devenir le premier joueur français à remporter une coupe d’Europe mais aussi à remporter un ballon d’or, le français tutoie le sommet du football mondial, confession :« je me rappelle de ce match gagné en Espagne au cours duquel un journaliste anglais m'avait surnommé "Napoléon". C'est la 1ère fois que l'équipe de France s'imposait en Espagne, 2-1, le 17 mars 1955 et je pense que ça a été le meilleur match de ma carrière. 1958 a aussi été une année exceptionnelle. J'ai remporté le Ballon d'Or, le titre de meilleur joueur de la Coupe du Monde en Suède, la Coupe d'Europe des Clubs Champions et le Championnat d'Espagne avec le Real Madrid. Si j'ai réussi cette carrière, c'est grâce à mes coéquipiers. Dans un sport collectif, tu ne peux pas exister tout seul ... »
Le Réal de Madrid version 1956-57
Cette saison là le Réal remporte sa seconde coupe d’Europe en battant la Fiorentina à Madrid 2-0.

L’arrivée de l’immense Ferenc PUSKAS

Au début des années 50 la Hongrie (champion olympique en 1952) est considérée comme la meilleure équipe au monde et PUSKAS ? le « major galopant » comme le meilleur joueur mondial tout simplement. Sans revenir sur la coupe du monde 1954, je vais parler des évènements de 1956 qui vont avoir de lourdes conséquences sur sa carrière.
Le 4 novembre 1956, les chars russes entre dans Budapest pour mater l'insurrection hongroise. À ce moment-là, Puskás et ses coéquipiers du Honvéd Budapest se préparent à une nouvelle tournée en Europe. Malgré les évènements, les joueurs se rendent quand même en Europe, voici la photo de cette tournée, où le Honve jouait justement contre le Réal de kopa et de Di Stefano :

Ferenc Puskás choisit de ne pas rentré au pays et devient un fuyard au vu des lois comnuistes de l'époque. Il a appris que sa femme et sa fille ont clandestinement gagné Vienne à pied, et il part les y retrouver. À la demande de la Fédération Hongroise, Puskás est suspendu dix-huit mois par la FIFA. Privé de travail, il survit dans un camp de réfugiés en Autriche avec pour seules ressources des mandats envoyés par son ancien coéquipier László Kubala, qui joue à Barcelone depuis 1951. Le Major sombre dans l'alcool et grossi d'une vingtaine de kilos. Heureusement, un homme pense à lui. Emil Osterreicher, ancien entraineur du Honvéd, devenu directeur technique au Real Madrid, l'engage dans le grand club madrilène. Pendant ce temps là le Réal de Madrid vient de remporter sa 3ème coupe d'Europe d'affilée.
Le Réal de Madrid version 1957-58
Une autre version de la même saison


En finale les madrilènes l'emportent 3-1 face au Milan AC au stade du Heysel avec des buts des inévitables  Di  Stefano et Gento.
Puskás est accueilli avec scepticisme par les supporters du Real. Mais le Hongrois s'entraine durement pour retrouver une silhouette acceptable. Rapidement, il une fait sa place aux côtés des Di Stéfano, Kopa et autres Gento et devient le chouchou du public, qui le surnomme « Sancho » ou encore « Canoncito Poum ». Puskás n'est pourtant pas présent en finale de la Coupe des clubs champions 1959 contre Reims à Stuttgart. Le gouvernement allemand a refusé de lui délivrer un visa, n'ayant toujours pas pardonné à l'ex-Major les allusions au dopage qu'il émettait pour expliquer la victoire allemande à Berne. 
Une version amusante de l'effectif madrilène 1958-59
Pour le remake de la première finale de la coupe d'Europe, le Réal l'emporte à nouveau, 2-0
Un an plus tard, Puskás est bien présent à Glasgow pour la finale 1960 contre l'Eintracht Francfort. Il réalise l'un des matches les plus impressionnants de sa carrière, inscrivant quatre buts. Di Stéfano en ajoute trois autres et le Real remporte sa cinquième Coupe d'Europe consécutive sur un score record : 7-3.
Le Réal de Madrid version 1959-60
La même équipe mais sous une autre édition

Enfin le meilleur moyen de Parler de Ferenc PUSKAS, c'est d'évoquer ses stats :

84 sélections, 85 buts (+ 4 sélections en équipe d'Espagne)
511 matches en championnat de Hongrie et d'Espagne, 533 buts
36 matches de coupe d'Europe, 41 buts
641 matches/ 659 buts

En plus PUSKAS était un amoureux de la France, il n'y a qu'à regarder ses lectures ou ses fréquentations :
Le Réal est au sommet avec son trio de classe mondiale. Entre l'arrivée de Di Stefano en 1953 et la retraite de Puskas en 1966, le Réal va remporter : 9 titres de champions et surtout 5 coupe d'Europe des clubs champions (+ deux finales perdues).
C'est lors de cette période que s'est construit l'histoire du club le plus titré en Europe.

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