Carmelo MICCICHE

Saison 1986-87, le championnat offre plein de paradoxes où après avoir recruté à tour de bras des grands vedettes internationales (Julio César, José-Luis Brown, Enzo Francescoli, Pierre Littbarski, Karl-Heinz Forster ou encore Klaus Allofs) ce sont les jeunes attaquants français qui vont se révéler : Jean-Pierre Papin, Stéphane Paille, Eric Cantona ou Philippe Fargeon et parmi toutes ces révélations, celui qui va exploser c’est Carmelo MICCICHE. Meilleur attaquant du championnat il sera appelé, logiquement, en équipe de France pour son premier match quand Michel PLATINI lui effectuera son dernier. Comme une transmission de témoin le débutant marque son premier but pour son premier match sur une passe du triple ballon d’or. Pour les journalistes la transition est facile entre ces deux lorrains d’origine italienne, la relève du grand Michel est assurée. Mais entre les deux hommes il n’y aura pas la même trajectoire à l’arrivée comme au départ, retour sur une carrière plus que chaotique.
Originaire de San Michele Canzaria en Sicile, la famille Micciche s’est installé e n Lorraine dans les années 60. Le père y avait trouvé un emploi de machiniste et engendré un 4ème enfant : Carmelo. Celui-ci était donc né en France mais avait gardé un peu (beaucoup) de son cœur là-bas, au bout de la grande botte. MICCICHE avoua même au cours d’une interview : « petit, quand la France rencontrait l’Italie, j’étais pour la Squaddra… »

Fou de foot, il était rentré une première fois au FC Metz. Filière classique pour un joueur doué. Le centre de formation sous la houlette de Marcel HUSSON son mentor, la division 3, les premiers matchs en pro. L’histoire était prometteuse, belle mais le compteur allait se bloquer. A 18 ans c’est l’accident, Carmelo allait être fauché en plein envol. Cela s’est passé en coupe Gambardella face à Strasbourg, un vilain tacle et double fracture malléole-péroné. Et vogue la galère, un an sans jouer puis un prêt à Quimper et finalement l’arrêt.. « Au bout de 6 mois j’ai effectivement quitté Quimper pour m’installer à Sarreguemines. J’étais au chômage. J’avais tiré un trait sur le foot, j’étais au fond du trou. » Le club de Sarreguemines allait toutefois l’en sortir. Il lui proposait de s’y remette, doucement, en division 4. Carmelo acceptait et retrouvait petit à petit peu des sensations. L’année suivante, il effectuait même une super saison avec Sarreguemines, qui avait la chance de se hisser jusqu’en 1/16ème de finale de la coupe de France. Après la finale remporté par le FC Metz de Marcel HUSSON qui venait de remplacer Kasperczack (voir le sujet sur Kasperczack), le nouvel entraineur se rappelait au bon souvenir de son protégé du centre de formation lorrain et lui donnait une seconde chance avec les grenats de Metz. La suite ? Mûri par son expérience, Carmelo comblait vite le terrain perdu. Carmelo raconte : « En rentrant sur une pelouse, je me projetais un film. Je revoyais toutes ces images, les épreuves pas lesquelles j’étais passé. C’était suffisant »
Mais surtout il est protégé par son mentor qui voit en lui le potentiel mais aussi tous les axes de progressions et qui canalise toute la fougue de Carmelo, qui naturellement doué n’a jamais su s’imposer une rigueur défensive ou collective, Marcel HUSSON va rectifier le tir. « Il a de la qualité, c'est indiscutable. Mais il n'a pas d'agressivité. Il faudrait qu'il entre sur le terrain avec le mental de Cantona. Il doit aussi comprendre qu'il a tout intérêt à se replacer constamment, ne serait-ce que pour partir de loin, ce qui le rend d'autant plus dangereux. Avec lui, il faut parler sans cesse »
La saison 85-86 fût déjà d’un bon cru pour Carmelo (8 buts en 35 matchs) qui est devenu titulaire au sein du FC Metz, mais 86-87sera celle où tout son talent va exploser aux yeux de la France entière.

Ses co-équipier sont admiratifs, comme Bernard ZENIER : « j'ai connu Carmelo alors qu'il était gamin à Florange. Il était déjà au-dessus du lot. Je l'ai perdu de vue avant de le retrouver cette saison. Il sait tout faire, il va vite, sent bien les coups. Pour moi, c'est le type même de l'attaquant moderne ». Auteur de 14 buts, Carmelo fait chavirer les défenses pas ses dribbles courts et ses débordement incessants, Canal + qui ne retransmet alors qu’un match par semaine choisira souvent le FC Metz car le spectacle et les buts sont au rendez-vous avec Carmelo, même le sélectionneur Henri MICHEL viendra à St-Symphorien pour observer l’attaquant d’origine sicilienne. Et ce qui devait arriver arriva, dans une saison où les bleus n’avaient programmé aucun match amical, le sélectionneur convoque pour un rassemblement tant attendu (les bleus n’ont pas joué depuis 6 mois ce qui n’était pas arrivé depuis 1962) Carmelo MICCICHE. Voici alors comment Henri MICHEL justifiait son choix devant la presse : «MICCICHE sera des nôtres pour France-Islande. Il a toutes les qualités de l’attaquant moderne, la vitesse, le dribble, la créativité. Cette saison il a ajouté l’efficacité, et possède de surcroit l’avantage de pouvoir jouer des 2 côtés ».
Le 29 avril 1987 Carmelo assure donc sa première au Parc des Princes devant 32 000 spectateurs qui ignorent alors qu’ils assisteront au dernier match avec les bleus de Michel PLATINI. La France qui après son mondial mexicain a enchainé une série catastrophe : défaite 2-0 en amical face à la suisse puis deux matchs nuls en éliminatoires de l’Euro 88 0-0 en Islande et en RDA et a connu une défaite au Parc face à la grande équipe d’URSS (voir le sujet sur l’équipe d’URSS de Lobanovski de 1986 à 1988)
Donc les bleus sont au pied du mur et n’ont pas inscrit le moindre but depuis la coup du monde 1986 et c’est Carmelo qui va mettre fin à la série en reprenant un centre fuyant de Platini à la 37ème minute. Mieux en seconde mi-temps il offre le second but à Yannick Stopyra, décisif et altruiste, MICCICHE a réussi ses débuts avec les bleus. Un mois plus tard il sera titulaire en attaque avec Stopyra pour sa seconde et dernière sélection lors d’un naufrage des bleus synonymes d’élimination après leur défaite 2-0 en Norvège.

France-Islande sa première sélection aux côtés de Michel
Norvège-France sa 2ème et dernière sélection
Pour Micciche toutefois la saison était un comte de fée, meilleur attaquant du championnat auteur de 14 but, le FC Mets qui termine à une très prometteuse 6ème place et des débuts réussis en équipe de France. Malheureusement la scoumoune va revenir frapper à sa porte. Une grave blessure au genou (ligaments) le laisse sur le flanc une bonne partie de la saison mais c’est pendant sa rééducation que le divorce va s’entamer avec le FC Metz. Le 21 Octobre 1987 lors d’un PSG-Metz Carmelo se blesse gravement au genou droit et est opéré 10 jours plus tard à Colmar. Il revient à Metz le 30 janvier, après deux séjours au centre de rééducation de Saint-Jean de Monts, pour entamer sa rééducation avec le kiné du club, problème : 

Carmelo sèche systématiquement ces 2 séances quotidiennes et prétend faire sa rééducation tout seul. Cet absentéisme irrite au plus profond le président Molinari et Micciche sans la protection de Husson a failli passer plusieurs fois à la compta chercher son chèque. Aux grands mots les grands remèdes, Molinari cherche l’intendant du club de venir quotidiennement chercher Micciche à son domicile pour qu’il fasse sa rééducation, ce dernier traine les pieds et compromet sa carrière à ne pas soigner son genou sérieusement. Berner ZENIER essaye de lui faire comprendre l’importance de sa rééducation, il livre à l’est républicain : « je lui ai dit que j’avais connu ça (Zenier aussi se brisa le genou en 1982) que c’était parfois décourageant car on ne sent pas les progrès. Que cela pouvait durer plus d’un an. Lui s’imagine qu’il va rejouer demain comme si rien n’était arrivé » et de poursuivre : « On passe notre temps à lui faire la morale, moi-même, Marcel (Husson), Michel (Ettore) et le président aussi (Molinari), on lui parle des heures entières, il dit oui, d’accord et deux minutes après il repart avec ses potes et oublie tout. Le drame c’est qu’il est vraiment mal entouré »
Ces fréquentations, c’est un nouvel « agent-conseiller » qui entre deux coups de fils exerce la profession de chef d’atelier dans un garage messin, alors ça si ce n’est pas louche ! L’attitude de Carmelo provoque même le divorce avec son père spirituel, Marcel HUSSON qui déclare «Trop c’est trop ! Quand on a tout donné à quelqu’un, il arrive à un moment où on a plus rien à donner »
Malgré tout Carmelo revient après n’avoir quasiment pas joué pendant un an et redémarre la saison 1988-89 comme si de rien n’était. Malgré quelques buts la mage n’opère plus, pourtant à l’intersaison il signe chez le champion de France en titre en débarquant à l’OM. Mais alors là je ne sais absolument pas ce qu’il s’est passé mais Micciche ne fait pas long feu sur la Canebière. 

Une des rares photos de Carmelo avec le maillot de l'OM
Après 4 matchs et quelques semaines, il retourne en octobre de la même saison en lorraine au FC Metz. Incompréhensible et difficile de connaitre le pourquoi du comment. 

En Lorraine Micciche fait une saison très moyenne et est transféré la saison suivante à l’AS Cannes. Les cannois font une superbe saison terminant 4ème mais devant la concurrence est très rude pour Carmelo avec les Stopyra, Ekstroem, Simba ou encore Mrko Mlinaric. Toutefois Micciche livre des prestations intéressantes et signe un bon contrat à l’AS Nancy-Lorraine. Mais son retour en Lorraine ne sera pas victorieux le club connaissant la relégation un an après l’arrivée de Micciche. Après un an en D2, Micciche décide de tenter sa chance à l’étranger…. En Israël, dans un club dont j’ignorais même l’existence : H. Petah Tikva mais là-bas, MICCICHE va faire parler de lui avec des buts spectaculaires comme celui-ci, admirez :

video

Après 3 saisons en Israël, Carmelo décide d’aller dans un championnat encore plus huppé et se retrouve dans le duché du Luxembourg. 

Après une saison il va arrêter sa carrière professionnelle mais ne va pas raccrocher les crampons, car il v évoluer à Forbach en CFA 2. Carmelo a passé 7 années à l'US FORBACH de 1997 à 2004 il a notamment fini meilleur buteur de CFA2 avec 25 buts en 2000/2001. Joueur très adroit devant le but il pouvait à lui tout seul faire basculer le match en faveur de son équipe peut on lire sur le site du club. En fin de carrière à l'USF il a été l'entraîneur de l'équipe fanion mais il n'a pas réussi le parcours qu'il a fait en tant que joueur, voici comment il voyait se reconversion, et apparemment ce n’était pas trop sa vocation : « Ce n'est pas ce que je souhaitais, mais un jour on me l'a proposé et j'ai accepté»

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