Philippe MAHUT

« J'ai un gros défaut, je suis idéaliste ! » Philippe Mahut l'idéaliste, Philippe Mahut le peintre. On ne connaissait que le joueur et on a appris à connaître l'homme seulement à la fin de sa carrière quand enfin il s'est livré aux journalistes lors de son grand retour en première division avec le Havre en 1991 après quatre saisons en D2 commencées à Quimper et terminé au port du Havre. A cette occasion, Philippe Mahut acceptait de raconter aux journalistes sa carrière, son monde en dehors du football fait de peintures surtout. Derrière le masque on découvrait l'homme : « Le meilleur moyen de se planter dans la vie, c'est justement de ne pas être soi-même. Moi je ne calcule pas, je suis tolérant et j'ai horreur de l'injustice. Ça je ne supporte pas. Alors on m'accepte avec mes qualités et mes défauts ou on me laisse tranquille... ». Dix huit saisons au plus haut niveau, 422 matchs de division 1, 174 matchs de division 2 voilà qui en impose.
Comment tout ça a commencer ? « Je venais de rater mon bac. Je ne voulais pas me lancer dans le foot, mais ma tante, qui m'élevait, m'a poussé. A contre-coeur ! Je quittais le milieu familial, les copains... » Comme une déchirure. Le jeune footballeur talentueux de Fontainebleau débarque donc à Troyes. Sans trop savoir pourquoi... Sans trop le vouloir, surtout. « J'avais des contacts avec Troyes et PSG, qui était déjà un grand club. Mais je n'avais pas assez confiance en moi. J'ai préféré commencer plus modestement. Et faire mes preuves... De toute façon à l'époque, je n’imaginais pas le moins du monde faire une carrière dans le sens où on l'entend généralement. Je n'étais pas sûr de moi, ce n'est pas mon genre et même à la fin de ma carrière au Havre, c'était toujours le cas ».

De Troyes à Metz, de la Lorraine à Saint-Etienne, du vert au bleu-blanc du Racing, de feu Matra à Quimper et jusqu'au Havre, Mahut avoue n'avoir jamais trouvé cette confiance qui lui aurait sans doute permis de mener une toute autre carrière... « J'aurais pu aller plus haut, je le sais. Avec l'équipe de France, par exemple. Là, ma fragilité morale m'a desservi et j'en suis resté à 9 sélections. Mais c'est le destin. Ça tient à si peu de chose, une carrière. On peut toujours donner le meilleur de soi, ce que j'ai fait; il y a trop de paramètres que l'on ne maîtrise pas et de toute façon il ne faut jamais oublier que ce n'est pas le joueur qui décide. C'est l'entraîneur... ». Mais attention il n'y a aucune amertume dans ses propos juste de la lucidité quand il pose un regard en arrière sur sa carrière : « J'ai toujours eu l'impression d'avoir des entraîneurs qui savaient s'y prendre avec moi. Mais j'ai su réagir quand il fallait pour s'imposer. Mais je pense que j'ai eu de la réussite également car j'en connais de beaucoup plus doués que moi qui n'ont pas fait la moitié du chemin que j'ai parcouru ». Modeste, un trait de caractère qui le suivra tout au long de ses dix-huit années de professionnalisme. Autre trait de caractère singulier du joueur Philippe Mahut : la non-agressivité qui pourtant colle d'ordinaire à la peau des stoppeurs. « C'est le poste qui le réclame alors j'essaie de me forcer mais sans trop réussir. Et c'est toujours le même reproche depuis le début : Pas assez méchant ! ».

Côté équipe de France il est très loin du physique de déménageur d'un Yvon Le Roux par exemple, il faut avouer qu'avec 1.69 ms seulement pour 72 kilos, Philippe MAHUT est un stoppeur atypique, presque gringalet et pourtant il sera toujours un des meilleurs défenseurs du championnat de France, un défenseur qui aime le combat physique, les duels où il sort si souvent vainqueur. « Je suis sur un terrain pour me défoncer. depuis que j'ai huit ans, je fais du sport et du foot. Beaucoup de sport. C'est devenu un besoin et je ne peux pas rester deux jours sans rien faire. Il faut que je bouge, que je coure. Même seul ! »Au crépuscule de sa carrière, a plus de 36 ans il faut le voir courir au milieu de ses jeunes coéquipiers personne ne peut se douter que c'est lui le doyen, lui qui éprouve à chaque entraînement le même plaisir qu'à ses débuts. « J'ai toujours eu une vie saine. Les boîtes de nuit c'est pas mon truc. Je bois de la flotte, je dors, c'est pas plus compliqué que cela ». Personne n'imagine alors qu'il peut raccrocher les crampons même si il a failli le faire après l'expérience avec le Matra Racing. « J'ai eu un doute, c'est vrai mais Quimper m'a appelé et je me suis laissé tenter par le challenge de sortir ce club de la D2. Il y avait d'anciens messins comme moi et d'autres joueurs que j'avais côtoyé ailleurs et avec lesquels le courant était passé... ». La belle aventure, l'une des plus belles pour un garçon persuadé d'avoir toujours fait les bons choix, au bon moment. « Dommage que les problèmes financiers soient venus contrarier nos plans. L'équipe était bonne, l'ambiance super. Je suis sûr que nous aurions pu aller la chercher cette montée ». Mais Philippe Mahut n'est pas dupe et c'est que les intérêts financiers sont au dessus de tout dans le football moderne. 

Ça, Philippe Mahut l'a compris. depuis longtemps déjà. Depuis qu'il a quitté Troyes, depuis qu'il n'a pu sauver Saint-Etienne de la relégation. Une relégation qui l'a marqué : « J'adorais ce club. A l'époque en 1982, aller à Saint-Etienne représentait quelque chose pour un footballeur. Ce club avait dix ans d'avance sur tous les autres...Il venait de remporter un nouveau titre et puis..." ». Et puis tout a basculé. Le temps à suspendu son vol au-dessus d'une caisse noire et l'équipe, elle, est descendue en Deuxième division. Comme n'importe quelle autre... « C'est toujours facile, après coup, de refaire l'histoire. C'est pourquoi je n'ai pas de regrets ». Pas étonnant alors qu'il classe ses deux saisons stéphanoises comme le moment le plus fort de sa carrière. Parce qu'il a souffert, impuissant comme les autres, devant le naufrage de cette institution. « J'ai été marqué. Profondément. Autant que ma première sélection en septembre 1981 face à la Belgique. Autant qu'après mon match de Coupe du monde en Espagne? C'était le dernier contre la Pologne...Celui que personne n'avait voulu jouer ! ».
La 1ère sélection face à la Belgique
Face à la Pologne lors de la coupe du monde 1982

Il sait déjà de quoi sera fait son après football. Il retournera chez lui à Fontainebleau, travaillé dans les assurances avec son beau-père et enfin pouvoir consacrer plus de temps à la peinture. "Tout au long de ma carrière professionnelle j'ai essayé de peindre. J'ai voulu prendre des cours mais lorsque l'on est footballeur, on ne peut pas se concentrer sur autre chose. Je sais que cela fait sourire,que d'autres ont réussi. Disons que moi, je ne le peux pas !". Philippe Mahut sera homme de paroles une fois les crampons raccrochés, il gère une agence MMA à côté de Fontainebleau et s'est mis sérieusement à la peinture. Hélas tout s'est arrêté la nuit du vendredi 7 février 2014 où Philippe Mahut, est décédé à Fontainebleau, à l’âge de 57 ans, des suites d'une longue maladie.
La passion pour la peinture est pour moi le seule explication rationnelle à cette photo qui fait le tour du web depuis des années, surtout quand on connait le caractère timide et réservé de Philippe Mahut :

3 commentaires:

  1. Oui, super article. Je connaissais peu le joueur (pas la même génération), donc merci pour l'éclairage.

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