Le premier but de CANTONA avec les bleus

12 août 1987, la France doit se rendre en RFA pour un match amical avant d’attaquer la saison 1987-88 et les matchs de la dernière chance pour se qualifier à l'Euro 88. Dans le groupe il y a Eric CANTONA, c'est une grande première pour le jeune Auxerrois. Alors que tout le monde pensait qu'Henri Michel allait associer Cantona avec Philippe Fargeon, le sélectionneur va surprendre son monde en titularisant pour la première fois de son histoire, le duo mythique Jean-Pierre Papin & Eric Cantona. Un Canto pas surpris d'être là : « Cela devait arriver un jour ou l'autre » commente sobrement l'intéressé comme pour mieux souligner le caractère logique de sa sélection, « le travail finit toujours par payer ». Histoire aussi de faire comprendre qu'une éventuelle absence n'aurait en rien constitué un drame : « Je ne me serais pas laissé abattre. Au contraire m'estimant vexé, je me serais remis au travail en étant sûr que mon heure finirait par venir ». Elle est amusante cette déclaration quand on sait que deux ans plus tard, le même Cantona traitera le même sélectionneur de sac à merde quand il ne l'aura pas retenu dans le groupe France...(voir le sujet : le jour où Cantona traita le sélectionneur de sac à merde). Eric CANTONA, il faut le dire, est alors en pleine confiance, lui qui s'impose comme le choix numéro 1 alors d'Henri Michel devant les Fargeon, Papin, Micciche, Stopyra, Buscher, Paille ou Bellone. Une concurrence qui ne l'effraie pas du tout : « C'est une bonne chose, elle permet de ne pas s'endormir sur ses lauriers, de rester motivé. Je ne sais pas qui sera titulaire en attaque face à la RFA mais de toute façon je crois qu'il s'agira d'un duo complémentaire. Fargeon et Papin sont des joueurs qui aiment se trouver devant le but. Ce sont des chasseurs. Moi j'apprécie de pouvoir participer au jeu, en venant chercher des ballons en retrait et les redistribuer. Disons qu'ils ont les qualités de mes défauts et inversement ».
Sûr de sa titularisation, Cantona ne s'y trompe pas et c'est bien lui qui démarra la rencontre aux côté de JPP. D'ailleurs peu de monde en doutait, France Football dans son éditorial du 7 juillet 1987, un mois avant de sa rencontre évoquait le futur King d'Angleterre de la sorte : « L'Auxerrois Cantona apparaît comme le plus complet des attaquants français : par son potentiel athlétique d'abord et par un jeu de tête remarquable, par sa maîtrise technique brillante dans les petits espaces, par sa vision du jeu, par son sens du but. Si son mental suit, il peut et doit être le grand attaquant français de demain ». Vision assez prophétique avec une réserve assez juste sur le mental même si le terme caractère aurait été plus juste. Et le match qui va suivre va donner entièrement raison aux observateurs qui plaçait Canto comme le plus grand espoir du foot français en 1987. La France fait un début de match catastrophique à Berlin et se retrouve mené 2-0 au bout de 9 minutes, sombrant par deux fois à la malice du renard des surfaces, Rudi Völler. La RFA aurait pu mener 3-0 mais l'arbitre refusera curieusement le but de Guido Buchwald. Mais grâce à Eric Cantona, les bleus vont relever la tête juste avant la pause. Sur un long ballon de José Touré, Buchawald et Kholer se gênent un peu et Cantona en profite pour fusiller Eike Immel d'une reprise de volée du gauche. Alors qu'on craignait le pire pour les bleus au bout d'un quart d'heure de jeu, ils vont repartir d'Allemagne de l'ouest avec une défaite 2-1 pleine d’enseignements. Voici le premier but de Cantona pour sa première sélection avec les bleus :

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Je disais que cette défaite était pleine d'enseignements car tout ne fut pas négatif et la première satisfaction du sélectionneur s'appelle Eric Cantona, à la fin de la rencontre, Henri Michel ne tarit pas d'éloge sur le néo-international : « En inscrivant ce but juste avant la mi-temps, Eric Cantona nous a permis de sauver la face mais il s'est également révélé comme un attaquant de classe internationale, confirmons tout le bien que nous pensions de lui. Sa vitesse de course, sa technique, son physique et son réalisme ont posé d'énormes problèmes à la défense allemande. Il est capable de signer un long bail avec l'équipe de France ». La réaction de Canto à ses éloges ? La voici : « J'ai accueilli ses déclarations avec joie. J'ai été surpris d'ailleurs, qu'il se montre aussi affirmatif à mon égard. Il est rare qu'un sélectionneur distribue autant de louanges à un joueur ». Ah il est loin le temps des sacs à merde....
En tout cas c'est un Cantona qui analyse sa performance avec une incroyable maturité pour un espoir qui livrait là sa première rencontre internationale : « Je m'étais préparé à ce que le rythme du match soit bien plus enlevé qu'une partie de championnat ? Je m'y étais préparé et du coup cela ne m'a pas surpris même si il a fallu m'adapter après un début de rencontre laborieux de ma part. Je sais maintenant que le grand changement dans un match international vient de l'attaque du ballon. A ce niveau, il existe une pression autour du porteur du ballon incomparable avec ce que l'on vit en championnat. Contre les allemands, je me suis retrouvé cerné par deux ou trois défenseurs, ce qui m'a conduit à perdre le ballon ou à manquer de lucidité. En fait, il faut passer d'une vitesse moyenne à une vitesse rapide, la différence se situe là. J'en ai pris bonne note pour l'avenir. Il fallait que je le vive. On appelle ça l'expérience ». Une incroyable lucidité qu'il confirme quand il raconte son but : « Je me trouvais derrière deux défenseurs, l'un avançait et l'autre reculait, je me suis dit que ça allait faire tilt. J'en ai profité. Même si c'était mon premier but pour ma première sélection ça ne m'a fait ni chaud ni froid. Si encore j'avais égalisé. Mais là rien, je me suis dit qu'il nous restait cinquante minutes pour revenir au score, voilà ce à quoi je pensais sur l'instant ». Et c'est même avec des regrets que Cantona quitte la pelouse, estimant qu'il a mal joué le coup en fin de match avec un ballon de 2-2 qu'il n'arrivera pas à exploiter. Mais des occasions de briller avec les bleus il en aura plein d'autres lui qui inscrira vingt buts au cours de ses 45 sélections.
L'équipe de France pour la grande première de Cantona : Battiston, Bats, Amoros, Ayache, Le Roux, Fernandez, Touré, Papin, Passi, Poullain, Cantona

1 commentaire:

  1. Deux défenseurs centraux qui se gênent comme ça au niveau international, on verrait plus ça aujourd'hui.

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