Enzo FRANCESCOLI, les années Matra

Comme on l'a vu dans le sujet les années River d'Enzo Francescoli, l'uruguayen s'est envolé en France sitôt le mondial mexicain terminé au prix d'un transfert record et des émoluments qui serait immédiatement taxé à 75% aujourd'hui. Pour Enzo, ce n'était pas qu'une question d'argent (mais oui), il y avait, selon lui un enjeu sportif : « J'étais bien à River, mais j'ai eu l'opportunité de progresser en venant jouer au Racing. Pour un sud-americain, évoluer en Europe est toujours une façon de progresser car le football y est plus compétitif ». Et côté extra-sportif, sa femme désirait elle aussi vivre à Paris donc tout était réuni pour que le public français se régale à l'aube de cette saison 1986-87. Francescoli débarque chez un promu mais un promu qui a dépensé sans compter. Parmi les nouveaux arrivants, bon nombre étaient au Mexique : Luis Fernandez, Tusseau, Bossis, Littbarski auquel on peut ajouter Olmeta qui était à deux doigts d'y aller. Francescoli jouit d'une réputation de « gentleman » sur le terrain, une réputation justifiée tant le joueur sait faire preuve de simplicité et d'altruisme. Malgré toute l'étendue de son talent il ne tire pas non plus la couverture à lui. La preuve dès la fin de ses vacances, il rejoint le groupe en stage en Italie et déclare très sereinement : « Je jouerais au poste que l'on me donnera. Je n'exigerai aucun numéro particulier. Je ne vise pas la tête du classement des buteurs. Il n'est pas question que l'équipe s'adapte à mon jeu, c'est moi qui doit me fondre dans le système ». Belles paroles et Enzo s'y applique, à peine arrivé qu'il participe à une rencontre organisé par Takac pour jauger ses hommes façe à une équipe de jeunes locale. Malgré la fatigue du voyage, le décalage horaire et quinze jours de vacances, Enzo joue la rencontre et déjà on peut voir que « El Principe » est à joueur à part. Quatre buts et une passe décisive pour un 5-0 qui clôture sa première journée d’entraînement. L'intégration est en bonne voie même si il y a des changements par rapport au championnat argentin comme le dit le principal intéressé : « Ce qui m'a le plus surpris au Racing ? Les trois entraînements quotidiens ! C'est dur. J'ai connu ça à River mais, ici, le jeu est encore plus rapide, même à l'entraînement ».

Le prince régale ses coéquipiers dès les premiers entraînements qui sont impressionnés par son incroyable toucher de balle. Son intérieur du pied droit fait des merveilles fouettant la balle pratiquement sans élan. La première victime est Pascal Olmeta, qui va souvent chercher le ballon dans ses filets lors des séances quotidiennes : « J'ai l'impression que c'est son arme principale. Les gardiens ne vont pas s'amuser : avec ce coup, il a l'art de mettre le ballon où il est impossible d'aller le chercher ». Les critiques sont dithyrambiques ! Le directeur sportif René Hauss qui a fait venir Francescoli d'Argentine, n'y va pas avec le dos de la cuillère « Avec ce joueur, tout paraît simple. Il a quelque chose de plus qui fait la très grande classe. Je dirais qu'il ressemble à Johann Cruyff au niveau de l'envergure. Mais son jeu est différent. Vu qu'il sait absolument tout faire, je le comparerais plutôt à un Di Stefano ». Si tout paraît pour le mieux dans le meilleur des mondes, l’idylle ne va pas durer longtemps. Alors que Francescoli sitôt arrivé en France se plaint dès qu'on évoque le dernier mondial mexicain de l'Uruguay, il était loin de se douter qu'il allait vivre la même situation à Paris.

Sur son sélectionneur, Francescoli n'est pas tendre : « L'Uruguay possédait une grande équipe, mais a pratiqué le jeu qu'il ne fallait surtout pas développer dans cette compétition : beaucoup trop défensif. Nous n'avons cherché qu'à détruire et non à construire. Personnellement, je n'ai pas réussi à m'exprimer dans ce contexte. Borras s'est trompé. Complètement. Un entraîneur peut toujours se tromper ». Francescoli est alors loin de penser qu'il répétera cette phrase quelques semaines après son arrivée. Après 12 journées de championnat le Racing n'est que 17ème et le « Prince » n'a marqué que 3 buts ! La faute à Sylvester Takac qui retourne entraîné la réserve du Racing, remplacé par Zvunka qui s'occupait de la formation au Racing. Et le nouvel entraîneur du Racing pointe aussitôt le doigt sur ce qui ne va pas, la position de Francescoli. Pour Zvunka, Takac ne connaissait pas Francescoli quand il a débarqué à Paris et comme il venait de finir deux fois meilleur buteur d'Argentine, il en a fait son avant-centre. Le nouvel entraîneur parisien fait de sa priorité d'éloigner Francescoli des défenses adverses et du marquage à la culotte. Zvunka adopte un 4-4-2 avec 3 milieux défensifs (Fernandez, Germain, Tusseau) et Francescoli en meneur de jeu derrière deux attaquants qui sont Littbarski et Oudjani. La méthode est bonne et le Racing se refait une santé et Enzo aussi, à mois que ce soit l'inverse parce qu'Enzo va mieux, le Racing se refait une santé. Il réalise sur le plan personnel une bonne saison, notamment avec 14 réalisations en championnat (35 matchs joués). Mais les problèmes vont venir de là où on l'attendait pas, c'es à dire les raisons mêmes extra-sportives qui l'ont fait venir à Paris. Enzo s'ennuie à Paris, sa femme encore plus, qui ne supporte pas cette vie parisienne froide selon les dires de son mari. Francescoli demande à partir au bout d'un an, d'autant que le Racing va devenir le Matra et Zvunka n'est plus un nom assez ronflant pour Lagardère. Il débauche Arthur Jorge qui vient d'être champion d'Europe avec le FC Porto. C'en est trop pour Enzo, si sportivement ça allait, la venue d'Arthur Jorge va être la goutte d'eau qui va faire déborder le vase avec un jeu ultra défensif, marque de fabrique du coach portugais. L'Uruguayen demande à son président de le transférer en Italie où le climat, l'ambiance dans les stades et le mode de vie correspondront mieux à ses attentes.

Pour lui c'est impossible de se motiver devant un Parc des Princes au trois quarts vides et la vie parisienne n'a rien de la bouillonnante Buenos Aires question football. Mais Lagardère a des ambitions pour son club et Francescoli va passer deux saisons à annoncer qu'il souhaite partir sans que cela ne se fasse jamais. Embêté par des blessures, Francescoli reste pro jusqu'au bout des ongles et donne le meilleur de lui même à chaque sortie mais le cœur n'y est définitivement pas. Son salut viendra finalement des difficultés financières du Matra, obligé de vendre « le prince » car il ne peut plus payer son salaire astronomique. Il filera à l'Olympique de Marseille durant l'été 1989, deux ans avant la fin de son contrat. Un transfert compliqué car la priorité de Tapie était de faire venir Diego Maradona et pendant ce temps, Francescoli ne savait sur quel pied danser lui qui aurait pu filer au Barça. D'ailleurs ce sera un regret pour Francescoli qui accuse directement ses dirigeants d'avoir été été trop gourmands : « Je n'ai marqué qu'une dizaine de buts par saison au Matra (32 buts en 89 rencontres de championnat pour être précis). On a terminé une fois en milieu de tableau et à deux reprises en fin de classement, il est alors logique que sur les marchés des transferts ma valeur est baissé depuis le mondial mexicain. Quand les dirigeants de Barcelone sont venus à Paris, le Matra leur a demandé 5 millions de dollars. Plus que la somme payée par Naples pour Careca ! On n'achète pas un joueur d'une équipe qui se traîne au même prix que celui d'une équipe championne. C'est la règle du milieu, même si la valeur n'est pas en cause ». Malgré un bilan personnel honorable, ces trois saisons à Paris sont le pire souvenir de sa carrière de joueur : « A Paris j'ai fait de gros efforts pour me motiver. Je m’entraînais beaucoup en concentration, je me disais que je devais me révolter, mais quand j'arrivais au stade, de voir les tribunes vides, pfff ... j'avais envie de m’effondrer et de rentrer chez moi, en Uruguay. Dès que j'allais en sélection je refaisais le plein d'oxygène. Je me sens plus porche de mes compatriotes que je vois une fois par an que de mes coéquipiers du Matra que je vois tous les jours ». Enzo au Matra c'est le symbole de l'ère éphémère de Lagardère au Racing, un gâchis. Il aura quand même régalé le peu de spectateurs qui venait au Parc (dont votre serviteur à deux reprises, du haut de ses 10 ans) et voici une petite compil, assez spectaculaire d'Enzo à Paris :


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