Opération BATIGOL

Comment Gabriel BATISTUTA est devenu une icône du côté de la Fiorentina ?

Vous allez voir que l'opération a été tout sauf simple et qu’il y a eu pas mal de dommages collatéraux et des histoires de prison derrière tout ça. En fait tout commence par l’éclosion d’un joueur de talent à Boca Juniors, Diego LATORRE. LATORRE est le meneur de jeu de Boca Juniors, en 1990 il est élu meilleur joueur du championnat argentin, la saison suivante, lors du tournoi de clôture 1991, ce numéro 10 termine meilleur buteur du championnat si bien que tout le monde veut s’arracher cette pépite. Ancien joueur de Monaco et de Strasbourg, libéro de l’équipe d’Argentine lors du mondial 1990, Juan SIMON, n’y va pas par quatre chemins quand il fait l’éloge de son compatriote : « Il peut s’imposer n’importe où en Europe, Latorre à le même jeu de ceinture que Maradona ». Beto MARCICO futur coéquipier de Latorre à Boca dira de lui, tout simplement : « c’est le meilleur joueur argentin actuel ».


Cette histoire, cette opération « BATIGOL » commence donc en 1991, Diego LATORRE à 22 ans et l’avenir devant lui et le problème n’est pas de savoir alors s’il atteindra un jour le niveau de Maradona. Il en est l’héritier par le style, par le caractère spectaculaire de son jeu, par son sang-froid face au but, ce qui en garantit déjà un statut de joueur hors-normes. Et c’est précisément à partir de son éclosion que l’histoire va se compliquer, à la sauce sud-américaine. L’imprésario Settimo ALOISIO achète LATORRE à Boca Juniors au début de l’année 1991 pour 2 millions de dollars, une fortune à l’époque en Argentine, avant de le revendre immédiatement à la Fiorentina. Les dirigeants de la Viola rachètent le contrat de Diego LATORRE, 3 millions de dollars, soit une plus-value nette d’un million pour Aloisio, qui récupère directement son investissement avec une marge de 50% ! Latorre doit rejoindre Florence au début de la saison 1991-92 après avoir disputé la Copa America vu qu’il fait partie du groupe retenu par le sélectionneur Alfio Basile.

Diego LATORRE finit la saison en préparant son départ, ses parents partent les premiers s’installer avec le fiston seulement l’entraineur de la Fio, Lazaroni lui ne veut pas d’un meneur de jeu, il veut un vrai attaquant, un buteur. Il part donc à la Copa América avec le président de la Fiorentina et là ne jure que par un seul joueur, le meilleur buteur du tournoi, Gabriel « Batigol » BATISTUTA. L’affaire de devrait pas poser de problèmes car le contrat de Gabriel BATISTUTA est détenu en partie par Boca Juniors et l’autre partie par l’inévitable Aloisio, qui l’avait acheté à River Plate un an plus tôt. Boca Juniors accepte de vendre Batigol contre 4.5 millions de dollars à partir de la saison 1992-93. Mais l’entraineur de la Viola le veut pour la saison qui commence, c’est-à-dire l’exercice 1991-92. Pas de problème, en rallongeant la facture d’un million de dollars, Batistuta part pour la Toscane au cœur de l’été 1991 mais les négociations vont plus loin pour que la Viola puisse jouir des qualités du goléador immédiatement. 

Comme 5.5 millions de $ n’étaient pas suffisants pour convaincre les dirigeants de Boca, la Fiorentina acheta dans la foulée l’attaquant d’Huracan, l’excellent et prometteur, Antonio MOHAMED dont le contrat, vous avez déjà deviné, appartenait à l’inévitable imprésario Aloisio. Donc la Fio achète Mohamed, coéquipier de Batistuta et Latorre en sélection et vainqueur de la Copa America 91, pour le prêter immédiatement à Boca Juniors. Et comme Lazaroni ne souhaite pas trop de Diego LATORRE, le meneur de jeu de Boca est dans la balance et est prêté pendent une saison complète à Boca en assurant pleinement son salaire. Enfin pour couronner le tout, sera organisé le 24 août 1991, un match amical entre les deux clubs à Florence. Si on résume la situation, pour Boca c’est 7.5 millions de £ de gagnés d’un point de vue finance, plus du côté sportif, le prêt de Mohamed un des plus grands espoirs du foot argentin et le privilège de disposer de Latorre une saison de plus gratuitement sans aucune charge de salaire. Pour Boca ce transfert est une bénédiction, en plus de Mohamed et Latorre, le club achète des vieilles connaissances en France, Roberto CABANAS et Beto MARCICO. Grandissime favori, Boca remportera la championnat suivant. Pour la Fiorentina, elle dispose de Gabriel BATISTUTA dès la saison 1991-92 et la saison suivante Batigol sera rejoint par ses deux coéquipier en sélection. 
24 août 1991 : Match amical Fiorentina vs Boca Juniors
Enfin pour Aloisio difficile de dire comment il tire son épingle du jeu, car les négociations et les part des contrats lui revenants ne sont pas très transparentes, mais l’opération « Batigol » se calcule en million de dollars pour lui aussi. Mais au final il va y avoir le revers de la médaille à cette histoire et le plus gros perdant au final se sera sans doute Diego LATORRE. Alors certes les joueurs dans cette histoire sont des esclaves dorés mais des esclaves quand même, manipulés par les dirigeants et imprésarios comme de la marchandise. Tout d’abord il y a cette désillusion du faux-départ en Italie pourtant programmé de longue date mais vous allez voir l’histoire va connaitre un rebondissement encore plus important à la fin de la saison 1991-92. Sur le terrain Batigol a brillé dans le Calcio, Latorre et Mohamed aussi, ramenant un Boca son premier titre de champion depuis 111 ans, une éternité du côté de la Bombonera. Mais le rebondissement dans l’opération « Batigol » va être l’incarcération de imprésario Settimo ALOISIO en Italie. La justice italienne veut l’entendre sur plusieurs contrats de joueurs pas franchement clairs et par peur que l’homme s’échappe, il dort depuis des mois dans une prison de la péninsule. Hors la saison va reprendre et la Fio ne désire plus de Latorre, elle a entretemps acheté Effenberg et Laudrup, si en plus on compte la présence de Dunga et de Mazinho, il n’y a plus de place pour un autre ressortissant étranger. 
Le trio qui ne verra jamais le jour en Toscane
Mais le problème c’est qu’un contrat a été signé et que Latorre appartient à la Fiorentina. La pauvre Diego LATORRE, sans représentant pour lui trouver une solution de rechange, le sien dort en prison, doit s’entrainer seul et la Fio lui dit d’attendre. Mais d’attendre quoi ? Attendre qu’Aloisio sorte de prison ? Non, en fait la Fio essaye de le vendre ou de vendre Dunga pour libérer une place de ressortissant étranger (ainsi était le monde avant l’arrêt Bosman). Du coup en plein cœur de l’été 1992, La Fio paye le voyage et l’hôtel à Rome pour Latorre en lui disant, que le club allait rapidement trouver une solution (Le PSG, par l’intermédiaire de Dominique Rocheteau et Séville sont intéressés par le meneur de jeu). Mais le manège va durer trois semaines, trois semaines pendant lesquelles Latorre visitera Rome la journée et dormira seul dans sa chambre d’hôtel le soir. LA Fiorentina finalement ne trouvera aucune solution, Aloisio sera interdit d’exercer par la FIFA et Latorre rejoint la Fiorentina au début de l’exercice 1992-93 pour une saison sans jouer ou presque, il ne fera que deux apparitions sous le maillot de la Viola avant de partir à Saragosse la saison suivante. En tout cas ce sera une saison noire pour la fio car malgré son trio offensif Effenberg-Laudrup-Batistuta, la viola connaitra en fin d’exercice une humiliante relégation.
Finalement c’est Antonio MOHAMED qui a le mieux senti le coup, en filant directement à Independiente. Par contre lui il ne confirmera jamais les espoirs placés en lui. Autant si Diego LATORRE ne s’est pas imposé en Europe, il fait partit des plus grands joueurs de l’histoire de Boca Juniors, autant Mohamed que tout le monde disait en 1991, qu’il était plus talentueux et prometteur que Batistuta himself, s’est perdu dans les petits clubs d’Amérique du sud et centrale par la suite. Aujourd’hui il est l’entraineur du club où il a explosé, Huracan et le bonhomme se porte bien, déjà que joueur il n’ était pas mince :

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