Le France - Espagne du 20 février 1991

Le 20 février 1991, la France reçoit l’Espagne en match de qualifications pour le championnat d’Europe 1992 en Suède. Ce match peut s’avérer ultra décisif et malheur au vaincu, même si le match au Par ces Princes se jouera à guichets fermés la confiance et le moral n’est pas du côté français. Absent de l’Euro 88 et de la coupe du monde 90, les bleus n’ont pas su gérer l’après Platini. Et c’est le roi Michel qui doit redresser la barre. Nommé sélectionneur à la fin des éliminatoires du mondial 90, ces qualifications pour l’Euro sont un véritable test pour lui et pour l’équipe de France. Paradoxalement malgré 3 succès en 3 matchs et un contrat qui le lie jusqu’en 1994, Le sélectionneur Platini est en danger avant son match, faisant face au feu des critiques venant de toutes parts. Tout d’abord malgré un bilan de 3 victoires en 3 matchs, les succès 2-1 en Islande et 1-0 en Albanie sont trop maigres pour l’opinion pour faire oublier le brillant succès 2-1 au Parc face à la Tchécoslovaquie (brillant quart de finaliste du dernier mondial italien).

Et puis surtout le football français va mal, les affaires se multiplient, Lagardère n’est plus au Matra Racing qui n’existe plus, Brest est dans le collimateur avant de disparaitre et surtout Bernard TAPIE est rattrapé par une première affaire. « L’affaire Tapie-CND (commission nationale de discipline)». En gros la CND enquête sur plusieurs dénonciations de tentatives de corruptions de la part des dirigeants marseillais (voir à ce titre la liste établie par les Cahiers du Football : Un règne mouvementée) et là où Michel PLATINI va mettre le feu aux poudres c’est en prenant la défense de Bernard Tapie. Pourquoi ? Parce que tout simplement depuis quelques semaines les internationaux de l’OM menacent de faire grève (et oui bien avant Knysna) et de boycotter ce rendez-vous si important face à l’Espagne. A l’époque si Platini avait dû bâtir une équipe de France sans les joueurs marseillais il aurait pu tout autant envoyer les espoirs. Donc du coup Platini prend la parole et s’immisce dans cet affaire en se justifiant : « Si les gens se parlaient, on n’en serait pas là (Tapie refuse de s’exprimer face à la CND). Moi, je suis un des rares à parler à tout le monde. Je n’ai pas joué les arbitres et la voie de manœuvre était étroite. J’ai simplement agi dans l’intérêt supérieur du football. Je crois qu’après avoir perdu Lagardère le football français ne devait pas perdre Tapie. Bien sûr, il y a des choses qu’on ne doit pas faire, mais Tapie est un passionné. Et le foot a besoin de passionnés ». On sent bien que Platini a une culture italienne du football et quand il évoque l’intérêt supérieur du football de l’autre côté des Alpes par exemple ça se traduit par lever la suspension de Paolo ROSSI avant la coupe du monde 82. Là il s’agit exactement de la même chose, fermer les yeux sur les tricheries car le terrain prime et impossible d’affronter les espagnols sans les Amoros, Boli, Casoni, Pardo, Cantona ou Papin. Et Platini aura, au moins, le mérite de ne pas se voiler la face. Son intervention, il ne le cache pas, a été faite sous la crainte d’une grève des « marseillais » avant France-Espagne et lui s’est efforcé par tous ses moyens à « désamorcer la bombe marseillaise » selon ses propos.

Mais ce n’est pas pour autant qu’il va faire des cadeaux à tous les marseillais et « l’oubli », une fois de plus, de Philippe VERCRUYSSE va encore faire couler beaucoup d’encre. Dans l’interview exclusive que PhilippeVERCRUYSSE a accordé à Old School Panini, il n’avait pas été tendre avec le sélectionneur mais déjà à l’époque, le meneur de jeu marseillais avait une dent contre le roi Michel. Brillant avec l’OM, Platini ne le convoquait même pas dans le groupe, préférant choisir Luis Fernandez, qui pourtant ne voulait plus entendre parler des bleus, ainsi qu’Eric Cantona convalescent et remplaçant à Marseille ou encore Franck Sauzée lui aussi de retour de blessure et en totale méforme avec Monaco. Réponse de Platini face aux critiques « Je ne fais pas me choix en fonction des déclarations des uns et des autres dans la presse. Ni en fonction de la forme du moment, sinon je serais obligé de changer mon équipe à chaque match. J’essaie d’être honnête et je pense l’être. Je sais de toute façon que je ferais de la peine à certains. Cela dit, les joueurs comprennent ce qu’ils ont envie de comprendre. Et ça ne sert à rien d’essayer de leur expliquer ». Au moins c’est clair et sur le cas particulier de Philippe Vercruysse : « Je ne l’ai pas trouvé très bon lors des deux derniers matchs et il n’a pas joué avec la sélection depuis deux ans. Je me vois mal dès lors, pour un match contre l’Espagne qualificatif, bouleversé ma stratégie, notamment si je joue avec trois attaquants. Et je crois que Vercruysse n’a pas la mentalité d’un remplaçant. Alors… ». En tout cas on comprend mieux les propos de Vercruysse qui nous disait qu’en France c’est Platini qui avait enterré le poste de n°10. Après moi le chaos…..

Autre sujet marseillais au cœur des polémiques le cas Cantona. Eric CANTONA longtemps blessé, ne joue pas avec l’OM pourtant Platini continue de l’appeler mais là sa logique est plus compréhensible il me semble car Canto avec JPP c’est la base du « système Platini » (voir le sujet La naissance du tandem Cantona-Papin). D’ailleurs Platini se justifie également sur son choix avec plus de crédibilité : « A Marseille, Goethals a un Waddle en pleine forme. Il est donc normal qu’il ne fasse pas jouer Eric aux côtés de Jean-Pierre. Eric n’est pas encore au top et l’OM tourne très bien actuellement. Si Cantona était à Brest ou à Nancy il jouerait parce qu’on ne pourrait pas se passer de lui. Et bien c’est la même chose en équipe de France. Moi j’ai peu d’attaquants de valeur internationale, et j’ai besoin de Papin et de Cantona ». Un argument que pourrais reprendre Didier Deschamps aujourd’hui quand on n’arrête pas de lui demander pourquoi il aligne toujours Karim Benzema. Donc malgré les difficultés, malgré les critiques Platini continue de faire ses choix toujours fondés sur cette notion de groupe qui lui tient tant à cœur. Et force est de constater que cela ne lui réussit pas si mal d’autant que de fût le principal défaut de son prédécesseur Henri Michel.

Mais il manque encore un grand match à la bande de Platini pour faire l’unanimité devant la presse mais surtout le public qui ne demande qu’à s’enflammer de nouveau pour son équipe de France. Et si l’Espagne était l’adversaire idéal ? L’Espagne bien que favorite n’est pas au meilleur de se forme et se présente au Parc sans Martin Vasquez, élément important de la Roja. En outre le sélectionneur Luis SUAREZ bien au-delà de son homologue français, exaspère tout le peuple et la presse ibérique. On dit de lui « que lorsqu’il est sur un escalier on ne sait jamais si il monte ou si il descend ». La définition vient des journalistes espagnols désespérés par le ballon d’or 1960 qui répond toujours à leurs questions par d’autres questions. Pourtant en débarquant à la tête de la Roja, après l’Euro 88 Luis SUAREZ avait beaucoup de crédits, de par son passé de joueurs mais aussi avec ses succès à la tête des espoirs espagnols. L’Espagne remporte en 1986 le championnat d’Europe espoirs avec une jeune génération pleine de promesses avec un jeu spectaculaire, porté sur l’attaque et très technique. Les noms de ces jeunes prodiges étaient : Martin Vasquez, Michel, Fernando Hierro… qui seront vite appelés à l’étage supérieur une fois Suarez aux manettes. Hélas pour l’Espagne, l’entraineur Suarez va rapidement perdre ses certitudes et aura souvent peur d‘aller jusqu’au bout de ses idées. Dès que l’enjeu est important apeuré par son audace, il se renie, défendant là où il aurait fallu attaque. Une peur qu’il transmet à ses joueurs désorientés par ses changements tactiques. On l’a vu lors du mondial italien très décevant des espagnols et au cours de ces éliminatoires devant la Tchécoslovaquie. Alors que l’Espagne menait 2-1 en début de deuxième mi-temps, elle s’est mise soudainement à défendre, pour s’incliner 3-2. De bonne augure pour les français de savoir que la Roja et son sélectionneur panique sous la pression car l’enjeu est sûrement plus important côté espagnol en cette glaciale soirée de février. En effet une défaite à Paris serait pratiquement fatale à une Espagne déjà battue en Tchécoslovaquie.

Bon si le climat est glacial en France en ce mois de février 1991, c’est en revanche un Parc des Princes bouillant qui accueille l’Espagne ce soir du 20 février 1991. L’Espagne revient au Parc pour la première fois depuis sa défaite en finale du championnat d’Europe contre les français. Le public lui veut voir une victoire des blues face à un grand ‘Europe pour oublier les affaires, les scandales et les années de disette depuis l’arrêt de la bande à Platini.  Un public qui a toujours de l’affection pour son équipe et qui ne fait aucune histoire lors des hymnes quand aucun joueur ne chante la Marseillaise. De toute façon, ça se voit que les joueurs sont dans leurs matchs et qu’ils ne vont pas manquer leurs rendez-vous, à vous de juger :


En revanche une fois le match commencé le public  va vite refroidir ses ardeurs. Car Luis Suarez continue ses contradictions, là où on attendait une équipe d’Espagne recroquevillée on vit une équipe déployé ses ailes, là où la peur devait la gagner, elle récitait un jeu de joie. Le ballon circulait sans jamais s’arrêter et sur cette entame de match, Platini dira après la rencontre « L’équipe la plus impressionnante que j’ai vu au Parc depuis l’URSS en 1986 ». Et oui le Parc c’est le jardin des bleus et on a rarement vu une équipe autant donneuse de leçon que cette équipe espagnole. On ne joue pas depuis 10 minutes, que c’est suffisant pour voir Casoni dévisser une relance, pour Michel de centrer, pour Amoros de conjuguer le verbe « marquer » au passé composé et pour Bakero d’enchainer à la vitesse de la lumière et d’expédier le ballon dans le but de Martini. Voici ce but de Bakero en VO avec l’angle de la TV espagnole c’est-à-dire de l’autre côté de TF1 pour bien voir les sponsors espagnols. Et oui je sais ça casse un mythe, celui de se dire qu’à chaque fois qu’on regarde un match de l’équipe de France il n’y a que des sponsors français au bord du terrain.


L’autre mystère de ce match, est tout simplement que l’Espagne l’arrête net à ce moment précis. Certes l’égalisation de Sauzée est quasi immédiate (14ème) sur peut être le seul point où la France semblait avoir un avantage sur son rival avant match : Le physique et les coups de pied arrêtés. Le but de Sauzée cette fois en VF avec bien entendu Thierry et Jean-Mimi :


Mais si Michel PLATINI le savait que le meilleur moyen de gêner l’expression de cette équipe espagnole était de mettre de la densité physique te de jouer à fond chaque coup de pied arrêté il fut bien aidé par toute une série d’invraisemblances que Luis SUAREZ risquait de payer de retour au pays. Et l’équipe de France eut tout bon. Elle se replaça, pressa, se jetas sur son adversaire en état de décomposition avancée. Pour Luis SUAREZ « C’est le but de Papin qui nous a tués » même si il n’a pas tort cela ne suffit pas à tout expliquer et comment ce soir-là la France n’a fait qu’une bouchée de l’Espagne. Certes la France a fait une véritable démonstration de force physique mais elle a su mettre ce soir-là un grain de folie dans son jeu et qui matérialisé mieux cette folie que JPP et sa nouvelle Papinade ? Son but au Parc est une nouvelle merveille d’exploit. A montrer dans les écoles de foot du moins celles qui apprennent les acrobaties.  Le centre d’Amoros est moitié manqué, dévié par le dos de Juanito. N’importe lequel des avants-centres aurait jeté d’un regard cette vrai-fausse passe de plomb. Pas Papin. D’une trajectoire improbable, il va faire d’une ligne droite l’objet de tous ses désirs  en le propulsant dans les buts de  Zubizarreta en retournant d’un trait sa semelle, son lacet, son tibia, son péroné, son bassin, son buste bref tout ce qui était nécessaire à son dessein. Je vous laisse admirer cette énième Papinade.



Bien sûr en tribunes le Parc explose, sur le terrain grâce à ce geste de leur seul et vrai meneur les Bleus sont réunis. On ne parlera jamais assez de l’importance des Papinades mais celle-ci est peut-être la plus importante de toutes. Tout d’abord parce que c’est le fait du match, le tournant mais ce but va au-delà de ce France-Espagne. De par ses buts en équipe de France (mais aussi avec l’OM mais ce n’est pas le sujet), JPP va libérer une équipe de France qui était en plein doute après deux échecs en qualifications, car ces bleus sont opportunistes, réalistes et la dentelle n’est pas leur tissu préféré. Ainsi comme le répète Platini « Nous n’avons pas un jeu très brillant et il ne plaira pas aux puristes » mais cette équipe a dans ses rangs le meilleur attaquant d’Europe qui dans son sillage entraine toute l’équipe vers le haut. JPP devient un héros national, un libérateur de nos angoisses avec ces buts venus de nulle part et il sera intraitable sur cette route des éliminatoires, emmenant l’équipe de France en Suède avec un parcours incroyable de 8 victoires en 8 matchs dont des succès en Espagne et en Tchécoslovaquie. Oui cette année-là, JPP méritait son ballon d’or. La preuve de ce que j’étaye ? La suite du match, il n’y a plus qu’une équipe sur le terrain, le Parc est en fusion et Laurent Blanc sur un coup franc de Vahiura parachève le succès des bleus 3-1 :


Cette équipe de France ce soir-là a donné un signal fort en Europe, celui que l’équipe de France était de retour ! Emilio BUTRAGUENO lui-même reconnait qu’il a été impressionné par ces bleus : « L’équipe de Platini n’est pas facile à jouer parce qu’elle exerce un pressing fou au milieu de terrain, explique le madrilène. Et elle possède en Jean-Pierre PAPIN un buteur exceptionnel, incroyable. Jamais je n’ai marqué un but comme il vient d’inscrire ce soir. C’était un très mauvais moment pour la sélection espagnole, mais je reconnais que pour le football c’est fabuleux qu’on puisse voir des geste pareils ». Même dans la défaite, Butragueno fait preuve de la classe des grands. Au rang des éloges Guy ROUX y va aussi de son couplet, c’est moins grandiloquent qu’El Buitre mais il y a là toute la verve de l’homme au bonnet « Avec l’élan qu’il y a dans cette équipe, ça devrait passer pour l’Euro suédois. Le grand talent du staff technique est d’avoir une foi inébranlable. Et crédible. Ce n’est plus, comme ces dernière années, ni du bluff, ni du bidonovic… ». En effet c’est du certifié pur coq, la bande à Platini a redonné de la fierté à ses supporters et des raisons d’y croire. Dans la presse on va parler de « miracle permanent » pour qualifier cette équipe de France capable de triompher de l’Espagne bien que menée au score ou encore d’aller l’emporter à Séville ou Bratislava sur des exploits individuels certes mais avec une équipe faisant preuve d’une solidarité sans faille. Hélas le miracle prendra fin en Suède et pour moi de fût une cruelle désillusion car j’adorais cette équipe de France. Quel plaisir il y avait à voir ces matchs, certes le jeu déployé n’était pas brillant mais quelle envie, quelle générosité, quelle force se dégageait de ces bleus. Même malmenés on savait toujours qu’à la fin ils allaient s’arracher et forcer la victoire. Old School Panini rend hommage à cette magnifique équipe de France qui lors de ces éliminatoires a écrit selon moi une des plus belles pages du football français avec la planche des joueurs qui ont participé à cette magnifique campagne (pour une meilleure résolution cliquer sur l’image) :

2 commentaires:

  1. heeeeeeeeeu l'équipe de France était de retour...enfin il lui a fallu 7 ans qd même :-)

    Bon match ce soir !!

    VAMOS ESPAÑA (championne d'Europe, du Monde et d'Europe)

    ps: bon OK je suis taquin ! ;-)

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  2. super souvenir .. merci de nous avoir retrouvé ça ... Jackocoach http://csvilledieufootball.footeo.com/

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