LEÔNIDAS, le "Diamant noir"

Léônidas  a marqué l’histoire du football et il est peut-être la première star mondiale de ce sport. Il est le meilleur buteur de la coupe du monde 1938 en France et à cette occasion il est le premier joueur à réaliser un retourné ciseau sur un terrain de football, du moins au plus haut niveau. Retour sur la carrière de ce phénomène, de ce véritable magicien balle au pied. Leônidas da Silva est né le 6 septembre 1913 à Rio de Janeiro. Les parents de Léo aimeraient que leur garçon suive des études de droit ou de médecine. À cette époque au Brésil, les enfants qui manifestaient des volontés de carrière footballistique pouvaient être vite remis dans le droit chemin. Mais dans la tête du petit Carioca, il n'y a qu'une chose qui compte : disputer un maximum de peladas, ces parties de football improvisées où les chaussures n'ont pas lieu d'être, dans le quartier de São Cristóvão. C'est donc pieds nus, avec une boule de chaussettes en guise de ballon et des murs d'usine à défaut de tribunes, que Leônidas apprend le métier de footballeur. En d'autres termes, il crée sa propre voie et s'éloigne de celle tracée par ses parents, pour cet autodidacte du football. À 14 ans, il arrête l'école et est déjà plein de certitudes quand à son rôle sur un terrain de football : « On ne peut pas toujours bien jouer, mais s'il y a une chose que je ne pouvais pas accepter, c'était de perdre », affirmera-t-il plus tard. Créativité et détermination : ces deux qualités déjà à l'œuvre chez l'enfant et l'adolescent caractériseront Leônidas pendant toute sa carrière. Après avoir quitté l'école, il joue pour différentes équipes du quartier. Peu à peu, il se fait un nom à São Cristóvão. À 16 ans, il prend une licence à Sírio Libanês. Il rejoint ensuite le bien nommé Bonsucesso, qui réunit à l'époque plusieurs joueurs talentueux et réussit parfois à tenir la dragée haute aux grands clubs. À 18 ans, Leônidas n'est plus un inconnu et le gamin va entrer dans l’histoire du football brésilien.

Dans les années 30, le championnat du Brésil était disputé par des sélections représentant les différents États du pays. Invariablement, la finale opposait Rio de Janeiro à São Paulo. Ces deux États se sont partagé à eux seuls les sept premiers titres de champion du Brésil. La finale de la huitième édition ne dérogea pas à la règle. En 1931, les Paulistes, tenants du trophée et emmenés par le grand Arthur Friedenreich, ont rendez-vous à Rio de Janeiro pour y disputer une nouvelle finale. Côté carioca, l'absence du grand Nilo n'augure rien de bon. Mais les supporters du stade São Januário sont optimistes. Ils placent leur principal espoir de victoire en un gamin de 18 ans : Leônidas.  Ils ignorent cependant que la veille de la finale, le jeune attaquant, convaincu qu'il ne serait pas aligné le lendemain, a passé la nuit à danser. Le matin, il fait un petit match de foot avec les copains "pour la forme", avant d'aller dévorer une feijoada, le fameux plat brésilien à base de haricots noirs. Quand Leônidas apprend qu'il est titulaire ce jour-là en remplacement de Nilo, il frôle la crise de panique. Sans raison. Dans la deuxième période de la finale, il marque deux buts et réussit une passe décisive. La sélection de Rio l'emporte haut la main et après le coup de sifflet final, le légendaire Friedenreich vient féliciter le buteur. Le geste est symbolique, comme un passage de témoin entre le premier grand brésilien de l'histoire et son successeur : Leônidas da Silva.

Bien entendu, il ne tarde pas à faire son entrée au sein de la Séléçao et là c’est le monde qui va découvrir son incroyable talent. Il débute en sélection nationale en 1932, à l'occasion d'un tournoi amical à Montevideo. La Seleção est alors en pleine transition générationnelle. Elle compte dans ses rangs plusieurs jeunes joueurs extrêmement talentueux. La preuve, l'Uruguay, champion du monde en titre, s'incline dans son fameux stade du Centenario face à des visiteurs manifestement peu impressionnés par l'événement. Leônidas inscrit un doublé, le Brésil l'emporte 2:1. Un climat politique délétère perturbe la préparation d'une Seleção pourtant prometteuse en vue de la Coupe du Monde de la FIFA, Italie 1934. Le Brésil se présente en Europe amputé de plusieurs joueurs-clés et s'incline dès le tour préliminaire face à l'Espagne (3:1). Leônidas marque l'unique but de son équipe en Italie. La même année, il trouvera le chemin des filets à 13 reprises lors des 11 matches amicaux disputés par le Brésil sur le Vieux Continent.

« La légende du but sans chaussure »

La Seleção aborde l'édition suivante de l'épreuve reine, France 1938, avec de grosses ambitions. Désormais surnommé l'Homme élastique (Son 1er surnom avant le "Diamant noir" mais on reparle tout de suite après), Leônidas est à l'apogée de son talent. Depuis deux ans, il fait le bonheur de Flamengo et semble en mesure d'aider son pays à grimper sur le toit de la planète football. Pour son premier match dans cette Coupe du Monde de la FIFA 1938, le Brésil bat la Pologne 6:5, après prolongation et au terme de l'un des matches les plus fous de l'histoire de la compétition. À plusieurs titres. En raison du scénario bien sûr, mais aussi parce que Leônidas marque trois buts, dont celui de la victoire... sans chaussure ! Suite à un tir repoussé par le gardien polonais Edward Madejski, le Diamant noir récupère le ballon. Son soulier droit s'est pris dans la boue sur la frappe précédente. C'est donc de la chaussette droite qu'il inscrit le but décisif. On a écrit beaucoup de choses sur ce match et ce but, notamment qu’il avait disputé l’intégralité de la rencontre pieds-nus contre l’avis de l’arbitre et donc réalisé son hat-trick sans chaussure, la vérité est moins romanesque mais tout de même il reste le seul joueur de l’histoire à avoir inscrit un but en coupe du monde pieds-nus !

« Et Leônidas inventa le retourné acrobatique »

En quart de finale, le Brésil est opposé à la Tchécoslovaquie. Contrairement à ce que peut laisser penser le score (1:1), cette confrontation est loin d'être ennuyeuse. Le public assiste à deux exclusions et à un nouveau but de Leônidas, au sujet duquel Raymond Thourmagem, journaliste à Paris Match, écrit : « Cette homme est un véritable élastique. Au sol ou dans les airs, il possède le don diabolique de contrôler le ballon où qu'il se trouve et de déclencher un tir violent au moment où l'on s'y attend le moins. Quand Leônidas marque, on croit rêver », s'enthousiasme le reporter qui, comme tous les spectateurs présents ce 12 juin 1938 au Parc Lescure de Bordeaux, découvre un geste technique inventé par Leônidas : le retourné acrobatique. Le match entre le Brésil et la Tchécoslovaquie est rejoué 48 heures plus tard. L'entraîneur Adhemar Pimenta décide de mettre les titulaires au repos, à l'exception de son attaquant fétiche. Les Sud-Américains l'emportent 2:1, mais Leônidas se blesse. En demi-finale contre les champions du monde italiens, Pimenta prend le risque de mettre au repos son meilleur buteur. Le Brésil s'incline 1:2. Leônidas est rétabli à temps pour disputer le match pour la troisième place, contre la Suède. Il réussit un doublé et une passe décisive. La Seleção s'impose 4:2 et monte pour la première fois de son histoire sur le podium d'une Coupe du Monde de la FIFA. Avec sept buts inscrits en quatre parties, le futur "Diamant noir" reçoit le Soulier d'Or.

« Léônidas et les chocolats »

Avec les années bien des légendes  ont circulées autour de ce joueur fantastique, on a vu la première avec l’amplification de son exploit de marquer un but en coupe du monde sans chaussures qui avec le temps est devenu un match entier et un hat-trick réaliser pieds-nus. La seconde toute aussi tenace veut que la célèbre marque de chocolats belge porte son nom car son fondateur était tombé en admiration devant le joueur. C’est totalement faux. La célèbre marque de chocolats a été fondée en 1910 soit 3 ans avant la naissance de notre Léônidas ! Si la marque de chocolats belges s’appelle ainsi c’est tout simplement parce que c’est le prénom du fondateur de la société, un certain Léonidas Kestekides. Mais alors pourquoi cette légende urbaine du football persiste ? Car la renommée de Léônidas est liée à une marque de chocolats. Pas en Belgique mais au Brésil. Après son retour triomphal au pays après la coupe du monde 1938, la société Lacta lança en son honneur une tablette de chocolat baptisé "Diamant noir". C'est ainsi que naquit son surnom qui lui collera à la peau jusqu’à la fin de ses jours.

 Fin de carrière et ultime consécration

Deuxième conflit mondial oblige, Leônidas ne prendra plus jamais part à la Coupe du Monde de la FIFA. À peu de choses près cependant. Il tire un trait sur sa carrière internationale en 1949, usé par des blessures à répétition aux deux genoux. En club, il fera longtemps le bonheur de Flamengo, avec qui il remporte plusieurs titres et devient une véritable idole (142 buts en 179 matchs officiels). En 1941 cependant, ses relations avec le club se détériorent. Il prend la direction de São Paulo, dans ce qui sera alors le transfert le plus cher de l'histoire. À son arrivée au Morumbi, on doute de sa capacité à reproduire avec São Paulo les exploits qui lui avaient valu la gloire à Flamengo. On se trompe. Il restera plusieurs années au Tricolor paulista, à qui il permettra de se hisser au niveau des deux grands clubs paulistes, Corinthians et Palmeiras et de remporter 5 nouveaux championnats (1943, 45, 46, 48 et 49). Leônidas demeure une véritable machine à marquer et inscrit 140 buts en 211 matchs de championnats avec São Paulo.  Leônidas jouera en compétition officielle jusqu'en 1950, à l’âge honorable de 37 ans mais surtout après 21 saisons au plus haut niveau. En 1974 on apprend qu’il souffre de la maladie d'Alzheimer et s’éteindra 30 ans plus tard, le 24 janvier 2004 à l’âge de 90 ans.

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