Philippe ANZIANI premier dopé de l'histoire du foot français

Jeudi 23 Novembre 1989, une bombe éclate dans le paysage du football français : Philippe ANZIANI est le premier dopé reconnu du football français, après avoir absorbé du Di-Antalvic (pour calmer des douleurs lombaires) une semaine avant un match de championnat, le Metz-Toulon du 30 septembre précédent. Contrôlé positif, le joueur de Toulon est suspendu un mois et devra manquer 3 matchs de championnat pour avoir pris un simple Di-Antalvic vous avez bien lu. Au départ on pourrait croire à une farce car tout le monde connait ce médicament aux effets narcoplytiques et on se qu’un sportif qui prend un médicament qui endort ne peut pas être considéré comme dopé mais la chose n’est pas aussi simple qu’il n’y parait. En fait la principale faute d’Anziani est d’avoir été chopé par la brigade quelques semaines après le vote de la loi « Bambuck » sur le dopage et de tout l’effet médiatique qui en a résulté. En effet Roger Bambuck, ministre de la Jeunesse et des sports est à l’origine de ce texte de loi du 28 juin 1989 qui au final prendra son nom et qui se voudra plus répressif face au dopage. Ainsi l’affaire Anziani constitue un test primordial pour la loi Bambuck votée par l’Assemblée Nationale il y a trop peu longtemps.

Un contexte qui va mettre hors de lui son coach toulonnais, Rolland COURBIS qui ne va pas faire dans la demi-mesure pour défendre son joueur. Voici en plusieurs extraits sa démarche avant que son joueur ne passe en commission d’appel. C’est haut en couleur et on reconnait la pate de coach Courbis. « Moi je pars du principe, communément admis, qu'il faut lutter contre le dopage comme on lutte contre la drogue. Et comme je n'ai pas l'habitude de dire et faire les choses à moitié comme je sais prendre mes responsabilités j'affirme que l'affaire Anziani est un scandale. Le scandale, ce n'est pas qu'il ait pris du Di-Antalvic, le scandale, c'est la façon dont il a été « défendu» par la famille du football. Dans cette histoire-là, on a touché un garçon et on a porté préjudice à l'individu. Et, à travers lui, c'est Toulon, le Var et tout le football qui sont touchés. Alors, comme personne ne semble vouloir défendre le football, moi je vais m'en charger. Un, je vais tenir une conférence de presse à Paris, jeudi, au soir de l’appel, quel que soit le résultat de cet appel. Deux, si la Fédération ne fait pas la différence entre stationner deux minutes en double file pour aller acheter un paquet de cigarettes et écraser un piéton, sur un passage protégé, en grillant un feu rouge, moi je vais la faire. Philippe est victime d'une énorme injustice. Il est allé à Paris pour s'expliquer devant la commission de discipline et personne, là-haut, n'a eu la délicatesse de l'écouter. Tous les médias m'ont téléphoné, le jour même, avant le début de la réunion, pour me demander mon opinion sur la sanction qui le frappait. Il était condamné avant d'être jugé. D'autre part, Philippe est fautif à 100 % c'est incontestable, d'avoir avalé un médicament inscrit sur la liste des produits interdits. Je dis qu'il est fautif, mais innocent. On a les moyens, aujourd'hui, de mener une analyse si fine, qu'on est sûr qu'il a pris du Di-Antalvic. Sûr et certain. Pas du Captagon, pas des amphétamines, pas des anabolisants : du Di-Antalvic. » 

Puis Coach Courbis transformé en avocat de la défense, continue sa plaidoirie et se fait un malin plaisir de taper sur la Fédération : « quand on a peur de son ombre, quand on est sous tutelle, quand on a déjà fait trop de bêtises et qu'on est obligé de donner la main au ministre pour traverser la rue on est incapable d'assumer la moindre responsabilité. On prend le règlement et on applique le règlement bêtement On se protège derrière le règlement. Tenez, il n'y a pas longtemps, un contrôle a révélé qu'un deuxième ligne de rugby irlandais, Anderson, avait absorbé du Di-Antalvic. La Fédération irlandaise l'a reconnu fautif, mais a eu le courage d'admettre qu'il n'avait pas triché. Il a écopé d'une amende pour sa faute, normal mais ni lui ni son club n'ont eu à encourir une pénalisation sportive. Parce que son erreur n'a pas eu d'influence sur son rendement pendant la partie, n'a pas faussé les résultats. Heureusement que la commission d'appel, jeudi, sera composée de personnes compétentes qui vont nous laisser nous expliquer pour pouvoir, ensuite, trancher. Sinon, on se fera naturaliser Irlandais. Soyons clairs. Si Anziani est reconnu coupable, il faut le radier à vie. Pas de passe-droit. Et le match à Metz, où nous avions obtenu un 0-0 on doit le perdre sur tapis vert. Ce serait ça, une vraie lutte contre le dopage ». Comme vous voyez, le trublion Coach Courbis a sorti sa plus grande panoplie d’acteur et d’homme du spectacle pour monter au pinacle et défendre becs et ongles son joueur et crier au complot contre son Toulon. Seulement si le Di Antalvic est depuis des années et c’est toujours le cas sur la liste des produits dopants du CIO s’est qu’il comporte du dextropropoxyphène, qui est un produit qui masque les douleurs et donc de dépasser les limites physiologiques, selon le CIO.

Donc la suite de l’histoire c’est qu’après Coach Courbis, la parole est aux défenseurs de la loi Bambuck et notamment le Dr Bertrand Mallat qui lui aussi s’exprime en tribune ouverte avant cette fameuse commission d’appel. « Anziani est donc contrôlé positif (une substance chimique interdite est retrouvée dans ses urines) suite à la prise d'un antalgique (médicament contre la douleur) : le Di-Antalvic. Ce dernier n'est effectivement pas anodin, un de ses composants (le dextropropoxyphène) étant proche de la méthadone (analgésique morphinique artificiel). Au regard de la loi actuelle, Anziani est coupable: cette substance est, en effet, inscrite sur la liste établie par le CIO qui fait désormais référence. La loi Bambuck qui prévoit (fait nouveau par rapport à l'ancien texte de 1965) des contrôles dans tous les sports, à l'entraînement comme en compétition, par des personnes agréées, ainsi que des sanctions pénales contre les pourvoyeurs (par incitation ou tromperie du sportif) est positive pour lutter contre tous les dopages qu’ils soient directs ou indirects. Le Cas d'Anziani peut être considéré comme un dopage indirect par ingestion de substances médicamenteuses dont le but est thérapeutique (infections, douleurs ...), mais que par effet secondaire, peuvent aussi avoir une influence, même minime, sur le rendement du joueur, on est malade, on prend des médicaments pour guérir, pour être soi, mais en risquant de se modifier indirectement. Pour Anziani, il ya la preuve qu'il y a prise de Di-Antalvic qui, effectivement, supprime la douleur, mais a également une certaine action indirecte sur le cerveau, sur la fatigue ... Il est impératif d'en tenir compte ». Et c'est ce que fera donc cette fameuse commission de discipline. Oui. Anziani était dopé le 30 septembre 1989 lors de Metz-Toulon. Non il n'est pas coupable. Ainsi peut-on résumer le verdict de la commission d'appel de la FFF, qui a confirmé la sanction prise en première instance : un mois de suspension ferme, soit trois matches contre Caen, Mulhouse et Brest pour l'avant-centre toulonnais. « Du seul fait de l'absorption de Di-Antalvic, quelles que soient les explications fournies par M. Anziani dont l'honnêteté n'est pas mise en cause, l'infraction se trouve établie », est-il mentionné dans les attendus du jugement. Commentaire de Rolland Courbis qui a tenu parole et qui était effectivement venu à Paris pour défendre son joueur: « On se retrouve avec un non-dopé qui est puni quand même. Mais voilà, il y a un règlement, bidon puisqu'il met tous les sports et tous les gens, les dopés et les autres, dans le même sac. Mais je voulais surtout que l'honneur d'Anziani soit sauf. C'est fait Son honnêteté a été reconnue.» Et Coach Courbis d'ajouter : « Certains n'ont pas été à la hauteur dans cette affaire. On dit qu'il n'est pas joli de se venger mais je leur réserve un chien de ma chienne, vous pouvez me faire confiance ... ». Un Coach COURBIS toujours fidèle à lui-même je trouve et en ce qui concerne Anziani je ne voudrais pas jeter le trouble dans votre esprit mais faites attention tout de même quand vous prenez du Di-Antalvic, ils ne préviennent pas des effets secondaires sur la notice :

1 commentaire:

  1. Et le match d'après : Caen-Toulon, fut la 1ère victoire (au bout de 7 journées si j'me souviens bien) du SMC en D1 !!!

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