Le jour où CANTONA traita le sélectionneur de sac à merde

Il y a 24 ans, en plein cœur de l’été, le football français connaissait une crise sans précédent, les dirigeants et le sélectionneur sont critiqués de toute part et l’estocade fatale sera portée par Eric Cantona, qui par un « sac à merde » balancé à la fin d’une rencontre va mettre le feu à la FFF. Pour revivre cet épisode, voici les déclarations et communiqués de chacun, en jaune vous retrouverez mes commentaires et explications, mais la parole est aux principaux intéressés. Tout commence avec la liste d’Henri Michel pour ce match amical France-Tchécoslovaquie du 24 août 1988. Le jeudi 15 août, le sélectionneur français dévoile sa liste de 16 joueurs et donnent en attaque les noms de Paille, Papin et Xuereb. Aucune trace de Cantona pourtant présent lors des derniers rendez-vous. Le lendemain l’OM bat le Matra Racing (2-0 Canto et Vercruysse pour les buts) et à la sortie du match, Eric Cantona sort de ses gonds au micro de France Inter, voici sa déclaration exacte et dans son intégralité :

« Je ne jouerai plu en équipe de France tant qu'Henri Michel y sera à sa tête. Ne me parlez plus de lui, je ne le connais plus. Ce n'est pas mon genre de vouloir aller dans une équipe où le sélectionneur ne m'aime pas. Aujourd'hui, j'ai voulu réaliser un grand match. Je l'ai fait, malheureusement pour Henri Michel. J'ai une boule là, dans la gorge, depuis jeudi après-midi. J'ai appris en lisant L'Equipe du lendemain que j'étais en méforme. Voilà qui justifierait ma sélection en équipe Espoirs. Je fais remarquer que j'ai parfaitement admis que Gérard Gili me laisse sur la touche à Toulouse fin juillet, je me suis remis en question. J'ai travaillé d'arrache-pied à l'entraînement. Depuis cette date, j'ai fait marquer mes copains, je suis revenu à un bon niveau. Et, pour un joueur en méforme, j'ai même marqué deux buts, un contre le Matra, l'autre à Strasbourg où j'en ai aussi offert un à Papin. Je sais que certains vont me prendre pour un cinglé. Je ne fais pas cela pour la gloriole. Ce n'est pas un exploit ou un coup d'éclat de ma part. J'avais quelque chose à dire. Ce n'est pas spontané. Tous mes mots ont été pesés et analysés ayant d'être prononcés. J'ai donc lu dans L'Equipe que le sélectionneur faisait confiance à Gérald Passi, jugé pourtant en petite forme mais sur lequel il fonde de gros espoirs. J'estime que j'ai donné quelques signes d'espoirs moi aussi. J'ai lu enfin que la saison qui commençait était placée sous le signe de l'obligation de se qualifier pour la Coupe du monde.

J’en conclus que le sélectionneur n'a pas besoin de moi pour cet objectif. J'ai des principes. Je tiens à les respecter toute ma vie, au risque de déplaire à certains. Je suis bien à Marseille. Je donne tout à mon club. Demandez à mes partenaires ce qu'ils pensent de mon volume de jeu actuel. Henri Michel a commis un faux-pas. Un jour, je serai tellement fort qu'il faudra choisir entre lui et moi. Il n'a même pas eu le courage de m'appeler ou de venir me voir, alors qu'il habite tout près de Marseille, pour m'expliquer les raisons qui l'ont conduit à agir de la sorte. Il n'a pas eu cette finesse, cette classe. Je souhaite qu'on s'aperçoive rapidement qu'il est l'un des plus incompétents sélectionneurs mondiaux. Un sélectionneur doit avoir comme qualité première la psychologie et la correction. Il a agi incorrectement avec moi. Mais j'insiste : je me rendrai avec plaisir à Teplice avec les Espoirs. Eux savent au moins m'apprécier. Je tiens à ce que vous sachiez ceci : je ne dis pas que j'avais ma place contre la Tchécoslovaquie à Paris. Je dis tout simplement que j'ai prouvé, moi aussi, qu'on pouvait fonder quelques espoirs sur moi. J'avais besoin de vider mon sac, je J'ai fait. Je viens de lire ce que Mickey Rourke a déclaré à propos des oscars d'Hollywood : celui qui s'occupe de ça est un sac à merde. Je ne suis pas loin de penser qu'Henri Michel en est un, lui aussi, j'ai ma conscience pour moi. Je me dis depuis trois jours : n'ai-je pas fait le peu de choses qu'il ne réclame même pas aux autres ? Je le répète, je ne jouerai plus en équipe de France tant qu'il sera là. Mais je suis sûr que cela ne durera pas longtemps. Je souhaite me tromper, pour les joueurs, mais je pense que Michel ne restera pas longtemps à son poste... »

Oh comment il envoie du steak le père Canto !! Bon citer du Mickey Rourke ça en jette un max je trouve et vous savez quoi dans le fond je suis d’accord avec lui. Henri Michel a trop souvent changé sa sélection au gré des hauts et bas des joueurs les semaines précédant les grands rendez-vous. Il n’a jamais mis en place un projet à long terme que ce soit pour gérer l’après Platini (tout à tour ila assayé comme meneur de jeu : Vercruysse, Ferreri, Touré, Passi ou Delamontagne) ou pour trouver son attaque. Attention la liste des attaquants utilisés par Henri Michel après le mondial 86 est longue comme une journée sans bière pour un hooligan anglais sous la canicule : Papin, Stopyra, Bellone, Buscher, Micciche, Fargeon, Anziani, Paille, Xuereb, Perez, Zénier, Bravo, Garande et Cantona. Donc voilà en grande partie pourquoi Canto a pété un boulon devant ce manque de cohérence surtout que brillant avec les espoirs, Cantona venait de livrer une grande partie face à l’Espagne (victoire 2-1) et le duo Cantona-Papin devant était très prometteur (on connait la suite). En tout cas Cantona avait raison sur un point « je ne jouerai plus en équipe de France tant qu'il sera là. Mais je suis sûr que cela ne durera pas longtemps ». La prophétie de Canto s’est réalisé deux mois après, le 22 octobre 88 et après un calamiteux nul à Chypre. Mais Henri Michel comment il a pris lui de se faire traiter de sac à merde par l’intermédiaire d’une citation de Mickey Rourke ? Voici son commentaire au lendemain de la tirade du futur Eric the King :

« Il m'a pratiquement traité de sac à merde. On serait choqué à moins. Je peux comprendre certaines réactions de déception, mais il en est d'autres que je ne puis accepter. Je préfère considérer qu'il a parlé sous le coup de la déception, de la colère. Je l’ai appelé aujourd’hui, Je ne lui ai pas demandé d'excuses, je lui ai donné les raisons de mon choix, ce que je ne fais pas d'habitude. Chacun a son attitude à cet égard. J'ai également dit à Éric que je voulais le voir dans les prochains jours. Pour discuter face à face, d'homme à homme. Pour que tout soit clair, net. A l'heure actuelle, un problème de personnes nous oppose, mais je veux bien passer au-dessus pour le bien de l'équipe de France. J'étais même prêt à le faire venir au stage si Daniel Xuereb avait déclaré forfait. Mais, avec le président de la Fédération, nous avons finalement décidé de laisser Cantona à l'écart des sélections, en attendant de le rencontrer. J'espère que Cantona s'est trompé. Cette affaire a, au moins, remis les choses à leur place, en prouvant que les joueurs ont toujours envie de porter le maillot bleu. Cest bien le seul bon point de la journée ... »

Très politiquement correct tout ça, mais il a tenu sa promesse et la fédération a reçu Eric CANTONA pour s’expliquer. Un Canto qui a décidé d’apaiser les choses et le matin du match face à la Tchécoslovaquie, il s’est fendu d’un communiqué à la presse, le voici :

« Très attaché aux résultats des équipes de France. J’ai toujours mis toute ma force et mon courage à la disposition de celles-ci pour que l'image de mon pays bénéficie de l'impact positif de nos victoires. Ayant cru que mes performances personnelles précédentes m'avaient permis de faire partie de ce que l'on appelle le groupe de l'équipe de France, je pensais que mon début de Championnat modeste n'aurait pas dû m'en faire exclure, dans une année capitale. L'homogénéité, la solidarité, les automatismes sont plus importants à mes yeux que les sautes de forme de l'un ou l'autre du groupe. Aussi, lorsque j'ai eu connaissance de la liste des sélectionnés, c'est avec beaucoup d'amertume et de tristesse que je me suis aperçu que je n'en faisais pas partie. Néanmoins, ni la déception, ni la colère ne peuvent justifier et excuser les débordements de langage que j'ai pu avoir à l'égard d'Henri Michel Je le regrette très sincèrement et j'espère avoir avec lui, dans les prochaines heures, la conversation qui mettra un terme définitif à cet incident que seuls la passion et l'amour de mon métier peuvent justifier ».
Un peu tard mais bien essayé quand même Canto. En tout cas après le match les sanctions tombent et sont sans appel pour le King qui se voit exclu par la fédération française de football de toute sélection nationale jusqu'au 30 juin 1989, le privant ainsi de sélection A mais également espoirs, il ne peut donc participer à la victoire de ceux-ci en finale retour du Championnat d'Europe de football espoirs 1988 alors qu’il avait tant œuvré dans cette campagne. Platini lui arrive dès le mois d’octobre 1988 à la tête des bleus et dès la suspension de Canto levé, il reforme avec succès la paire Cantona-Papin qui fera tant de bien à l’équipe de France. Voir à ce sujet : Suède-France 1989, la naissance du tandem Papin Cantona

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