Gilles ROUSSET

Gilles Rousset était un immense gardien. Pas moi d’un mètre quatre vingt quinze sous la toise pour le bonhomme qui a débuté sa carrière à Sochaux. D’ailleurs tout au long de sa carrière ce sera toujours la première chose qu’on lui dira dans les interviews, "Gilles quand on vous rencontre, ce qui impressionne ..." et lui de répondre inexorablement, « C’est ma taille ». 1.95 m, plus de 90 kilos à son poids de forme c’est sûr qu’il est impressionnant sur sa ligne de but le Rousset. Et pour lui ce n’est pas un mince avantage que de dépasser d’une bonne tête ses adversaires : « Vu les situations de jeu dans le football d'aujourd'hui, il vaut mieux être grand. On voit de plus en plus de buts sur des phases arrêtées, corners ou coups francs. Et un grand gardien a plus de chances de prendre la balle. Il y a aussi des inconvénients et surtout les balles au sol où je suis plus gêné. Toutefois, à force de travailler, j'ai progressé dans ce domaine » disait t’il en 1990 alors qu’il était sur le départ à Sochaux et aux portes de l’équipe de France. Sochaux pourtant c’était une grande histoire pour ce gardien, qui a débuté très tôt comme doublure du non moins grand Albert RUST. Il intègre le groupe Pro en 1982 alors qu’il n’a que 19 ans mais doit attendre la saison suivante pour jouer son premier match en division 1. Des débuts dont il se souvient bien car un accident l’a marqué profondément alors : « C'était mon deuxième match en pro, en 82 à Brest. J'ai fracturé la cheville de Radovic à la suite d'un choc involontaire. Un incident qui m’a d’autant marqué qu'il n'a plus rejoué ensuite. J'étais très jeune, et je me suis dit: "Oh! la la !" ça part très, très fort, la carrière. Au bout de deux matches, boum ! je blesse un joueur ». Un incident très dur à gérer psychologiquement car il retourne tout de suite sur le banc de touche quand Rust, titulaire indéboulonnable reprend son poste. D'ailleurs ce sera son lot jusqu’à la saison 1986-87 où il devra attendre les blessures et indisponibilités d’Albert RUST pour gagner du temps de jeu. Ainsi en 6 saisons il ne dispute que 23 matchs de championnats et 3 en coupe de France. 

Sa chance il va l’avoir avec la relégation du FC Sochaux au terme de l’exercice 86-87. Rust file alors à Montpellier qui fait le chemin inverse et Rousset à 23 ans devient le taulier d’une incroyable équipe de Sochaux. Les sochaliens prennent aussitôt l’ascenseur vers la D1 grâce à leur génération exceptionnelle (Sauzée, Silvestre, Paille, Jean-Christophe Thomas, Philippe Lucas ou Laurent Croci). 2 défaites seulement et un retentissant 7-1 à Gerland donne le la d’une saison réussie. En parallèle Sochaux brille en Coupe de France avec l’éviction du PSG (6-1 sur l’ensemble des 2 matchs), Montpellier, Lens puis Nice soit que des équipes de D1. En finale les lionceaux tombent sur un os : le FC Metz. 1 partout à la fin des prolongations, Eric Black avait répondu à Stéphane Paille, la décision se fera aux tirs au but. Tandis que Mickael Madar échoue sur Michel Ettore, le gardien lorrain, Rousset est impuissant lors de cet exercice particulier et voit Metz partir avec la coupe et disputer la saison suivante une coupe d’Europe. Mais Rousset s’est fait remarquer pour son premier exercice complet dans les buts. Si il n’a jamais brillé lors des pénos, il a bien d’autres qualités dont son physique impressionnant dès qu’il sort de sa cage et qui intimide les attaquants adverses même si il s’en défend : « Moi, j'utilise ma masse pour arrêter les ballons, pas pour intimider; ça peut jouer un rôle effectivement. Quand un gaillard de quatre-vingt-dix kilos se pointe sur vous, c'est impressionnant, mais, personnellement, ce n'est pas du tout mon but. Je joue avec mes armes ». Pourtant la division 1 va connaitre aussi une autre facette de la personnalité de Rousset, à savoir ses coups de sangs. Que ce soit à Sochaux ou à Gerland par la suite quand il signera à l’Olympique Lyonnais en 1990, les supporters se souviennent tous de ses montées jusqu’au rond central pour faire entendre sa justice. Rousset c’était le Cyril Rool des gardiens de buts, accumulant les cartons ! Pourtant pour lui il y a une explication à ses réguliers pétages de plombs et j’avoue que la théorie est assez intéressante : « J'ai du mal à supporter l'injustice, et il y a des fois où, c'est vrai, les plombs sautent, je suis surtout capable de grosses colères. Je bous en permanence intérieurement, et le jour où ça explose, je ne me contrôle plus. Je gueule. Je n'ai plus un comportement très net. Et je sais que ce manque de maîtrise peut me jouer des tours. Notre problème à nous les gardiens, c'est l'énorme stress que nous accumulons et que nous ne pouvons évacuer. Les autres, ils taclent, ils donnent des coups. Nous, non. Et parfois Il est très dur de se maîtriser. Le stress monte, monte, et il déborde, Quand nous nous énervons, nous craquons vraiment. Ce n'est pas simple à admettre pour des gens qui ne jouent pas, mais tous les gardiens ont le même sentiment ». Je trouve la théorie intéressante sur cette frustration de ne pas pouvoir se dépenser comme les autres et d’accumuler toutes cette tension nerveuse sans l’évacuer. Si bien que lorsque la cocotte minute explose ça fait des vagues. Concrètement comment cela se traduit-il ? Deux exemples, le premier à Toulouse lors de la saison1989-1990 avec un Toulouse-Sochaux, le principal intéressé raconte : « Quand Khidiatouline frappe Carrasco, et que l'arbitre ne bronche pas, c'est très dur à accepter. Là, nous sommes un peu obligés de faire la loi, ce qui est moche. Nous n'avons pas à donner cette image de notre job. Nous sommes là pour jouer au foot, pas pour nous battre. Mais, ce jour-là, il n'y avait pas que moi. Les vingt-deux joueurs ont disjoncté, c'était surtout dû à l'arbitre qui n'était pas bon ». Bon ce qu’il ne dit pas c’est que des 22 joueurs, il est le premier à avoir sorti la boite à claques. 
Deux ans plus tard il y a récidive à Gerland lors de l’exercice 91-92 et un match OL-FC Metz. Celui-là c’est votre serviteur qui raconte, présent dans les tribunes ce soir-là. Premier incident en cours de match avec une erreur d’arbitrage, où l’homme en noir colle un deuxième jaune à Bruno Génésio mais lui donne pas le rouge qui va avec. Bon si il colle un deuxième jaune c’est pour une très grosse faute de Génésio et une bousculade intervient devant le banc de touche lyonnais. De sa cage Rousset arrive sur les ovations de Gerland qui sait que quand le taulier des lieux se déplace ce n’est pas pour rien. Hop dès que Rousset arrive les coups fusent et début de bagarre générale mais assez rapidement avortée. Pour la petite histoire, Domenech, l’entraineur de l’OL alors et pas filou pour un sou, profite des évènements pour sortir Génésio pendant quel l‘arbitre à la tête ailleurs et l’OL finira le match à 11. Là, le match se termine dans une ambiance délétère et au coup de sifflet final, juste à l’entrée du couloir mais toujours sur la pelouse de Gerland, une belle bagarre générale éclate entre les deux équipes, digne d’un derby Narbonne-Béziers au beau milieu des années 80 au rugby. En fait le début de la bagarre a coïncidé avec l’arrivée de Rousset à l’entrée du couloir et là tous ceux qui étaient restés en tribunes ont pu voir le grand gardien lyonnais distribué les pains tels Jésus selon les évangiles. Dépassant la meute d’une tête, Rousset a donné tout ce qu’il avait comme frustration ce soir là. 

Pourtant il serait réducteur de ne voir en Rousset qu’un gardien qui se sert de son physique pour impressionner et intimider les adversaires. Le bonhomme est travailleur et très exigeant envers lui-même. Il ne supporte pas de passer à travers une balle aérienne mais comme dit le poète cent fois sur le métier remettez votre ouvrage…et c’est ce que fait Rousset : « C'est bête d'être aussi grand et de passer à travers les centres aériens. Mais personne n'est infaillible et si il est vrai que je commets des erreurs dans ce domaine, je l'analyse afin de ne pas la refaire et je continue de m’exercer ». raconte-il toujours en 1990 car pour lui ces erreurs « C'est le genre de choses qui vous prouve que vous avez encore du chemin à parcourir pour atteindre le top niveau ». Le haut niveau il va le connaitre entre 1990 et 1992, où le Sélectionneur Platini va en faire son gardien numéro 2 derrière Bruno Martini. Il est à Sochaux lorsqu’il connait sa première sélection, Rousset raconte : « Ma première sélection est intervenue lors d'une tournée au Koweït en janvier 1990. Cela s'était bien passé puisque nous avions gagné (1-0). Les souvenirs sont assez forts car c'est toujours un honneur de représenter son pays au plus haut niveau ». Mais si en 90 ce n’est qu’un bout d’essai avec les bleus, son statut de numéro 2 français il va l’acquérir dès la saison 90-91 et son arrivée à Lyon. L’OL a retrouvé la division 1 un an après Sochaux mais se montre bien plus ambitieux que le club du Doubs dans sa politique de transfert. En tout cas c’est ce qui explique le choix de Rousset de quitter son club formateur : « Je ne pense pas que Sochaux sera un jour un grand club. Ce n'est pas la mentalité. On pense plus à former des jeunes qu'à prendre des risques. Ce n'est pas une critique. Le club n'a pas trop les moyens financiers pour rivaliser avec les clubs dits « grands clubs ». Sochaux a de bons résultats mais il aura du mal à franchir un certain cap. Et ce n'est pas lui faire injure que de dire ça d’ailleurs les départs de Sauzée et Paille l’année dernière confirment mes propos ». C’est donc un tout jeune international qui arrive entre Rhône et Saône à l’aube de la saison 1990-91. Cet exercice sera très accompli pour l’OL et Rousset, d’ailleurs les deux sont étroitement liés. L’OL finit 5ème et retrouve la coupe d’Europe. Rousset lui fût impérial dans les buts et gagne définitivement sa place dans le groupe France. Une équipe de France d’ailleurs qui brille, gagnant tous ses matchs éliminatoires pour l’Euro 92. Une série d’invincibilité incroyable qui va prendre fin le 19 février 1992. 

Ce soir là pourtant Rousset a peut être vécu le match le plus marquant de sa carrière. Bruno Martini blessé c’est lui qui gardera les buts de l’équipe de France face à l’Angleterre. « J'ai eu la chance de jouer mon second match en Equipe de France à Wembley, un des temples du football, contre l'Angleterre. Nous avions perdu (2-0) mais nous avions effectué une très bonne prestation qui aurait mérité une meilleure issue ». Je ne suis pas d’accord avec son analyse, l’équipe de France ce soir là était bien loin de son niveau des derniers mois et sans un immense Rousset dans les buts, les français serait repartis de Londres avec une volée historique dans les valises. Néanmoins sa prestation irréprochable malgré la défaite conforte Platini dans ses choix et il sait qu’en cas de coup dur de Martini à l’Euro il pourra compter sur le gardien lyonnais. Rousset sera du groupe présent en suède pour le championnat d’Europe : « C'est exceptionnel. Lorsque l'on arrive à toucher du doigt le plus haut niveau pendant plusieurs saisons, c'est fantastique. C'est une reconnaissance de vos qualités et de votre travail accompli en club. C'est vraiment des bons souvenirs. Nous avions un groupe très uni. C'est dommage que cela se soit mal passé sur le plan des résultats à l'Euro en Suède où nous n'avons pu atteindre le second tour car nous avions réalisé un sans faute lors des éliminatoires. Ce sont tout de même des moments privilégiés ». En revanche la suite de sa carrière sera une pente douce vers un relatif anonymat. L’OL connait une fin de l’ère Domenech assez triste avec deux exercices aux 14ème et 16ème places. Bye bye l’équipe de France aussi après la démission de Platoche, c’est ainsi qu’il part en 93-94 dans le cadre des échanges entre l’OL et l’OM à Marseille pour être la doublure du jeune Fabien Barthez. Un exercice seulement car rattrapé par l’affaire OM-VA le club phocéen est rétrogradé en D2. Rousset file alors pendant une saison à Rennes il partage les cages avec une ancienne doublure de l’OM, Pascal Rousseau (attention pas le comique québécois). Une seule saison avant l’aventure à l’étranger, bon pas dans un des plus grands championnats mais une aventure qui lui tient à cœur : « Je garde un souvenir extraordinaire de l'Ecosse. J'ai vu la passion du football au plus haut point. La communion entre le club et ses supporters, la ferveur dans les stades. Les gens sont adorables et ne vivent que pour le football. J'y ai passé six années exceptionnelles. Nous avons même remporté en 1998 avec mon club d'Heart of Midlothian la Coupe d'Ecosse en battant les Glasgow Rangers (2-1). C'était très émouvant ». Il finira sa carrière en Ecosse et il nous raconte ce qu’il a fait depuis, c’est assez atypique comme parcours de reconversion alors que l’issue elle, est finalement très classique : « Après avoir arrêté en 2001, je suis revenu en France. Je souhaitais vivre une autre expérience. J'ai passé en deux ans un DESS en marketing et management du sport professionnel à l'université de Rouen. Ensuite, j'ai eu l'envie de retrouver les terrains. L'an dernier, l'Olympique Lyonnais m'a offert l'opportunité de devenir entraîneur des gardiens de but au centre de formation. Je m'occupe donc depuis la saison dernière des catégories moins de 15, 16, et 18 ans et du CFA. Je prends beaucoup de plaisir dans cette nouvelle fonction. C'est très excitant de transmettre son vécu, son savoir. Je suis très heureux d'être à nouveau à Lyon ». Retour à l’OL donc pour ce gardien qui a marqué le club même si il n’y est resté que 3 saisons. Personnellement j’adorais ce gardien et même si il perdait un peu les pédales par moment, il a une façon de l’expliquer qui le rend sympathique à mes yeux. Quand on l’interroge sur le nombre élevés de cartons voici ce qu’il répondait : « Je râle un peu trop, moins que les joueurs cependant mais comme je suis grand, les arbitres ont peut être peur, et ils sortent plus facilement le jaune pour moi, C'est dingue, bien que ce ne soit pas mauvais d'être rappelé à l’ordre de temps en temps. Ça remet les idées en place. Prendre une gifle, c'est bon ». "Prendre une gifle c'est bon" C'est donc pour ça qu'il en donnait tant ? 

Voici une planche avec tous les clubs de sa carrière : 
P.S : Une petite vignette anecdote pour cet amoureux de Rugby et de basket qui disait un jour à France Football en 1989 : « J'ai le physique d'un troisième ligne. Je suis d'ailleurs fou de basket et de rugby. Ce sont des sports très durs. Il faut être au top physiquement ». Et bien en 1992 Panini a sorti cette vignette de Rousset. Je l’ai trouvé sur le web et j’ignore de quel album elle provient mais elle a entièrement sa place dans ce sujet.

2 commentaires:

  1. Salut Alex,

    Super article, comme d'hab.
    La dernière vignette dont tu parles est une image cartonnée issue de l'album Panini "Official Football Cards" de 1993.

    Dans cette album il y a notamment une série d'images où l'on voit les internationaux français de l'époque dans des situations assez étranges.
    Par exemple Franck Silvestre jouant du saxo, Amoros posant tel le penseur de Rodin, Petit en mécanicien, Vahirua en surfeur, Fernandez jouant à la pétanque, Divert en robin des bois... et donc Rousset en rugbyman.

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  2. Merci doublement Anthony. Je n'ai jamais fait les albums cards et j'en ai qu'un qu'on m'a offert celui de 97. Mais là je commence à regretter

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