Mexico 86 : Présentation du Portugal

Douze octobre 1985. Au stade de la Luz, vaste et incrédule, onze Portugais brouillons et passifs arrachent à grande peine une courte victoire sur Malte. Ce qui inspire cette réflexion à l'ami Fernando Couto e Santos qui vous traduit ici même les mouvances du football lusitanien, semaine après semaine : « Quoi qu'il en soit, le Portugal a évité la débâcle devant les Maltais. Et, puisque les Portugais sont par nature rêveurs, laissons-les rêver ». Allusion, bien sûr à la perspective de la qualification bien improbable pour le Mundial mexicain, vu que Bento et les siens occupent, certes, la deuxième place du groupe 2 de la zone européenne, mais avec un seul match à jouer en Allemagne fédérale - qui n'a jamais perdu une seule fois à domicile en phase éliminatoire. Contre deux aux suédois qui les talonnent au classement à un point. Quatre jours s'écoulent alors. Et le rêve, le fameux rêve portugais prend forme. Car voilà les Suédois qui laissent passer leur chance en Tchécoslovaquie. Et voilà surtout qu'au Neckarstadion de Stuttgart, ce 16 octobre, José Torres – le sélectionneur qui n'était évidemment plus bon à donner aux chiens après le match contre Malte - et ses gars battent 1-0, la RFA de Beckenbauer. But de Carlos Manuel à la cinquante-quatrième minute après que celui-ci eut piqué le ballon à Littbarski, dribblé trois autres Allemands et ajusté du pied droit un monumental boulet des dix-huit mètres allant se ficher dans la lucarne gauche de Schumacher.
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Changement de décor. Le lendemain, l'aéroport de Lisbonne est investi par une foule bigarrée et joyeuse. Les journaux qui relatent l'exploit sont l'objet d'invraisemblables surenchères dans tes kiosques. On ne compte plus les plongeons dans les fontaines de la cité. Les mécréants sont devenus des héros. Ils en profitent d'ailleurs pour régler quelques comptes avec leurs censeurs d'avant-hier.

Au milieu d'eux, un célibataire de vingt-huit printemps aux cheveux et à la moustache bien taillés. Ni armoire, ni gringalet. A sa façon, le petit prince du célèbre Benfica Carlos MANUEL est un de ces nouveaux héros portugais et le milieu de terrain est grisé par cette qualification miraculeuse et se livre aux pronostics très optimistes : « Je vois bien le Mexique, le Brésil, l'Allemagne et... le Portugal arriver en demi-finale du Mondial ! Tout ça, après que nous ayons terminé premiers du groupe de Monterrey devant l'Angleterre, la Pologne et le Maroc! Autre chose: en débutant contre les Anglais, nous passeront d'emblée un véritable test. Mais sachez bien qu’à mes yeux, les deux matches suivants seront tout aussi importants vu l'objectif recherché ». De fait, qui aurait cru que les portugais débarqueraient dès le 8 mai au Mexique avec un tel appétit ? Réponse toujours du « poumon » de Benfica et de la sélection : « Cela me parait être une ambition tout à fait normale, même si mon pays ne participe que pour la deuxième fois de son histoire à une phase finale de Coupe du monde. A cet égard, je n'oublie pas qu'en 1966 personne n’imaginait qu'Eusebio et les autres finiraient troisièmes. Pas plus que je n'oublie notre troisième place au dernier Championnat d'Europe. Or, en ces deux circonstances, on ne nous attendait pas si bien placé. Mais je peux vous garantir que chaque fois la sélection portugaise avait eu d'emblée le désir d'aller loin. Ne serait-ce que parce que, dans ce genre de rendez-vous qui marque, j'en ai bien conscience, l'apogée d'une carrière, il me parait obligatoire de vouloir justifier sur la ligne de départ l’honneur que constitue une place au Mondial, conquise sur le terrain ». A cet instant, un constat, en tout cas : le poids du passé ne parait pas devoir peser sur les épaules des internationaux lusitaniens qui, par Carlos Manuel interposé, se veulent à la fois résolus, lucides, solidaires, décomplexés. « A cet égard, souligne-t-il, je ne conteste pas qu'il n'y a plus chez nous des monstres sacrés type Eusebio, Coluna, dans les années 60, Nene, Alves, Humberto dans les années 70-80. Mais ce serait une erreur de croire que nous en pâtissons en sélection. Je remarque, en effet, que nous disposons toujours de jolis arguments techniques, d'une certaine capacité d'improvisation. Et cela s'ajoute une condition physique bien plus « pointure » qu'auparavant à cause d'un travail foncier bien plus soutenu, et les bienfaits d'un heureux mélange entre les anciens comme Bento, Jordao, Gomes ou moi, et une nouvelle vague très intéressante symbolisée par Futre, un ailier bourré de qualités, par Linos, Veloso, Iniacio, Frederico, Joao Pinto, Magalhaes ou encore Samuel, le jeune et très rapide libero de Benfica qui pourrait bien être l'une des prochaines vedettes du football national. »
De là à penser que la sélection lusitanienne est aujourd'hui dans la force de l'âge, il n'y a du coup qu'un tout petit pas à franchir, si l'on veut bien croire en la bonne parole du joueur de Benfica Carlos Manuel. Juste une petite réticence à cet instant, entre le doigt de bon vin et la lampée de Cognac : le Portugal ne sera-t-il pas handicapé par cette singulière irrégularité qui l'a par exemple conduit à commencer les phases éliminatoires de la Coupe du monde sur les chapeaux de roue (victoire en Suède et face à la Tchécoslovaquie) à aller arracher miraculeusement la qualification en RFA dans tes conditions que l'on sait, mais aussi a peiner devant les modestes Maltais ou de se faire pille à' Lisbonne par les Suédois ?

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