Mexico 86 : Jozef MLYNARCZYCK

Jozef Mlynarczyk. Gardien du FC Porto depuis peu. Et gardien de l'équipe nationale de Pologne depuis 1979. Un bon gardien ou un super ? Premier retour en arrière. Match de Coupe d'Europe contre la Juve. Widzew avec Boniek, Mlynarczyk, Zmuda et Smolarek l'emporte à Lodz 3-1. Et perd à Turin 1-3. Prolongation. Lors des coups de pied au but, il arrête les deux essais de Causio et de Cabrini. Après avoir éliminé l'équipe de Manchester United, Widzew mate la grande juve. Boniek déclare en Italie :  « Mlynarczyk est le meilleur gardien du monde. » Mais personne ne l'écoute sûrement que le nom est tellement compliqué à prononcer. Lors des éliminatoires pour le Mundial 82, la Pologne joue un match décisif contre la RDA. A Leipzig. Et elle gagne 3-2, Boniek répète: « Jozef est le meilleur gardien du monde ». Pourtant, c'est surtout Smolarek, auteur de deux buts, qui fait un tabac. Mais c'est Mlynarczyk qui a sauva l'équipe à plusieurs reprises. Et ça continue. Nous sommes à Chorzow, l'automne dernier. Pour que la Pologne aille à Mexico il lui faut faire match nul contre la Belgique. Mission accomplie: 0-0, mais ce fut l'enfer. Pour Mlynarczyk aussi. En sortant du terrain, Boniek le porte sur ses épaules jusqu'aux vestiaires, et déclare à nouveau: « C'est lui qui nous a qualifié. » On ne l'entend plus le dire :qu'il est le meilleur du monde.pas besoin vu qu'il le pense toujours aussi fort. 

Au Portugal, où il joue depuis janvier 1986 (transféré depuis Bastia au mercato d'hiver), sa cote est toujours aussi haute. Pour son premier match face à Benfica, à Lisbonne, Jozef affronte cent vingt mille spectateurs déchainés. Résultat ? 0-1. Dans les cinq premiers matches Mlynarczyk n'aura pris aucun but. Quatre cent cinquante minutes d'invincibilité et le nouveau record du genre pour le Portugal. Mais tout a une fin . Pour son huitième match, Mlynarczyk retrouve Lisbonne et Benfica, en Coupe cette fois. Manniche, le Danois, le trompe sur le penalty. Ce fut son premier but encaissé sur le sol portugais. Jozef Mlynarczyk aura bientôt trente ans, un gamin à côté des ZofF, Shilton, Jennings, Bento et autres. Malgré la sagesse des années, le portier de la sélection blanc et rouge n'aime toujours pas encaisser de buts, il n'en a pas pris l'habitude. Jusqu'au jour où il est arriva à Bastia. C'est là que la colonne débit fera le plein: 61 matches en un an et demi, et une multitude de buts dans une équipe en crise et qui ne se remettra pas du départ de Pascal Olmeta, portier aussi efficace sur la ligne que leader d'équipe. Plus qu'en sept ans passés à Lodz. Pourtant, selon lui : « Bastia, c'était quand même bien ». Tout au moins au début, avec la pêche qu'il adore, avec le président Vendasi, amoureux du football, avec les chèques qui tombaient régulièrement. Bastia c'était avant tout la.. porte ouverte sur l'étranger . Olmeta parti, les Corses cherchaient un gardien. Le choix s'est porté sur lui. Le prix du transfert ? 50000 dollars pour la Fédération polonaise, c'est peu pour un joueur de champ, mais c'est beaucoup pour un gardien. C'était pourtant six fois moins que ce que la fédération avait demandé juste après le Mundial espagnol, lorsque Mlynarczyk avait reçu des propositions d'Angleterre et d'Autriche (Notts County et Rapid Vienne). 

Dans son cas, c'est exceptionnel car un gardien étranger « mange» une place (avant la loi Bosman seulement deux étrangers par équipe alignés sur la feuille de match). Peu demandés, rien d'étonnant, donc, qu'ils soient si peu à s'expatrier. Sauf cas de force majeure. Le départ d'Olmeta par exemple ou encore, comme ce fut le cas à Porto, la blessure de Zebeto. De son séjour à Bastia, Jozef gardera des amis et le goût du soleil, là c'est sûr que la Corse ça doit le changer de sa Pologne natale. Il oubliera les zones d'ombre : trois mois de salaire jamais reçus, et quelques milliers de francs que le club corse doit toujours à la Fédération polonaise. Celle-ci, d'ailleurs, favorisa son départ à Porto. On comprend pourquoi. Clin d’œil du hasard: c'est au moment où il signe son contrat (qui court jusqu'en 1988 avec la possibilité d'une prolongation d'an an), qu'on procède à Mexico au tirage au sort du Mundial. Le Portugal et la Pologne se retrouvent dans le même groupe. Comment Jozef réagit-il à cette situation ? On le voyait déjà dans le rôle de l'espion de Piechniczek, vieux relan de guerre froide et d'espions du KGB toujours présent à l'époque de l'autre côté du rideau de fer. L'entraîneur polonais, celui qui ne peut s'imaginer l'équipe de Pologne sans Mlynarczyk tout naturellement lui demandera quelques informations sur ces coéquipiers et adversaires. Du coup Jozef se plie allègrement dans sa nouvelle tâche et remplit des dossiers personnels. « J'ai appris quelques trucs, par exemple, que Gomes joue moins bien qu'il y a deux ans, que Futre ne tire que du pied gauche, je connais aussi quels sont les principaux atouts d' André. » Il sait aussi que les autres ne sont pas dupes. Qu'ils l'observent et qu'ils finiront par bien le connaître, il sait aussi que l'équipe du Portugal jouait mal avant son arrivée en France pour le Championnat d'Europe et qu'elle y fut pourtant la grande révélation. 

En découvrant les structures du FC Porto, Mlynarczyk s'est forgé quelques certitudes : « Tout ce qu'on met à la disposition des joueurs, c'est le meilleur du genre. Je suis persuadé que l'équipe du Portugal, grâce à des clubs comme Porto et Benfica, sera prête au Mexique. Pour brouiller les cartes et le jeu de l'Angleterre comme de la Pologne. Je me méfie. » Pas de doute, Joseph est un pro. Du genre technicien supérieur. Il analyse toujours tous les buts encaissés et comprend mal ceux qui, une fois le match terminé, ne font pas de même. L'explication? « Je ne comprend pas pourquoi en Europe de l'Ouest, en France comme au Portugal ou ailleurs, on consacre si peu de temps à entraîner un gardien. C'est pourtant un homme-clé. A Widzew, ou en équipe nationale, il y a toujours un entraîneur qui s'occupe uniquement des gardiens. C'est une bonne chose. ». Visionnaire Mlynarczyk, car aujourd'hui en France il n'y a pas un seul club de ligue 1 sans son entraîneur des gardiens, chose qui n’existait pas de son temps il y a 25 ans ! Comme quoi le professionnalisme ne dépend pas des millions dépensés mais d'une attitude générale. Ainsi je reste persuadé qu'il y a 25 ans les joueurs d'Europe de l'Est, pourtant sous-payés par rapport au salaires occidentaux ou ceux d'aujourd'hui, étaient bien plus professionnels que bon nombre de joueurs de l'équipe de France actuels.

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