Mexico 86 : Italie - Bulgarie 1-1

Ah ! le beau match d'ouverture! Habitué depuis plus de vingt ans à des joutes inaugurales de Coupe du Monde plutôt mièvres et le plus souvent insipides, cet Italie-Bulgarie a rompu avec l'écrasante et pesante tradition du 0-0, Au-delà du score (1-1) qui ne reflète absolument pas la physionomie de ce premier match du Mundial 86 au Mexique, c'est surtout la qualité du jeu déployé par les Italiens qu'il faut retenir. De tous les champions sortants, c'est sans doute cette Italie, en ce 31 mai 1986, qui a le mieux négocié ce bal d'ouverture. Un bal de dupes, en vérité. Car, pour une fois qu'elle avait décidé d'ajouter du panache à son football, qu'elle contrôlait le match (but d'Altobelli, 43'), le ballon et l'adversaire bulgare, voilà qu'elle en oublie ses fondamentaux et se fait piéger - injustement - en fin de partie. A s'arracher les cheveux ! Où étaient passés ce jour-là les rois du réalisme? Ces Italiens, pourtant considérés comme des maîtres dans l'art d'exploiter la moindre faille dans les systèmes défensifs adverses, ont gâché au moins trois occasions que nous n'eussions même pas pardonné à nos joueurs français ! Pire, ils ont donc encaissé un but de Sirakov (85') sur lequel la défense parut étrangement absente et Galli le portier pas exempt de tout reproche. Le monde à l'envers! Et de quoi faire réfléchir Enzo Bearzot, le sélectionneur d'une Squadra Azzurra qui a tout de même confirmé ainsi qu'il faudrait encore compter avec elle lors de cette XIIIe Coupe du Monde. Même si ce yaourt bulgare lui restait en travers de la gorge ...

Analyse de la rencontre

L’événement du match on le doit à Alessandro Altobelli qui a réalisé un exploit jusqu'ici inégalé ! Il avait inscrit le dernier but de la coupe du monde 1982 en Espagne (Victoire 3-1 face à la RFA) et au cours de cette rencontre inaugurale, il vient de marquer le premier but du Mundial mexicain. Sur un coup franc à 43ème minute, l'avant centre de l'Inter de Milan plonge derrière la défense bulgare pour fusiller du plat du pied Mikhailov ! Et dire que l'avant-centre titulaire dans la tête de Bearzot au départ était le héros du Mundial 1982, Paolo ROSSI. Mais le ballon d'or 1982 est en cours de forme et c'est un Altobelli au sommet de son art qui va faire oublier l'enfant chéri des tifosis d'abord avec ce premier but



Des Azzuris Nouvelle Vague

On avait quitté il y a quatre ans une Squadra Azzura championne du monde et construite sur des piloris en béton. Elle était reine de la rigueur défensive et de l'opportunisme avec des gaillards comme Gentile, la sangsue qui passa le plus clair de son Mundial espagnol à coller à lap eau de ses rivaux les plus célèbres comme Zico ou Maradona et Paolo ROSSI, le braconnier qui devint roi des buteurs grâce à son flair et à son astuce plus que sur un jeu collectif construit. On a retrouvé à Mexico, le temps de ce match d'ouverture, une équipe italienne beaucoup plus libérée et entreprenante, une équipe presque offensive qui malgré son demi échec contre les bulgares, a laissé une bonne impression et montré de nouvelles possibilités, de nouvelles ambitions. Côté défense tout d'abord : la Squaddra Azzura 1986 évolue avec 3 défenseurs centraux et deux arrières latéraux beaucoup plus semblables à des joueurs du milieu qu'à des défenseurs : Scirea le libéro est donc escorté dans ses manœuvres par Vierchowod et par Bergomi, deux stoppeurs. Scirea a semble prendre beaucoup plus d’initiatives offensives qu'auparavant. Plus systématiquement, plus franchement aussi, puisqu'on le retrouva à la soixantième minute seul devant le gardien bulgare Mikhailov qui dut repousser en catastrophe le tir du capitaine italien. Une action qui est une merveille de remontée du terrain collective et à cent à l'heure, servi royalement par un Altobelli au sommet de son art. D'ailleurs le danger numéro 1 est venu des arrières transalpins plongeant au cœur de la défense bulgare et servi sur un plateau par un Altobelli plein de vista. Quand on voit ces deux actions on se demande encore comment les italiens n'ont pas réussi à doubler la mise :


En tout cas une équipe d’Italie au visage séduisant, avec des Vierchowood et Bergomi qui abandonnèrent le marquage à la culotte qui fit la gloire de Gentile et la légende du Catenaccio. Le milieu de terrain transalpin fût une merveille avec 4 hommes omniprésent et qui ont su occuper l'espace en un bloc compact, étouffant toutes les tentatives bulgares. A droite le nouveau joueur de Naples, De Napoli, véritable révélation de la rencontre. Omniprésent dans la récupération, il n'a pas hésité à monter aux avants poste et à prendre sa chance. Avec un peu plus de réussite il aurait pu être l'homme du match. Près de lui Di Gennaro travaille en finesse, en organisateur, en habile technicien du dribble et efficace sur coup de pied arrêté. Dans l'axe central, Bagni est surtout un ratisseur à la manière d'un Luis Fernandez. A gauche, c'est Cabrini qui profite de la liberté que lui accorde l'attaque adverse à deux éléments et penchant plus sur la gauche pour tenter de construire et de monter à l'assaut. En fait la seule déception a été l'ancien de 82, Bruno Conti, qui a paru sous la chaleur mexicaine paraître un ton en dessous de se camarades d'un point de vue physique et du volume de jeu. D'ailleurs le sélectionneur Bearzot le fera sortir dès le début de la seconde période au profit du jeune espoir italien Gianlucca Vialli. Et là c'est une équipe à trois attaquant qui va évoluer pendant plus d'une demi-heure, Vialli vent conclure un trident offensif très tranchant avec le remuant Galderisi et surtout le patron de l'attaque, Sandro Altobelli. La coupe du monde 86 vient de voir sa première vedette à l’œuvre. Outre son but, le premier de la compétition, Altobelli a brillé par sa clairvoyance, son élégance, son art de la remise et son jeu de tête, apporte des arguments supplémentaires au jeu des Azzurri « nouvelle vague ».

Le point du vue Bulgare

En conférence de presse, le sélectionneur bulgare, Ivan Voutsov, arrive devant les journalistes avec le sourire. Normal son équipe venait de prendre un point contre les champions du monde en titre après avoir longtemps cru qu'elle débuterait la compétition par une défaite « Ma formation a su répondre, déclara t'il d'entrée. Jouer contre le tenant du trophée en match d'ouverture, après 12 années d'absence en phase finale, c'est déjà une raison suffisante pour être satisfait de ce résultat. » Mais le technicien reprend sans se voiler la face sur les critiques dont fait l'objet son équipe et la pauvreté du jeu proposé pour ce 1er match. Car logiquement après les éliminatoires et avoir notamment fait plier la France, on pouvait espérer autre chose de la part de Dimitrov et ses camarades, Voutsov répond : « Si ce score constitue une bonne opération pour nous, le plus dur reste à venir. Bien entendu, nous gardons l'espoir de participer, mais je pense qu'il faudra mieux jouer ». Bien sûr en bon membre de l'administration communiste, le sélectionneur bulgare refuse de donner son opinion sur ses individualités et c'était évidemment le groupe qu'il convenait de féliciter. Enfin la conférence de presse fût curieuse car le sélectionneur bulgare se mit à remercier le public. Pourquoi ? Parce que tout simplement les 100 000 spectateurs su Stade Aztèque on fait des bulgares leurs chouchous et adressés aux italiens, de la 1ère à la dernière minute des sifflets et quolibets. La raison m'est inconnue mais c'est flagrant sur l'égalisation bulgare à quelques minutes de la fin. Écoutez l'acclamation du public sur le coup de tête de Sirakov, on croirait que le match se passe à Sofia.


Maradona spectateur

Diego Maradona s'est montré impressionné par l'Italie lors de ce match d'ouverture lui qui était venu en spectateur attentif. Cette Squadra Azzura l'a séduit, même si elle ne s'est pas finalement imposée après l'égalisation des bulgares : « Je pense que les italiens ont été pris à leur propre piège. Après avoir ouvert le score, puis gâché des occasions très nettes de buts, ils ont voulu préserver le résultat, comme d'habitude. Le manque de fraîcheur physique de Conti et Cabrini notamment a été fatal ». Tout en soulignant qu'Enzo Bearzot avait eu raison de donner une note de jeunesse à son équipe, Maradona a beaucoup apprécié un joueur qui sera son aprtneaire la saison suivante à Naples, le jeune De Napoli « Pour son premier match à haut niveau, il a montré qu'il savait tout faire. Je le crois à l’orée d'une grande carrière ».

Le mot de la fin

Juste derrière une agréable cérémonie inaugurale, cet Italie-Bulgarie, nous a réconciliés avec les matches d'ouverture. Et ce premier score nul, plutôt flatteur pour les Bulgares, laisse présager un Mundial surprenant et spectaculaire. Il ressort néanmoins que le champion du monde sortant, que l'on désespérait de voir attrayant et efficace depuis son exploit espagnol, doit être pris au sérieux. Les italiens, en mutation vers un Jeu plus libéré et surtout plus offensif, devront confirmer cette bonne impression d'ensemble lors du prochain face à l'Argentine. Ce choc entre les deux derniers vainqueurs de la Coupe du monde s'annonce comme le choc au sommet du groupe et l'une des parties les plus serrées de la compétition. Ce même jour, la Bulgarie se mesurera aux Coréens du Sud avec pour principal objectif de faire fructifier ses chances de qualification élaborée d'entrée par le point arraché aux italiens.

Addendum : L'analyse du match par Jean-Michel LARQUE, les notes et les buts en bande dessinées de France Football ainsi qu'un très large Diaporama de la rencontre sont en supplément dans l'analyse de la rencontre sur Mexico 86 : Italie vs Bulgarie : 1-1

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