Mexico 86 : Brésil - Espagne : 1-0

Vainqueurs de l'Espagne avec un minimum de talent et un maximum de réussite, les Brésiliens vont sans doute trouver dans cette courte victoire les ferments d'une union sacrée qui leur faisait défaut jusqu'alors. Dégagés des obligations d'un match piège, ils se posent en favoris du groupe. Malgré l'injustice d'un but refusé mais parfaitement valable, l'Espagne se retrouve dans une position qu'elle avait sans doute envisagée et qui n'est pas celle d'un condamné. Telle est la situation du groupe D à l'issue de cette première rencontre marquée pas de lourdes fautes d'arbitrages, pas les dernières.... 

C'était il y a seize ans sur la même pelouse du stade Jalisco de Guadalaraja. L'Angleterre d'un côté, le Brésil de l'autre : Banks dans les buts anglais et puis Pelé en face. Pour un coup de tête magistral du roi. Entré dans la légende. Sur ce coup-là, il y a seize années. Banks était parti du bon côté. Et le bon Gordon de Stoke City avait lancé dans l'air une phrase devenue référence. Anodine apparemment, mais juste et intelligente. « Pelé a marqué, dit l'Anglais ce jour là, mais moi j'ai effacé ce but. » (voir le sujet sur Gordon BANKS, l'arrêt du siècle). C'était seize ans. Au même endroit. .. Ce dimanche 1er juin à 13 h 00, heure locale (ah les impératifs des télévisions européennes), au stade de Jalisco, l'histoire a eu le hoquet. Un sale renvoi plutôt. Le ballon est au point de corner. Espagnol. Il s'envole, est renvoyé en catastrophe dans les pieds de Michel. Un astucieux contrôle permet au milieu de terrain madrilène de se placer en position de tir. Légèrement désaxé. Le ballon fuse de son pied droit comme il avait fusé du crâne de Pelé il y a une éternité et s'en va heurter le dessous de la barre transversale avant de rebondir une trentaine de centimètres derrière la ligne de but brésilienne. 20 cm selon la TV brésilienne à la pointe du modernisme à l'époque avec son analyse informatique en 3D ? (je sais pas si on peut appeler ça de la 3D) Il n'y a plus de Banks pour effacer l'inévitable. Seulement Carlos, un gardien d'un autre trempe que le légendaire portier anglais. Non il n'y a pas de Banks, mais, cette fois, il y a une paire d'arbitres pour faire le travail. C'est moins glorieux, ça n'a plus rien à voir avec le mérite sportif. Mais le résultat est le même. Il n'y aura pas de but accordé à l'Espagne ainsi qu'en ont décidé MM. Barnbridge, Australien, et Socha, Américain et juge de touche.


Bon si vous n'avez pas trop confiance dans les images numériques de la TV Brésilienne, voici un cliché, à l'ancienne, pour vous faire une idée :

Première injustice d'un Mundial qui en verra d'autres rassures-vous et des plus énormes. Une injustice, ça ne se répare pas. Ça se subit. Les malheureux espagnols ce jour-là vont pourtant payer double note. Après qu'Edinho se soit vu justement refuser un but inscrit avec le poing - tout n'est quand même pas lamentable au royaume des arbitres - c'est le Brésil qui allait leur passer devant le nez. A noter qu'à ce moment du match les débats étaient plus que houleux, Michel et Edinho sur le corner ont failli en venir au main après que le meneur madrilène est taclé le capitaine brésilien dans la surface et que celui réclamait le penalty. Premier incident chaud entre les deux joueurs puis sur le corner Edinho marque du poing et s'en tire sans carton jaune, s'en est trop pour les espagnols qui sentent bien que le match va leur échapper indépendamment de leurs meilleures volontés eux qui dominent pourtant les brésiliens dans le jeu. Voici la série d'incidents en vidéo et à la fin Edinho s'en sort sans avertissements, je crois que ça reste le plus incroyable :


Et comme si c'était écrit d'avance leurs pires craintes vont se réaliser avec un pied de nez, au passage. C'était Careca (le meilleur brésilien assurément), cette fois qui expédiait la balle sous la barre de Zubizarreta. Mais là où les Espagnols avaient été volés, les Brésiliens trouvèrent le moyen de se sauver grâce au crâne de Socrates qu'on disait pourtant rongé par la cigarette et les spaghetti. Mais là où est le comble c'est que Socrates sera bel et bien hors jeu sur ce but, en effet au moment de la frappe, il est sur la même ligne que les défenseurs espagnols hors à l'époque pour ne pas être hors-jeu il fallait se trouver derrière le dernier défenseur. La délégation et la presse espagnole n'en demande pas tant pour s'en donner à cœur joie dès la rencontre terminée sur ce score de 1-0 peu flatteur pur les brésiliens et si injuste pour les espagnols. Voici le but de Socrates et encore cette magnifique palette 3D de la TV brésilienne :

Par la petite porte entrouverte par un directeur de jeu australien qui, on va dire, supportait mal les 1 567 mètres de Guadalaraja, les Brésiliens sont entrés dans le Mundial. Et on les voit mal désormais laisser échapper la qualification pour les huitièmes de finale. Mieux, ils ont désormais tous les atouts dans leurs pieds pour terminer à la première place du groupe D et poursuivre leur chemin à Guadalaraja, ainsi que le souhaite ardemment Tele Santana. Mais au-delà d'un incident de jeu qui fera beaucoup parler à la télévision mexicaine où le ralenti n'est pas une denrée rare on n'en sait pas beaucoup plus sur le vrai potentiel d'une formation aussi bancale dans ses jambes. A Jalisco, les Brésiliens ont fait un peu mieux que ce qu'on attendait vu leurs dernière tournée européenne (voir le sujet Mexico 86 : Présentation du Brésil). Mais ils sont encore tout de même à cent mille lieues de la formation de 1982. Après ce match dans les journaux nombreux étaient ceux qui s’interrogeaient sur ce Brésil sans saveur, sans Zico qui rentrera peut-être au prochain match contre l'Algérie et qui seul dans le groupe possède le pouvoir d'accélération si redoutable au Mexique, sans Falcao seulement entré en fin de rencontre, sans Dirceu, Leandro, Cerézo, Oscar, absents ou malades, sans Eder et sans ailiers un peu fous mais un peu géniaux aussi, le Brésil 1986 n'a que le climat et son expérience pour se sortir d'affaire.

Ce brésil manque cruellement aujourd'hui d'imagination autour de Casagrande qui a traîné sa peine dimanche. « Le Mundial sera peut-être ce que le Brésil veut en faire », disait un journaliste mexicain avant le début de la rencontre. Tandis que le soleil tapait dur sur Jalisco, longtemps après le but de Socrates, cette face cachée de la compétition est restée en suspension. Comme l'hymne brésilien bizarrement disparu lors de la présentation des équipes, comme les trois ou quatre actions menées par Careca et Muller. Inachevée. Et les Espagnols, les grands perdants de la journée ? Ils ont été battus par une décision de non sens. Ils se sont un peu battus eux-mêmes aussi. Il fallait voir tout au long d'une première mi-temps soporifique, Miguel Munoz bondir de son banc de touche dans l'espoir de pousser ses joueurs vers le but brésilien. Geste désespéré. Parce que les Espagnols craignaient visiblement leurs adversaires. Et ils avaient sûrement tort. Parce qu'ils furent les premiers dans la compétition à souffrir de la chaleur et de l'altitude réunies. On a vu cependant là que sans la pression qui était sur leurs épaules, il y a quatre ans, ils ont les moyens de bien se comporter. A condition de se libérer et de jouer sur des atouts offensifs qui ne sont pas négligeables, avec Butragueno en tête de liste, l'attaquant qu'il faudra suivre de près dans le groupe D et après... Mais est-ce que le résultat de Jalisco bouleverse fondamentalement les données du groupe D ? 

Quel visage pour ce 2ème Brésil version Télé Santana ?

Si l'on osait on pourrait presque dire que, tout en conservant le schéma tactique et le style qui firent sa force en Espagne, il y a 4 ans, le Brésil de ce Mundial mexicain ne ressemble plus tout à fait à son prédécesseur. Schéma tactique d'abord : toujours dessiné en 4-4-2 avec deux arrières centraux (Edinho et Julio César) grands, solides et bons de la tête, et deux défenseurs latéraux : Edson et Branco volontiers transformés en attaquants de débordement, surtout le second. Un milieu à quatre joueurs qui se répartissent les tâches de façon équilibrée, deux défensifs (Elzo et Alémao), deux offensifs (Junior et Socrates) et enfin une attaque formée à deux pointes avec Careca et Casagrande qui sont eux aussi complémentaires, le second ayant toute fois manqué son entrée, lourd et brouillon il a souffert de la comparaison de son alter-égo en attaque. Antonio Careca, malheureux et malchanceux 4 ans auparavant et qui a failli manqué une fois de plus la coupe du monde (voir le sujet Careca et la vieille sorcière) a été et de loin le meilleur brésilien sur la pelouse. Vif, rapide, explosif, imprévisible il a été un poison pour la défense espagnole qui n'a pas hésité à sortir la boite à tacles sauvages pour l'arrêter. Comme sur cette action de la première mi-temps où on peut voir toute la puissance de Careca dans ses accélérations. 

Dans le jeu ensuite : toujours basé sur le travail de la cheville qui permet à Junior des dribbles pivotants extérieurs ou, chez Socrates, des passes longues brossées, toujours riche, surtout en tentatives constantes de une-deux, spécialité dans laquelle les brésiliens restent les maîtres incontestées. Car même brouillons, ces joueurs ont un touchés de balle, une relation avec le cuir qui est une marque de fabrique. L'importance de la souplesse de la cheville pour toujours donner de l'effet au ballon, surtout quand le jeu s'accélère et que ça joue à une touche de balle.

Le problème c'est que contre l'Espagne, la Séléçao n'a pas paru être en mesure de multiplier ses phases. Du coup on a assisté pendant 90 minutes à un jeu somnolent où le travail sur place et les échanges apparemment inutiles pour endormir l'adversaire (mais aussi le spectateur) avait pour seule issue un réveil brutal que seul un dribble, un seul démarrage, un seul une-deux pouvait faire sonner brutalement. Mais ce vrai visage brésilien on l'a vu qu'en fin de rencontre surtout quand les espagnols ont baissé les bras alors que successivement ont leur ait refusé un but valable et qu'ils en ait encaissé un hors-jeu. En somme, le Brésil de 1986, n'a plus ce qu'avait le Brésil de 1982, mais il a ce que n'avait peut-être pas celui du mondial espagnol à contrario pour aller chercher la victoire finale. Et puis surtout la grande différence entre ces deux Brésil se nomme : ZICO. Attendons de voir cette équipe avec son maître à jouer pour voir si le plan de Télé Santana réussira avec ce durcissement défensif et ce réalisme qui a tant manqué en terre espagnole.

P.S : Pour voir les notes France Football, l'analyse de la rencontre par Jean-Michel LARQUE et el diaporama HD de la rencontre, cliquer sur ce lien :  Mexico 86 : Brésil - Espagne : 1-0

1 commentaire:

  1. Un grand merci pour ce site génial que je consulte depuis quelque temps, et pour le non moins excellent site sur Mexico 86. Superbe travail, merci pour ce partage, je découvre et redécouvre plein de choses de cet âge d'or merveilleux du football.

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