Alesandro ALTOBELLI, fuoriclasse sur le tard

Voilà des années qu’on considérait Sandro Altobelli comme l'un des attaquants  les plus complets de son  temps. Jean-Louis Campora ne dira pas le contraire lui qui pourrait témoigner de l'insistance avec laquelle, depuis trois ans,  Jean PETIT son directeur sportif à l’AS Monaco essaye  de lui faire partager ce point de vue : « Altobelli à Monaco, ce serait sûrement la meilleure opération que tu aies jamais réalisée ». Peine perdue. Altobelli, qui aurait certainement fait un tabac au pied du rocher - perspective qui n'était d'ailleurs pas pour lui déplaire selon certaines de ses confessions, ne viendra jamais en France et ça nous ne le regretterons jamais assez. Les choses étant ce qu'elles sont, Sandro ne pouvait d'ailleurs que gagner à poursuivre sa carrière sous le maillot nerazzurro et il est, du reste, le premier' s'en féliciter, lui qui est désormais une légende dans l’histoire riche de l’Inter de Milan. Un moment, rappelle-t-il, j'ai eu envie de changer d'air. « L'atmosphère de San Siro devenait proprement irrespirable pour moi. Les tifosi, qui payent leur place et qui ont bien le droit d'exprimer leur point de vue, ne me pardonnaient plus la moindre faute. Toutes nos erreurs offensives me retombaient sur la tête. Alors oui, c'est vrai, je serais parti n'importe où ». Mais à l’aube ce cette coupe du monde 86 c’est une ère nouvelle commence à l’Inter, avec Trapanoni pour guide, Altobelli se sent revivre. « Le moment me semble venu pour l'Inter de tirer enfin tout le parti souhaitable des investissements opérés depuis deux ans par le président Pellegrini. Avec Passarella et Manteolli en plus, vous verrez que nous ne resterons plus. la remorque comme cela a encore été le cas cette saison. En ce qui me concerne, j'ai l'impression d'avoir d'un seul coup rajeuni de dix ans. Tout ça parce que j'ai trouvé en la personne d'Enzo Bearzot le conseiller, le confident et le psychologue qui m'a davantage compris et encouragé que tous les autres réunis. Je ne connais pas un homme au monde qui sache autant que notre "commissaire"technique, prêcher la solidarité, la confiance, l'esprit de groupe, l'union sacrée. La presse et l'opinion publique ont beau passer leur temps à contester ses choix ou sa compétence, nous savons parfaitement, nous autres joueurs, que Bearzot est, depuis de nombreuses années, l'homme de la situation, le seul qui puisse tirer le maximum - et il l’a prouvé – de notre Squadra toujours controversée ».

Vous pouvez en parler avec n'importe quel sélectionné azzurro : tous, sans exception, vous tiendront le même genre de propos à l'endroit du sélectionneur. Et il est vrai, pour ce qui concerne Altobelli, que sa carrière n'aurait pas été ce qu'elle est s'il n'avait trouvé auprès de Bearzot toute la compréhension, toute la patience, toute la persuasion dont il avait besoin pour s'exprimer, pour donner au fil des saisons la pleine mesure de son talent. « Sans doute me manquait-il, au départ, le culot ou le caractère qui font tomber toutes les barrières devant vous. J'étais plutôt du genre discret et j'avais un peu trop tendance à me renfermer sur moi-même quand quelque chose allait de travers. C'est sans doute ce qui a retardé mon évolution et je suis grandement redevable à Bearzot d'avoir fini par me libérer de ces complexes. Mais, dans un autre ordre d'idées, je ne regrette rien, car cette façon de grandir tout seul m'a appris beaucoup de choses. Entre autres que, dans la vie, il faut d'abord compter sur soi-même, qu'on ne devient véritablement un homme accompli qu'au prix de certaines souffrances, de quelques sacrifices. Et puis, quoi de meilleur pour la progression d'un sportif de haut niveau que de s'être fait tout seul, sans brûler les étapes, au besoin en se remettant complètement en question? ... » Considéré sous cet angle, le cas Altobelli, qui n'a jamais trop passionné les Italiens, et pour cause, prête effectivement à méditation. Ainsi peut-on dire par exemple qu'il y avait un monde entre l'Altobelli qui élimina Nantes de la Coupe des champions en 1981 et celui qui remit ça, cinq ans plus tard, en mars dernier (A ce titre voir les deux sujets : Nantes-Inter de Milan 1981 et Nantes-Inter de Milan 1986). Et pourtant, le style ondulant, la force de frappe et de pénétration, la vivacité d'anguille, l'élégance dans le jeu n'avaient pas varié d'une once. Simplement, « Spillo » (son surnom en Italie qui veut dire le clou) était un autre homme, voilà tout. Un homme davantage conscient de sa valeur et de son pouvoir. Un joueur davantage conscient de ses responsabilités, en un mot le « Monsieur Plus » qu'il n'était pas toujours à l’âge de vingt-cinq ou vingt-sept ans. Quand même, Altobelli n'a pas eu jusqu’à présent la notoriété de certains autres attaquants italiens qui ne lui arrivaient pas à la cheville et la revanche qu'il est en train de prendre depuis quelques mois prend en l'occurrence la forme d'une justice du ciel. Enfin! L'avant-centre de l'Inter est apprécié à sa juste valeur par les journalistes. Enfin! On admet qu'au contraire de Rossi, de Serena, de Graziani et de tant d'autres, qu’il est capable de tout faire sur un terrain: aussi bien créer, improviser, orienter la manœuvre, porter ou garder la balle selon les cas et, a fortiori, conclure. Sous n'importe quel angle, quelle que soit sa position, à droite, à gauche, au centre, en l'air, des deux pieds, de la tête, en mouvement ou en pleine course, témoin son but spectaculaire contre la Bulgarie, sur changement d'aile de son compère Di Gennaro.

Tout à la fois premier buteur et première attraction de ce Mundial qui commence, Sandro porte maintenant à penser qu'il sera bien l'une des individualités marquantes de la campagne mexicaine. A 30 ans bien sonnés (il les a fêtés en novembre 85). Notez bien que dans la vie de tous les jours, « Spillo » a su mener adroitement sa barque. Il n'a jamais voulu déroger par exemple â ses habitudes de Brescian tranquille, refusant péremptoirement de vivre quotidiennement l'existence stressante des Milanais et préférant accomplir chaque matin 200 km d'autoroute pour rallier le camp d'entraînement de la Pinetina, à Appiano Gentile et ce pendant 11 saisons !

Il avait découvert Brescia, la souriante cité lombarde où il habite une belle villa avec sa petite famille, quand il fut engagé en 1974 par le club local de série B. Et, depuis, il n'a plus voulu partir. Il y a d'ailleurs pignon sur rue - une petite entreprise dont s'occupe son beau-frère - et il n'y compte que des amis. Il fait constamment la navette entre Brescia, Milan et Appiano Gentile depuis presque 10 ans. Et dire que la carrière de ce grand méconnu qui fait aujourd'hui la une des journaux du monde entier, aurait tout aussi bien pu s'arrêter à  Sonnino, petite bourgade de la région romaine où il est né. Sans le boucher de la famille qui le recommanda' un ami dirigeant de la Latina, club de série C de la province du Latium, il ne serait sans doute jamais sorti de son trou. Il était alors, comme il dit, si timide et si peu ambitieux et pourtant, à entendre ceux qui l'ont approché quand il était cadet à Sonnino, il avait déjà le football et les buts dans le sang. Et si au Mexique la Squadra, trouve sous l'impulsion de « Spillo » la réussite offensive qui lui a tant fait défaut ces dernières années, elle pourrait retrouver le chemin de la finale. Altobelli qui en 1982 n'était pas alors un titulaire à part entière, ne serait pas contre après avait porté le coup de grâce à l'Allemagne effondrée, en réussissant un fort joli troisième but, il se verrait bien à nouveau marquer dans une finale de coupe du monde.

Et en cadeau, la planche avec toutes les vignettes Panini de la carrière de Sandro Altobelli :

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