Les missiles du regretté Ludo COECK


Le 9 octobre 1985, la Belgique et le monde du football sont en état de choc. Le destin apparait toujours cruel quand il fauche un jeune homme sur lequel le coquin de sort s’acharne obstinément. Car si Ludo COECK fût béni à la naissance par les dieux du football il faut croire que ce don fût un fardeau trop lourd pour l’un des plus brillants artistes du ballon rond. A 30 ans, en dépit des multiples blessures qui avaient trop fréquemment haché sa carrière, Ludo COECK ne pouvait se résigner à abandonner le football et alors qu’il revenait d’une séance de rééducation à Louvain pour retrouver l’usage d’une jambe trop souvent meurtrie, sa BMW fait une embardée sur l’autoroute Bruxelles-Anvers. L’accident est fatal pour Coeck et tout le pays pleure l’enfant maudit du football belge. Car au plat pays et encore plus du côté du Parc Astrid, Ludo COECK était une légende. Pendant onze années, il avait servi avec talent la cause des mauves du RSC Anderlecht auquel il s’était lié dès l’âge de seize ans en provenance de Bercheem. La bonne fée du football l’avait comblé de multiples dons : footballeur racé, intelligent et altruiste, Coeck était un styliste dans la plus noble acceptation du terme. Milieu offensif par tempérament, il révéla très vite la finesse de son dribble, l’élégance de sa course et sa surprenante puissance d’un pied gauche qui pouvait indifféremment fusiller les gardiens de buts adverses par des envois de longues distances ou renverser le jeu avec une précision diabolique.
Mais personnellement je crois que c’est cette frappe du gauche qui me fait dire que Ludo Coeck est le joueur dont je prends le plus de plaisir à revoir les anciennes vidéos. Les diables rouges ont fourni durant les années 70 et 80 une multitude de grands techniciens (Vercauteren, Scifo, Lozano enfin presque diable rouge lui…) mais de tous ces artistes Coeck est à part, élégant sur le terrain il se distinguait de ses autres camarades par sa frappe de balle incroyable ! Tout le monde se souvient de ce but en coupe du monde face au Salvador ? Vous savez le Salvador avec son incroyable « Magico » Gonzalez qui était incapable de défendre pendant ce mondial (voir le sujet : Salvador – Hongrie,Autopsie de la plus grande branlée de l’histoire de la coupe du monde) et bien les salvadoriens ne retiennent pas la leçon, car tout de même la frappe de Coeck ça fait un moment qu’elle sème la terreur dans les différentes coupes d’Europe et bien pourtant l’équipe d’Amérique Latine ne juge pas bon de mettre un mur quand les diables rouges ont un coup franc plein axe. Bon c’est vrai que le coup franc est à 40 mètres, mais ça n’arrête pas Ludo, la preuve :


Mais ce but n’est pas mon préféré, non celui que je préfère et de loin (je pense que le jour où je fais le Top Ten de mes buts préférés celui-ci il sera sans l’ombre d’un doute) c’est celui contre la RDA, un an après le mondial espagnol. Toujours avec les diables rouges, qui accueillent la RDA pour un match décisif lors des éliminatoires de l’Euro 84. Joachim Srteicht à ouvert la marque dès la 9ème minute pour les allemands de l’Est mais côté belge, c’est Jan Ceulemans qui s’est chargé de remettre les deux équipes à égalité 10 minutes après l’ouverture du score. On se dirige vers la mi-temps lorsque Ludo COECK va offrir la victoire (si importante) aux belges. Une frappe des 30 mètres venu d’un autre temps. Bodo Rudwaleit, le portier est-allemand en reste pantois, il n’esquisse pas le moindre geste alors que Coeck était à plus de 30 mètres !! Mais cela ne s’arrête pas là, car ce but est une double explosion ! IL y a le coup de canon, le missile que Coeck envoie avec une première détonation et la seconde explosion c’est sa joie !! Magnifique, tout sort d’un coup, j’adore. Pour moi Coeck en hurlant sa joie de la sorte arrive à nous faire partager son explosion, peu de sport offre cette même émotion de tout lâcher quand tu frappe le ballon de toutes tes forces et quelle joie quand tu marques, tu perds tout contrôle, tu te mets à faire n’importe quoi et non lui Ludo il exprime sa joie comme il a marqué son but toute en puissance mais plein de maitrise. Allez, j’arrête d’en parler je vous laisse admirer :


Mais bon Ludo COECK ce n’était pas qu’un puncher, au contraire, sa vision incroyable du jeu était l’une de ses autres principales qualités. Si bien que s’il a souvent accepté de reculer et de se plier aux consignes dictées par ses différents entraineurs, il refusa toujours de se muer en libéro, un poste auquel l’aurait volontiers destiné Guy Thys.

Le sélectionneur des diables rouges le comparait volontiers à Franz Beckenbauer, excusez du peu mais Ludo COECK, rétorquera à cette éventualité pas un « Ce rôle est trop restrictif à mon avis. Je suis trop jeune pour l’assumer déjà. ». Mais sur sa polyvalence, j’aime bien cette coupure de presse qui relate la différente vision de ses entraineurs : « De plus, il pouvait évoluer à plusieurs places: un peu partout à Anderlecht lors de sa première saison, plutot en tant que numéro 10 avec l'équipe nationale. Goethals: "Ce n'était pas vraiment un numéro dix, car il ne jouait pas directement derrière les attaquants. C'était plus un numéro 6". Ivic l'alignait plutôt à un poste défensif, alors que Van Himst préférait lui attribuer une tâche plus offensive. Après le départ d'Ivic, Coeck fit la réflexion suivante: "Ivic m'a dit un jour: 'Ludo, quand tu joues derrière, on encaisse dix buts en moins par saison'. Van Himst disait: 'Avec toi dans l'entrejeu, on marque dix buts de plus par saison'. Et Goethals: 'Avec une telle aisance, un gars comme Coeck doit évoluer à 30, voire 40 mètres des buts, pas plus'"». A Anderlecht COECK collabora à toutes les conquêtes nationales et internationales du Sporting d’Anderlecht et se forgea un solide palmarès. Il remporta notamment, 3 coupes d’Europe. Les joutes internationales furent l’occasion pour Coeck d’enflammer le Parc Astrid dans les grandes soirées européennes qui ont fait l’histoire du club. Voici une petite compil de quelques un des ses plus beaux buts avec les mauves. Terrible :


Mais ce technicien racé et raffiné ne fut pas épargné par la fatalité. Son pied gauche magique était malheureusement articulé sur une cheville de verre. Coeck devin un client assidu des opérations et avait uen carte de fidélité dans tous les hôpitaux du royaume. Ce long chapelet d’infortunes n’avait pas brisé l’homme et si il était une vedette confirmée, l’un des tous meilleurs joueurs d’Europe il n’avait jamais adopté un comportement de star inaccessible. Parfois timide, jamais égoïste, il était ouvert, disponible, serviable et d’humeur égale. Adulé pour ses dons de footballeurs, il était aussi apprécié pour ses qualités humaines. Il dégustait la vie avec une saine insouciance et riait aux éclats à tout propos. Bout en train de l‘équipe, il n’hésitait pas à laisser les caméras le suivre dans sa vie quotidienne. Sur le net vous trouverez quelques vidéos de reportages fait sur son train de vie mais moi j’ai pas résisté à vous mettre ce clip fantastique, ça se passe de commentaire et ça s’écoute le son à fond pour replonger directement en 1982 :


En juin 1983, il cède aux sirènes du Calcio et répond aux sollicitions de longue date de l’Inter de Milan. Un des plus grands joueurs d’Europe dans une des plus grandes maisons d’Europe c’est logique malheureusement il ne put pratiquement jamais exprimer son talent. Deux mois après l’ouverture du championnat, il se déchire les ligaments du péroné dans un match sans importance avec la sélection. Il n’allait plus jamais recouvrer une élasticité musculaire suffisante pour rejouer au football au plus haut niveau, même si pour braver le sort, Guy Thys l’inclut dans son groupe pour l’Euro 84. Ludo était l’ami de tous, l’élégance même sur le terrain et une force de frappe rarement égalé. Aucune note discordante n’a terni sa mémoire. Il nous a quittés à 30 ans sans avoir pu tirer sa révérence. Il nous a laissés sans prévenir alors qu’un espoir, utopique peut être, ait toujours été présent dans sa tête : celui de rejouer un jour au plus haut niveau. La Belgique était triste en ce 9 octobre 1985 :
Pour finir et rendre un dernier hommage, voici comment Raymond GOETHALS voyait Ludo « Boum » COECK. Goethals a découvert COECK à 15 ans en l’appelant en sélection de jeunes alors qu’il était à la tête de la sélection belge et qui s’occupait de toutes les sélections et il a ensuite entrainé à Anderlecht pendant les années glorieuses : « Ce joueur avait tout: une fantastique technique balle au pied, un jeu de passe extraordinaire, de la prestance, un bon jeu de tête, de l'intelligence. En bref, un talent était né. Il nous faisait déjà vivre des grands moments. Il pouvait distiller des passes de 30 ou 40 mètres avec une précision formidable. C'était aussi un gars agréable. Il s'amusait avec un rien. Et il adorait rire. Sans vouloir dire que c'était un bon vivant, je ne sais pas comment il était dans sa vie privée. J'étais à son mariage, mais il a divorcé ensuite, je pense. Je n'ai que de bons souvenirs de ce joueur. Nous avions un très bon contact. Mais c'était dur quand il n'était pas là ». Par la peine d’en rajouter et pour conclure ce sujet voici sa paninomrophologie, là aussi on voit qu’il aimait bien les changement d’ailes si on compare la première et la dernière vignette.

8 commentaires:

  1. Ce n'est vraiment pas la peine de me remercier, cela me fait autant plaisir de partager des scans :)
    Puis tu les utilises a bon escient.. pour un lyonnais :D

    Amitiés

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  2. Superbe article qui honore Coeck et son auteur

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  3. Merci, mais c'est un poil trop élogieux, je serais timide ça me génerait ;-)

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  4. Magnifique,

    même chez nous en Belgique, peu de gens auraient écrit un aussi bel article Alex, ou encore quelqu'un aurait trouvé un moyen de lui reprocher ses blessures et p-ê établir un lien avec son style de vie festif. Pour moi il restera un joueur mythique dans le sens où j'entendais parler de ses exploits (genre "capable de marquer des buts des 40m") sans jamais le voir jouer.. grrrr!

    Et quand il est venu à l'Inter tout près de là où j'habitais, notre famille est revenue habiter en Belgique... dommage j'aurais bien été voir un derby Gerets-Coeck, bien qu'ils n'y ont pas bcp joué tous les deux:-(

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  5. Ludo tu nous manque destin tragique à 30 ans

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