Sima NIKOLIC, le transfert le plus rentable de l'histoire du championnat de France ?

Si l’OL est mal en point au début des années 80, le club va trouver une perle venue de nulle part, enfin si du fin fond du championnat yougoslave. L’histoire de son transfert est assez singulière car si le championnat français est habitué à voir des joueurs yougoslaves, il s’agit à chaque fois de joueur chevronnés. Susic, Surjak, Halilhodzic par exemple, arrivent en France avec un statut de vedettes internationales. Qui plus est et ce qui est plus surprenant, ils arrivent après leur 28ème anniversaire, une fois dégagé des obligations militaires or notre jeune Nikolic débarquera à Lyon avant d’avoir soufflé ses 26 bougies. Voici le récit de son incroyable parcours avant de débarquer à Lyon pour réaliser un premier exercice tout aussi incroyable. Une success story made in Balkans

Lors de cette année 1980-81, l'équipe lyonnaise a fait le choix de jouer pour son nouvel avant-centre, le jeune Sima Nikolic, celui-ci bénéficiant – heureux homme - des services du trio de milieu de terrain Chiesa-Moizan-Tigana dont on peut dire, sans risque de se tromper, qu'il est le plus technique de France. Cet O.L rééquilibré, soudain sûr de ses forces et de ses possibilités, engrange les points tel un affamé, ne concédant qu'une défaite en onze matches, à Nantes (1-2) et y perdant malheureusement pour plusieurs journées son Nikolic préféré. Celui-ci reviendra, rassurez-vous, et connaîtra un printemps fort joyeux avec trois triplés contre Sochaux (5-1), Nancy (4-2) et Angers (3-1). En tous cas, Lyon surprend tout le monde en s'installant dans le fauteuil de leader de la troisième à la neuvième journée et en totalisant, à l'issue de la quatorzième, trente buts (un de moins que Saint-Etienne). Les recettes s'en ressentent, évidemment: plus de 34 000 spectateurs pour ses deux premiers matches, 21000 contre Laval, 40 000 contre Saint-Etienne. Car, en plus, Lyon joue bien, sous la baguette d'un Chiesa éblouissant et d’un Nikolic impitoyable. Lyon est la surprise de cette saison d’autant que le club avait sauver sa peau la saison précédente qu’à la faveur d’un match aller des barrages bien maitrisé face à Avignon. Tel le Phénix l’OL renait de ses cendres sur le terrain alors qu’en coulisses le club est en danger. En effet la grande métropole lyonnaise traîne depuis des années un club gravement atteint: « Les finances, ont diagnostiqué les médecins. Il s'en va des finances.» Au 30 juin 1980, l'Olympique Lyonnais devait 7,2 millions de francs aux banques, lesquelles n'ont pas l'habitude (ni la vocation) de faire cadeau des agios. À dix-huit pour cent d'intérêt, c'est plus de 100 000 frs qui s'en vont chaque mois dans un gouffre sans fond, et sans que le capital dû soit remboursé. Aimé Jacquet, las de voir ses meilleurs joueurs transférés (Domenech, Jodar, Bernard Lacombe) a pris la tangente pour Bordeaux. C'est Jean-Pierre Destrumelle, dit« le curé» du temps qu'il était joueur, qui lui a succédé. Ses paroles sont l'évangile, sa messe est le football, sa carte de visite est Valenciennes dont il a fait, avant une saison passée à Bastia, un club surprenant d'efficacité.

Destrumelle a la chance d'arriver dans un Olympique Lyonnais qui a trouvé des sous. Contre l'opinion des élus socialistes, la municipalité a voté, en deux fois, une garantie de prêt de cinq cents millions pour amadouer les banques. Puis, consciente que cela ne résolvait rien au niveau de l'équipe, elle en a ajouté quatre cents autres, deux cent cinquante pour éponger une partie de la dette, et cent cinquante pour renforcer aussitôt l'effectif. Alors, est entré en action l'ex-petit prince de Gerland devenu directeur sportif: Fleury Di Nallo. Aussi roublard que balle au pied, ferrailleur en gros de son état, il a fabriqué une défense centrale Ferri (ex-Nice) - Furlan (exLaval), récupéré Moizan dont Monaco ne voulait plus (parce qu'il doublonnait avec Christophe) et déniché une perle rare en Yougoslavie pour une bouchée de pain: 320 000 francs (moins de 50 000 €) ce qui, au prix du but marqué, est donné.
L’histoire du transfert du dénommé Sima Nikolic est digne d’un bon feuilleton à l’eau de rose. Ex-doublure de Bjekovic au Partizan de Belgrade, las de s'asseoir sur le banc de touche, Nikolic avait demandé sa requalification comme amateur et s'en était allé jouer en deuxième division, à Galenika. Finalement une décision de passer amateur qui va payer ses fruits quelques années plus tard alors qu’à première vue c’était tout de même risqué. En division 2 il marquait beaucoup de buts (142 en quatre saisons) mais était victime d'un terrible accident de jeu, avec enfoncement de l'os frontal, fracture du nez et sérieuses séquelles : six mois d'arrêt. Cela donne quand même une idée de l’intensité physique du championnat de D2 yougoslave dans les seventies.


Une blessure si grave pose même la question sur son retour, mais Nikolic ne doute pas et puis il connait une résurrection totale avec de nouveaux buts. Kovacevic, l'ex-Nantais, puis Mihajlovic, l'ex-Lyonnais revenu à Villefranche, en avaient parlé à Di Nallo. Celui-ci s'é tait rendu en Yougoslavie, au mois d'avril 1980, pour nouer le premier contact. Puis il avait suivi l'opération jusqu'à son terme, efficacement soutenu par Mihajlovic. Il avait fallu sept heures de discussion avec Nikolic pour qu'il accepte un contrat de trois ans au lieu de deux, et une démarche délicate auprès de la Fédération yougoslave pour obtenir le visa de sortie de cet amateur pas comme les autres, échappant à la limite d'âge minimale (vingt-huit ans soit l’âge où à l’époque on était affranchi ses obligations militaires dan le pays du Pacte de Varsovie) fixée par le règlement. Mais le plus drôle n'était pas encore arrivé: dix minutes après l'obtention du sésame, débouchait dans les locaux de la Fédération, Dragan Dzajic en personne qui, en tant que directeur sportif de l'Étoile Rouge, venait négocier l'engagement de la perle rare en question, trop tard pour une fois Dzajic n’avait pas été assez rapide, Nikolic est déjà entre Rhône et Saône. Rapidement, l'Olympique Lyonnais se félicite de ses choix. Après quatre journées, il est en tête du championnat avec sept points, et Nikolic a marqué cinq buts, dont deux à Nîmes en dix minutes. Large d'épaules, bon de la tête, efficace des deux pieds, Nikolic possède un peu la morphologie de Gerd Muller, en plus grand (1,84 m), avec un torse long et des jambes relativement courtes. Il joue à la manière des avants-centres de la vieille époque, peu enclin à revenir user ses crampons derrière la ligne médiane: il occupe son axe central et chasse le but comme le canonnier qu'il est.


Au final Nikolic termine son premier exercice avec 21 buts à son compteur personnel, sur la 3ème marche du podium des goléadors soit 3 unités de moins que le meilleur canonnier de France, l’inévitable Délio ONNIS. Le tout en ayant un mois de compétition en suite à sa blessure à Nantes. Nikolic au total va inscrire 94 buts en 198 matchs officiels lors de ses 5 saisons du côté de Gerland. On peut vraiment regretter qu’il soit arrivé lors de la pire période de l’histoire de l’OL, lui qui quelque part aura été le transfert le plus rentable de l’histoire du club, voir du championnat de France.

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