Hugo « El Cholo » SOTIL

Donc je continue de balayer les joueurs qui vous ont posé des problèmes lors des différentes sessions du concours OSP-RFC. Toujours sur le FC Barcelone et après Zuviria, un autre sud-américain vous a posé pas mal de problèmes : Hugo « El Cholo » SOTIL. Cet été un journaliste de So Foot l’avait dérangé dans sa paisible retraite, au Pérou, pour qu’il revienne sur sa carrière, à travers des anecdotes d’anthologie, SOTIL s’était livré et au final ça donnait un super papier. Comme il est le mieux placé pour parler de sa carrière et de sa vision du football, je vais reprendre ses différentes citations, mais je tenais à citer ma source. Hugo SOTIL c’est un joueur qui fera partit de la grande équipe de Barcelone de Rinus MICHEL avec CRUYFF et qui va reconquérir la liga après 14 années de disette, une éternité en Catalogne. Sotil revient sur son transfert, son arrivée en Espagne et le titre de champion quelques mois plus tard. « C’était en 1973. J’étais tranquille chez moi quand on est venu me chercher. "Deux gringos t’attendent". Ils étaient trois. Rinus Michels et deux dirigeants du FC Barcelone. Michels parle en premier et me demande : "vous voulez venir en Espagne ?" Je réponds Oui et on me répond "Ok on vient vous chercher demain à 5 heures du matin pour signer les papiers". Le lendemain, je suis parti. Quand j’ai atterri à Barcelone, il y avait des tas de journalistes et de photographes. J’ai demandé pourquoi il y avait tout ce monde ? "Oye Cholo, ne sois pas con ils sont là pour toi". C’est à ce moment seulement que j’ai compris l’importance qu’avait ce club, Barcelone. Moi jusqu’ici, l’Espagne, j’en avais entendu parler pour les taureaux c’est tout. ».
J’adore ce genre de joueur un peu à la lune, qui ne conçoit le football que comme un jeu et qui n’ont aucune idée de l’impact de battre Barcelone ou le Réal Madrid. Il me fait penser à Jorge « El Magico » GONZALEZ pour ça. D’ailleurs la preuve qu’il n’a pas conscience de ce qu’il lui arrive, il raconte une anecdote en fin de championnat, quand Barcelone renverse le Réal pour être sacré champion. Le Barça est en train de mener 4-0 à Santiago Bernabeu et fait une démonstration lors de sa conquête face au tenant du titre quand Sotil inscrit le 5ème et dernier but de la rencontre sur un service de Cruyff. El Cholo raconte son but, enfin surtout sa célébration : « Là, je me suis mis à courir comme un fou vers la tribune. Puis je vous Cruyff qui vient me prendre par le cou. "Mais Cholo qu’est ce que tu fais’ – Je vais fêter mon but Johann – ‘Tu cours vers la tribune madrilène, couillon. Ils vont te tuer !" ».
Voici la vidéo de ce but, j’ai cherché mais je n’ai pas trouver les images où il court se faire lyncher :


Hugo SOTIL est un gars simple, tout jeune il fût un des nombreux paysans venus grossir les bidonvilles de Lima, la capitale péruvienne. Ces paysans on les appelait des « Cholos », une grossièreté qui voudrait dire « culs-terreux » chez nous et le sobriquet collera à la peau de Sotil toute sa carrière mais lui ne s’en offusquera pas, fier de ses racines, de son parcours « c’est vrai c’est plutôt péjoratif et grossier mais moi ça ne m’a jamais affecté, je suis un Cholo et je le revendique ».

En équipe de jeunes il brillera avec la future star du pays Teofilo Cubillas, qui témoigne de leur jeunesse passé ensemble, où ils raflaient tout : « Il était tellement habile balle au pied, qu’on a gagné le championnat à nous deux. Et puis soudain il a disparu ». Et oui surdoué du football à 13 ans, SOTIL disparait du jour au lendemain des tablettes de la fédération péruvienne. Où était-il ? Parti gagner sa croute, il raconte son labeur, du lundi au samedi il bossait à l’usine de café et le dimanche il partait monnayer ses services dans les tournois entre commerçants : « C’était facile. J’allais là-bas chaque dimanche. On me payait 10 soles par match, et je pouvais en enchainer 5 ou6 par jour. Avec 60 soles, j’avais assez d’argent pour la semaine. Et le soir j’allais vendre du pop-corn au ciné en face de chez moi. C’était ça mon enfance ». Un comte digne d’Oliver Twist à la sauce Inca et ça continue dans les anecdotes encore plus incroyables. Un des clubs professionnels de Lima descend en seconde division en 1968, le Deportivo Municipal, pour se relancer les dirigeants décident de faire une grande détection dans les quartiers populaires de la capitale. El Cholo a 19 ans et c’est un ami qui le pousse à tenter sa chance, SOTIL raconte ce jour qui va changer sa vie « Je me pointe au stade à 9 heures et j’y retrouve 500 aspirants comme moi qui rêve de gloire. J’avais rien à manger. Que dalle. Quand ils m’ont appelé à 17 heures je n’avais plus envie de jouer. Mon ami m’a quand même forcé à y aller, j’ai mis trois buts et je suis rentré chez moi. A 21 heures, les dirigeants me cherchaient dans tout le quartier. Ils sont arrivés chez moi et ont offert 20 000 soles pour le transfert et 5 000 soles par mois. Le lendemain, je jouais pour le deportivo municipal. Je n’avais jamais vu autant d’argent. Mais pour moi, une fois que je suis habitué à porter des crampons, c’était comme jouer dans le quartier ».

C’est sûr que 5 000 par mois ça lui fait bien plus que ses 300 qui récoltait au grand maximum lorsqu’il jouait les mercenaires dominical. Mais l’histoire des crampons c’est celle que je préfère !! Un joueur qui devient professionnel à 19 ans sans jamais avoir enfilé de crampons de sa vie. Je vous dis on est dans un comte footbalistique. Et ce n’est pas fini, la suite arrive désormais comme un enchainement logique. Deux ans plus tard il est sélectionné en équipe B du Pérou et joue face à la Bulgarie en amical. A la fin du match, direction la douche et là dans le vestiaire Didi le sélectionneur des A vient le chercher, encore une fois El Cholo raconte : « J’étais en slip et il m’a dit "Cholo pas de douche pour toi, tu es sur la feuille de match des A". Je me suis rhabillé et je me suis assis sur le banc. Quand je suis entré en seconde période, on perdait 1-0. J’ai marqué 3 buts, on l’a emporté 5-3 ». Voilà c’est aussi simple que ça son baptême du feu international. Le tout à quelques semaines de la coupe du monde au Mexique. Sotil y brillera de mille feux, le Pérou aussi et ne chutera qu’en ¼ de finale face au grand Brésil de Pelé, champion du monde par la suite. Voilà c’est pour ça que les dirigeants de Barcelone alors vont se fendre d’un voyage jusqu’à Lima pour recruter cette merveille.

La suite c’est une saison en fanfare à Barcelone avec un titre e champion glané haut la main. SOTIL positionné derrière Cruyff et Rexach s’est régalé à la baguette et s’est permis aussi d’inscrire 11 buts. Par contre la suite sera moins rose du côté de la Catalgone et Sotil sera victime de sa naïveté. L’influence hollandaise s’intensifie à Barcelone, Michels et Cruyff réussissant à convaincre Neeskens de signer au Barça. Vient alors le problème des joueurs non-espagnols et les dirigeants barcelonais font leur choix sur les hollandais pour les deux tickets et s’embarquent dans des démarches administratives pour donner à El Cholo la double nationalité. Les procédures s’enlisent et El Cholo ne joue plus. Une erreur selon lui « Une grave erreur à l’époque de l’équipe dirigeante, puisqu’on a tout perdu cette année-là. La magie avait quitté notre football ». Mais El Cholo n’est pas malheureux pour autant, il vit la grande vie à Barcelone et va noyer son salaire dans l’alcool et les soirées dissolues. Le joueur prend des kilos et joue de moins en moins mais garde en lui la magie. La preuve, la Copa America de 1975. Barcelone refuse alors de le libérer mais Sotil, qui ne joue plus avec les blaugranas, n’accepte pas qu’on le prive de jouer pour son pays, le magicien devient rebelle : « On disait que je n’étais plus péruvien, que le Cholo du peuple avait disparu. Même ma mère était énervé, elle croyait que je ne voulais plus jouer pour mon pays ».
Alors le 26 octobre 1975, deux jours avant la finale Pérou-Colombie, Hugo Sotil assume ses choix : « j’ai pris discrètement un vol de nuit pou Madrid puis pour Caracas. Quand je suis arrivé, l’entraîneur et mes coéquipiers n’en croyaient pas leurs yeux, j’étais en costume, avec la cravate ». « Le jour suivant, j’ai mis le but de la victoire, le seul de la rencontre et nous avons gagné la Copa. Je suis retourné discrètement en Espagne pour jouer le match contre Oviedo ». Mais l’hsitoire d’amour avec le Barça est définitivement cassée et ses frasques nocturnes agacent les dirigeants qui le laissent mourir à petit feu sur le banc de touche. SOTIL retourne en Amérique du Sud, Au Pérou, puis en Colombie, mais il fait passer le football après sa vie nocturne et n’arrive plus à enchainer les matchs. Finalement, il est revenu dans sa ville de Lima et profite de sa retraite pour regarder des matchs de foot et boire quelques bières. Sotil est redevenu un Cholo !

1 commentaire:

  1. Merci beaucoup pour les articles de ce genre , de l'effort et du temps déployé à la rédaction. C'est vraiment des anecdotes ou des joueurs que les générations 80 90 ne connaissent pas vraiment même si on est fanatique de foot ! Je savais pas qu'un péruvien avait joué au barca à l'époque ...

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