Jean RIGAL

Une figure de l’histoire du football français

Partie 1 : Le joueur

Jean RIGAL, est né le 12 décembre 1890 à Boulogne-Billancourt et il fût un brillant milieu de terrain. Côté club il n'a connu qu'une seule maison, l'AF Garenne-Colombes qui évoluait dans le Championnat de France de football FGSPF, il s'agit d'un championnat qui sera disputé chaque année entre 1904 et 1914, interrompu par la guerre. La compétition est organisée par la Fédération gymnastique et sportive des patronages de France (FGSPF). A noter que cette compétition est en concurrence directe avec l'autre championnat celui de l'UFSA. Deux fédérations de sports et deux politiques. La plus ancienne et la plus populaire est l'UFSA qui est une organisation cléricale, la FGSPF est créée en opposition et se veut résolument laïque. Donc les deux fédérations ont leur propre championnat de football mais en 1908 suite à un double évènement celui de la FGSPF va attirer les meilleurs joueurs du pays dont Jean RIGAL ainsi que tous les internationaux de l'époque. En réalité il ne s’agit que d’un seul évènement mais qui a deux conséquences et c’est la FIFA qui va faire pencher la balance. En 1908, l’UFSA quitte avec fracas la FIFA, qui va alors reconnaitre que seul le Comité français interfédéral (organe crée un an pus tôt au sein de la FGSPF) sera désormais le représentant de la France. En gros ça veut dire que c’est la FGSPF qui composera et dirigera l’équipe de France qui se rendra aux jeux olympiques et aux matchs internationaux. Cela suffit pour attirer dans son giron les meilleurs joueurs du pays. Ainsi Jean RIGAL après avoir débuté dans le championnat à 17 ans connaitra sa première sélection seulement deux saisons plus tard, à 18 ans et demi. Nous sommes le 08 mai 1909 et la France se rend en Belgique pour affronter les diables rouges. Les bleus s’inclinent 5 à 2 mais Jean Rigal inscrit le dernier but de la rencontre et rentre ainsi au panthéon des joueurs qui ont marqué pour leur première sélection. A ce sujet j’ai une anecdote amusante pour sa première sélection qu’il voulait à tout prix honorer, il faut croire. Bien entendu les joueurs n’étaient pas professionnels à cette époque et Jean RIGAL lui œuvrait dans une usine de textile. Le match ayant lieu le dimanche après-midi à Bruxelles, le départ eu lieu pour le groupe France le samedi matin depuis Paris. Seulement l’employeur de Jean RIGAL refusa de lui accorder sa journée et dût partir, seul, le samedi soir après sa journée de besogne effectuée. Il voyagea de nuit sur une banquette de bois pour arriver finalement au stade seulement une heure avant le coup d’envoi. Oui je sais c’est effarant de se dire qu’en 1909 il fallait une demi-journée pour rallier Paris à Bruxelles ! Fin de l’anecdote.
Rencontre entre la France et la Belgique en 1910 (nouvelle défaite 4-0) , Jean RIGAL est au deuxième rang, le premier sur la gauche.
De 1909 à 1912 Jean RIGAL sera de toutes les convocations, ne loupant qu’un seul match (un match face au Luxembourg la veille de noël). 4 saisons au complet chez les bleus mais au final seulement 11 sélections. Sûr qu’aujourd’hui il en compterait une quarantaine. Mais surtout lorsque Jean Rigal n’a encore que 23 ans, il va connaitre la grande guerre et là pour toutes les fédérations ce sera la même chose : plus de championnat pendant 4 ans. C’est l’effort national et tous les hommes valides partent au front. Jean RIGAL une fois l’armistice signée rechaussera les crampons mais arrêtera au bout d’une saison, il n’a pas encore soufflé ses 29 bougies. De toute façon une autre carrière l’attend.

Partie 2 : L’entraineur

C’est en 1919 aussi qu’est créee la FFF et 3 ans plus tard, alors qu’il n’a que 31 ans, Jean RIGAL intègre le comité de sélection. En effet à l’époque il n’y a pas un sélectionneur unique mais un collège de techniciens à la tête de l’équipe de France. Si Gaston BARREAU est le manager au cours des matchs, ce collège de techniciens comprend 6 hommes dont Jean RIGAL à partir de juillet 1922. Dans un premier temps, il est en charge essentiellement de la préparation physique des joueurs. Mais à partir de 1926 il devient l’adjoint de Gaston BARREAU. Jean RIGAL, en 1930, sera de l’expédition en paquebot pour l’Uruguay afin de disputer la première coupe du monde de l’histoire. A noter que Barreau lui sera coincé en France (il était également membre de l’académie de musique qui a refuser de le libérer si longtemps) et ne sera pas du voyage. Ainsi le comité de sélection ne sera composé que de trois membre pendent de mondial uruguayen : Raoul Caudron, Maurice Delanche et Jean Rigal. Voici une photo de l’équipe de France lors du périple maritime pour se rendre en Uruguay. Jean RIGAL est au dernier rang, c’est l’homme au costume gris.
Il m’amuse enfin de vous raconter le périple pour se rendre en Uruguay. Pour disputer la coupe du monde les français prennent le train Paris-Villefranche le vendredi 20 juin 1930 à 19h30. Le 21 juin 1930 à Villefranche-sur-Mer, l'équipe de France prend place à bord de la vedette Emile-Paris qui emmène les joueurs à bord du Conte Verde, bateau italien de la Blue Star Line. Le navire, long de 170 mètres et large de 22 mètres, est parti de Gênes avec l'équipe de Roumanie pour rallier la France. Il fait ensuite escale à Barcelone où l'équipe de Belgique monte à bord. Il rejoint ensuite Rio de Janeiro puis Santos pour embarquer l'équipe du Brésil et les journalistes brésiliens. Le Conte Verde arrive à Montevideo le 4 juillet après quatorze jours de traversée. Pendant la traversée, les joueurs effectuent des séances physiques et d'échauffements sur le navire afin de garder la forme. Jean RIGAL sera aussi de la coupe du monde 1934 mais cette fois plus proche de chez nous en Italie. En 1936, le comité de sélection disparait et laisse place au poste unique de sélectionneur que l’on connait toujours actuellement. Jean Rigal officie toujours au sein de la fédération mais la seconde guerre mondiale éclate et pendant 6 ans c’est la fin des rencontres internationales. On le retrouve en 1949, quand Gaston Barreau, toujours lui, le nomme entraîneur adjoint. Il sera alors entraîneur adjoint de l’équipe de France A jusqu’en 1956, année où il part à la retraite à l’âge de 66 ans. En tant que technicien et sélectionneur collégial, Jean Rigal aura participé au J.O de 1924 et aux coupes du monde 1930, 1934 et 1954 soit 47 années, quasiment ininterrompues, passées aux services de l’équipe de France.

Partie 3 : Son lègs à l’histoire du sport français.

Pour conclure sur la carrière sportive de Jean RIGAL, je tiens une anecdote qui est géniale et qui va vous intéresser j’en suis sûr ! Il y a dans le sport français une énigme très dur à résoudre qui est de savoir quand est apparu pour la première fois le coq sur un maillot d’une équipe française ? Longtemps on a cru que l’origine était l’apanage de nos rugbymen. Avant 1911, le premier maillot du XV de France n’est pas bleu et n’est pas encore marqué du coq, mais il est blanc et porte en guise de blason deux anneaux, un rouge et un bleu. Il s'agit de l'emblème de l'USFSA (voir la photo ci-contre), dont émane l'équipe nationale de rugby (et la plupart des équipes sportives françaises nationales sauf pour le football à partir de 1908 comme on l’a vu en première partie et ce détail va avoir une haute importance en ce qui nous intéresse), un emblème qui préfigure les cinq anneaux olympiques, que dessinera Pierre de Coubertin en 1913 (ce dernier est alors secrétaire général de l'USFA) et qui reprend les couleurs du drapeau national (bleu et rouge sur fond blanc). Mais après la première victoire de l'équipe de France obtenue contre l'Écosse en 1911, Marcel Communeau, alors capitaine de l'équipe, impose que les joueurs portent le Coq gaulois comme emblème de la France. Longtemps cette histoire était connue comme la plus ancienne apparition d’un coq sur un maillot d’une équipe sportive mais c’était avant qu’on retrouve un maillot de … Jean RIGAL. En effet l'origine de l'utilisation du coq comme symbole d'une équipe de France est cependant plus ancienne, car Jean Rigal et toute l’équipe de France de football portaient cet emblème en mai 1910 lors d'un match contre l'Italie et Jean RIGAL avait fait don de son maillot au musée national du Sport. Cette pièce historique de 1910 la voici en photo.
Bien entendu cela ne veut pas dire qu’il s’agit du premier maillot avec un coq mais on en doit pas en être loin. Souvenez-vous de ce qu’on disait au début sur la bataille entre le deux fédérations, l'USFSA catholique et la FGSPF laïque. Or on a vu qu’à partir de 1908 la FIFA ne reconnaissait que la FGSPF comme représentant du football français. Il est fort à parier donc qu’à partir de ce moment et voulant se démarquer de l’USFSA, la FGSPF ai choisi un autre emblème que les anneaux du baron et opter pour le coq, emblème national. En tout cas c’est grâce au don de Jean RIGAL, à son altruisme que l’on peut aujourd’hui dater l’apparition du coq sur un maillot français.

Conclusion : Jean RIGAL et Old School Panini ?

Et oui vous allez me dire pourquoi aujourd’hui Old School Panini parle de Jean RIGAL alors qu’il n’y a aucune vignette ? La réponse est sur cette photo d’octobre 1978, un an avant que Jean RIGAL nous quitte, en novembre 1979 :
Vous voyez la petite fille qui n’a même pas 2 ans sur les genoux de la dame à coté de Jean Rigal sur le canapé ? Et bien il s'agit de l’arrière petite fille de Jean RIGAL et également la femme de votre serviteur et la mère de ses enfants. Et oui Jean RIGAL est donc le trisaïeul de mes filles ;-)

P.S : De mon côté, chez les Bourouf, j’ai cherché sur quinze générations et j’en ai trouvé aucun qui savait correctement taper dans un ballon et malheureusement je perpétue la tradition.


ADDENDUM : Depuis la parution de sujet, d'autres personnes ont retrouvé dans leurs greniers différents articles, extraits de bouquins, sur Jean RIGAL. Je vous fais partager tout cela, à ce titre un grand merci à Jean-Pierre P. pour l'extrait complet du livre de Jean Philippe RETHACKER "L'Equipe de France de Football ". Voici les principaux extraits, en rapport avec ce qui a déjà été écrit.

Sur son clavaire pour rejoindre ses coéquipiers à Bruxelles pour sa première cap : « Je travaillais toute la journée du samedi et je n’avais pas osé demander de congé pour ce match international, car mon patron s’intéressait plus aux textiles qu’a l’assoce. Les sélectionnés étaient partis le samedi midi. Mais je dus, moi, prendre un train du soir et voyager toute la nuit, assis sur une banquette assez dure. J’arrivai le lendemain matin de bonne heure à Bruxelles et fis tout le tour de la ville pour rejoindre mes camarades. Inutile de préciser que ma seconde mi-temps fut très pénible.»

Sur les batailles aussi entre les différentes fédérations  : « Le dimanche, nous disputions souvent deux matches, un le matin avec notre équipe corporative, l’autre l’après-midi avec notre club. Cela provoquait pas mal de claquages ! Quant à l’équipe de France, elle était composée et préparée tant bien que mal, par une poignée de dirigeants qui venaient de différentes fédérations et de divers clubs, et qui cherchaient surtout à caser leurs joueurs. Cela donnait parfois des cocktails surprenants, comme cette sélection ou figura un jour en attaque cinq avants centres que leurs dirigeants de club avaient tous imposés !....»

Mais il y a aussi des infos que j'ignorais sur sa préparation et son entrainement : Amateur cent pour cent, Jean Rigal s’entrainait tout seul chaque matin vers sept heures, avant de rejoindre son bureau. « Pendant trois quart d’heure, dit-il, je courais en piquant un long sprint de temps à autre. J’allais du Pont de Clichy au Pont du Cimetière aux chiens, et je ne trainais pas en route sous l’œil des passants qui me regardaient bien sûr d’un drôle d’air ! »

Enfin sur l'excellent site une autre histoire du foot, dans un sujet sur l'année 1912, l'auteur a retrouvé un numéro de l'Auto (ancêtre de l'équipe) où l'on parle de Jean RIGAL. l'anecdote est très amusante car moi aussi en la lisant j'ai appris un mot. Donc dans le journal, Jean RIGAL est décrit comme un joueur "agricheur" ! Agricheur ! vous connaissiez ? Moi non et ça veut dire accrocheur et combatif ! Ça doit venir du mot italien Grinta je pense (attention Grinta est un mot italien et pas Argentin, demandez à un argentin si il connait ce terme vous verrez).

Voila si vous aussi vous avez des documents sur Jean Rigal, ils osnt les bienvenus, vous pouvez me les envoyer par mail : contact@oldschoolpanini.com ou bien les poster sur le Forum Foot Nostalgie, dans le topic Jean RIGAL.

13 commentaires:

  1. Félicitations pour vos 10 ans cher Alex
    et on se retrouve dans 10 ans au même endroit

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  2. Football, histoire et famille !!!
    encore un superbe article, alex !!!
    bravo

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  3. et aucun rapport avec notre chanteur benguigui mdr

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  4. tu vas déjà aller à l'Hôtel de ville chercher ton award et après on se retrouve place des grands hommes s'il le faut

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  5. http://www.youtube.com/watch?v=5V2D1aXX_UM

    Etienne Nelson peut devenir votre chauffeur pour une virée romantique

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  6. c'est as roma ntique

    joyeux anniversaire les gones

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  7. @ Max, c'est du pompé de François FELDMAN ça et jamais, t'entends jamais sur mon blog on parlera de François FELDMAN. Alors joues pas, joues pas à ça

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  8. Arrete Alex, faut pas pleurer, t'es le plus fort, il faut serrer les poings très fort

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  9. Excellent !! peut etre que l'une ou l'autre de tes filles portera un jour fierement le maillot de l'équipe française féminine ...avec le coq ! ;-)

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  10. Merci David.

    Si ta prophétie se réalise ça voudra alors dire qu'elles ont plus les gênes de leur mère que de leur père aux pieds carrés ;-)

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