Daniel HORLAVILLE, le premier et seul amateur a avoir joué avec l'équipe de France

Dans les trésors de la D2, j’avais un jour évoqué le cas de Maxime BOSSIS qui bien que évoluant à l’étage inférieur continuait d’être convoqué chez les bleus par Henri MICHEL. Quelques années avant lui ce fût le cas de Didier SIX qui bien qu’évoluant avec Mulhouse en D2 continuait d’avoir la confiance du sélectionneur Michel HIDALGO. Et des exemples de la sorte il y en a plusieurs dans notre pays ou en Europe d’internationaux évoluant en D2. En revanche depuis l’avènement du football professionnel en France, Daniel HORLAVILLE est un cas unique. Il est le seul joueur de l’histoire à avoir été convoqué en équipe nationale avec les A alors qu’il était toujours amateur. Joueur vedette de la surprenante équipe normande de Quévilly, il connaitra les honneurs de la sélection alors qu’il évoluait dans l’équivalent de notre CFA actuelle. Sa carrière est une étonnante trajectoire à la « Olive et Tom ». Parti de tout en bas HORLAVILLE gravira tous les échelons pour être international et passer pro à 27 ans et jouer pour le PSG.

Tout démarre à l’US Quévilly en Normandie. Daniel HORLAVILLE est un joueur prometteur, qui déjà honore des sélections espoirs mais ne passe pas professionnel satisfait de sa situation professionnelle et familiale, d’ailleurs voici commet il voyait ses années à Quévilly à la fin de sa carrière : « J'étais bien au travail. A Quevilly je travaillais 10 heures par jour et nous avions deux entraînements par semaine, le mardi et le jeudi soir de 18h30 à 20h. Puis on jouait le dimanche en championnat de France Amateur ». C’est ainsi que ce numéro 10 va pleinement s’illustrer pendant l’année 68, l’année qui va tout changer et pas seulement à cause de la plage sous les pavés. L’US Quévilly devient champion de France amateur, pour Horlaville déjà convoqué en équipe de France amateur, c’est le plus grand moment de sa carrière « Ce qui marque pour un footeux, c'est le premier titre, surtout quand on est jeune, après on se disperse, ce n'est plus pareil ». Et pourtant c’est le début de l’ascension, meilleur joueur du championnat amateur et de l’équipe de France amateur, il va aussi s’illustre face aux grands clubs professionnels. Car l’US Quévilly a une spécialité c’est la coupe de France et lors de la saison 1967-68 les normands et Horlaville vont frapper très fort ! En 1/8ème de finale ils éliminent le nouveau grand spécialiste de la compétition et tenant du titre : L’Olympique Lyonnais des Fleury Di Nallo et Angel Rambert grâce à un HORLAVILLE au dessus du lot et meilleur joueur sur la pelouse. Ci-dessous, on voit Horlaville se débarrasser sans peine de Robert Nouzaret


Ensuite en ¼ de finale, c’est un autre club professionnel qui tombe : Dunkerque pensionnaire de division 2. L’aventure se termine qu’en demi-finale face à Bordeaux et encore une défaite 2-1 après prolongations sur terrain neutre. 

Mais malgré l’élimination toute la France du football a pu admirer le talent de Daniel HORLAVILLE qui conclue la saison en apothéose avec un billet pour le Mexique où il va disputer les Jeux Olympiques de 1968. Malgré de bonnes prestations des Olympiques, la défaite en ¼ de finale face au Japon est vécu comme un véritable camouflet et la critique tombe sur les amateurs français et leurs préparations physiques quasi inexistante. La préparation physique, un mal qui va coller à la peau d’Horlaville pendant longtemps. Après les J.O il est contacté par Sedan pour jouer en 1ère division et passer professionnel mais HORLAVILLE décline l’offre et reste à Quévilly dans le championnat amateur. Une décision surprenante car pourtant l’entraineur de Sedan n’est autre que Louis Dugauguez, l’homme multi-casquettes du football français puisqu’il est aussi le sélectionneur de l‘équipe de France A ainsi que des Olympiques et avant ça il était celui des espoirs. Dans le paysage du football professionnel français il est celui qui connait le mieux Daniel HORLAVILLE et s’il n’arrive pas à le convaincre de le faire signer dans les Ardennes, il ne lui en tiendra pas rigueur avec l’équipe de France.

C’est lui qui sera donc le premier sélectionneur de l’équipe de France A a appelé un amateur. Le 30 avril 1969 contre la Roumanie, Daniel HORLAVILLE honore sa première sélection officielle même si ce n’était pas son premier rendez-vous avec l’équipe de France comme il explique : « J'ai d'abord eu une sélection contre le Real de Madrid en match amical mais elle n'est pas officielle. J'ai eu quatre sélections en tout, mais une seule est officielle. Après, j'ai été rappelé pour un stage avec l'équipe de France au mois de juillet mais j'ai refusé car j'avais prévu de partir en vacances. On m'a dit que ce n'était pas grave, que je serai re-sélectionné par la suite. J'attends toujours » 


Et oui vous avez bien lu, il a refusé un stage avec l’équipe de France, pour ne pas annuler ses vacances. C’est bien la preuve que de par son statut d’amateur il était dans un autre monde, il s’explique : « j'étais amateur, j'avais un travail et j'avais déjà posé mes congés. On avait prévu de partir 4 ou 5 jours je ne sais plus ou dans un hôtel avec piscine. Ma femme n'était pas trop d'accord pour que j'annule tout, et puis mon président à Quevilly non plus, il voulait me voir pour la reprise du championnat amateur »

Mais HORLAVILLE va franchir le pas et devenir professionnel en 1970, pour signer dans un club tout jeune le PSG, c’est marrant mais j’adore comment le principal intéressé raconte cet épisode de sa carrière, sans langue de bois et avoue qu’il a privilégié l’argent : « Je suis arrivé en 1971 lorsque Paris venait d'accéder à la première division. Le club cherchait à me recruter depuis pas mal d'années. Tout s'est donc fait rapidement, je venais de me blesser gravement, j'avais le genou en l'air. Avant cette blessure, j'étais en contact avec l'OM, Nantes et même de bons clubs étrangers mais le PSG est le seul qui est venu vers moi après ma blessure. La saison suivante on est reparti avec le Paris FC. Je me souviens vaguement d'une réunion avec les joueurs et les dirigeants pour nous annoncer la scission et nous demander ce que nous préférions. C'était soit le Paris FC au Parc des Princes en D1 ou soit le Paris SG au Camp des Loges en D3 car la ville de Paris a accepté de donner la subvention qu'au Paris FC. Le choix a été vite fait. Pour nous, ça ne changeait rien, c'était comme avant, on restait au Parc même si le club avait changé de nom, c'était toujours le club de Paris. Nous avions un contrat avec le club, le reste, on s'en balançait, on a suivi l'argent ». En revanche au Paris FC cela ne vas pas se passer de la meilleure des façons. Mis en concurrence, HORLAVILLE n’arrive pas à se fondre dans le moule du football professionnel, de retour d’une grave blessure il n’arrive pas à hisser sa condition physique et dans sa préparation il est resté amateur selon ses entraineurs de l’époque. 

Pourtant il y en a un qui le comprend, c’est Antoine DALLA CIECA, qui va le faire reculer d’un cran au milieu de terrain. Barré en attaque, HORLAVILLE va briller à la récupération et dans l‘entrejeu et devenir le meilleur joueur du PARIS FC pour sa troisième saison chez les pros, quittant le parc des Princes sous les ovations à chacun de ses sorties. Hélas, une fin de saison catastrophique du club parisien va faire chuter l’équipe en deuxième division. HORLAVILLE reste pro et accepte alors le challenge de Rouen, alors qu’il avoue vouloir raccrocher les crampons à cette époque là. HORLAVILLE se laisse convaincre de signer à contrat de 3 ans pour permettre au club de remplis son objectif, accéder à la division 1 à ce terme, le club y arrivera et Horlaville prolongera une année histoire de terminer sa carrière en 1ère division, une carrière décidemment peu traditionnelle.

A noter que Daniel HORLAVILLE a eu 4 enfants dont Christophe, qui lui aussi jouera plusieurs saisons en 1ère division. Christophe HORLAVILLE débutera là où son père avait fini sa carrière à Rouen et passera notamment pas Cannes, Guinguamp, Le Havre et Metz entre autres. 


Sources :

3 commentaires:

  1. Tres bel article, ça me rajeunit de le relire, je me souviens bien de l'aventure de Quevilly l'ancetre de Calais ou Carquefou, et de son emblematique joueur Horlaville...mais je ne savais pas qu'il etait à ce jour le seul joueur amateur de l'histoire à avoir joué en EDF...

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  2. Il y a plusieurs joueurs à avoir été sélectionnés en Edf sans jouer dans l'élite française. Mais y en a-t-il beaucoup qui ont été sélectionnés en Edf en jouant dans une division inférieure étrangère ?
    A vrai dire, je n'en vois qu'un, David Trézéguet, lors de la saison 2006-2007, où il compte 3 sélections (pour 2 buts) alors qu'il jouait en Serie B avec la Juventus suite à leur relégation administrative. En voyez-vous d'autres ?

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    1. Bien sûr les plus célèbres dans un passé récent sont Maxime Bossis à la coupe du monde 86 alors qu'il joue en Division 2 avec le Racing Club de Paris et Didier Six à l'Euro 84 alors qu'il joue lui aussi en D2 avec Mulhouse. Je te dis ça de mémoire mais il doit y avoir d'autres cas. Par contre depuis l'avènement du professionnalisme un joueur amateur en équipe de France, c'est un cas unique

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