ABERDEEN 1983, Vainqueur de la Coupe d'Europe des vainqueurs de coupes

A la fin des années 70 le football écossais se résumait à un duel fratricide entre les eux meilleurs ennemis du monde, les deux clubs de Glasgow à savoir les Celtics et les Rangers. Dès qu'un footeux des Hautes Terres se distinguait des moutons, on lui offrait 5 livres par semaine et, selon qu'il était catholique (Celtic) ou protestant (Rangers), il prenait le chemin de d'Ibrox Park ou celui de Parkhead. Les autres clubs se partageaient les miettes, si il y en avait. Un jour un homme se rebella contre le pouvoir établi. Il s’appelait Alex FERGUSON et il venait de terminer une carrière musclée d'avant centre où il empilait autant les clubs (Quen's Park, St-Johnstone, Dumfermline, Rangers, Falkirk, Ayr United) que les cartons rouges pour bien montrer qu'à son goût des voyages, il ajoutait une chaleureuse fréquentation des hommes. Alex FERGUSON devient entraîneur puis manager. Aberdeen l'appelle alors qu'il n'a que 36 ans, nus sommes à l'aube de la saison 1978-79.Le Celtic et les Rangers règnent encore et toujours, Le championnat et la cup d’Écosse ressemblent aux accords de Yalta, version footballistique, entre les deux clubs de Glasgow. Mais FERGUSON possède la force morale du pionner, du révolté face à l'ordre établi, la certitude de ses convictions. Il pense qu'un club comme Aberdeen ne peut pas vivre sans une brillante formation des jeunes et qu'une équipe professionnelle doit réellement l'être jusqu'au bout des ongles. « Si un jour, nous devions manquer un autre Denis Law, dit-il à ses recruteurs, vous pourriez vous dépêcher de faire vos valises »

Sur le sujet du professionnalisme, Ferguson ne transige pas non plus. Il a laissé tomber les voitures anglaises « parce qu'elles ne démarre pas le matin » et il a choisi une Mercedes « pour être certain d'arriver à l'heure au stade ». On dit qu'il a exclu un joueur de son équipe après l'avoir trouvé accoudé au zinc d'un pub, une pinte de Guinness à la main. Il est autoritaire, méticuleux, sûr de lui. Avec ses complets sobres et foncés, on pourrait le prendre pour un homme d'affaires. Mais sous la peau du rigoriste, bat le cœur d'un passionné du footballeur. Curieusement cet écossais assoiffé de victoires qui a grandi et vécu au royaume du « kick and rush », désire que ses joueurs expriment toutes leurs qualités sur le terrain. Pour ce faire, il insiste à l’entraînement sur la vivacité, la technique des passes et le jeu dans un mouchoir de poche. Aberdeen joue donc au football bien construit et souvent subtil qui exaspère d'ailleurs son président, Dick DONALD, un ancien joueur de la vieille école, impatient de voir le ballon atterrir dans « ces foutus sacrés 18 mètres adverses ». Ferguson se moque éperdument des états d'âmes de son « vieux » président et de sa vision archaïque du jeu et dit à ses joueurs : « Si vous faites des passes il arrivera un moment où vos adversaires voudront récupérer le ballon. C’est à ce moment là que vous exploiterez à l'ouverture ». En 1980, Aberdeen devient champion d'Écosse en battant le Celtic dans la dernière ligne droite. Il est battu en huitième de finale de la coupe d'Europe des clubs champions, la saison suivante, par le Grand Liverpool. Deux défaites 1-0 et 4-0 qui fait fulminer FERGUSON, ce dernier fustigera ses joueurs : « Il est stupide d'avoir peur du diable avant d'avoir vu ses yeux ». J'adore la formule. 

Lors de la saison 1982-83, douze des seize joueurs pro d'Aberdeen ont été formés au club. Après avoir gagne la coupe d’Écosse la saison précédente (4-1 après prolongations contre les Rangers), Aberdeen entame sa campagne européenne dans la défunte coupe d'Europe des vainqueurs de coupes. Le parcours d'Aberdeen est sublime. Au premier tour il balayent les suisses du FC Sion 7-0 et 4-1. ensuite ils ont du mal face au coriace Dinamo de Tirana (1-0 et 0-0). En 1/8ème de Finale un double succès face au Lech Poznan (2-0 et 1-0) avant de rencontrer un premier monstre du foot européen le Bayern de Munich en ¼ de finale. Après un bon 0-0 à Munich les choses vont se compliquer au retour pour les hommes de Ferguson. Aberdeen est mené 2-1 dans son stade à un ¼ d'heure de la fin mais les écossais font preuve d'un fighting spirit qui fait la légende des équipes britanniques pour l'emporter au final 3-2 et terrassé dans une folie complète le grand Bayern. Le capitaine allemand, Karl-Heinz Rumenigge est désappointé mais admet qu'Aberdeen « est la meilleure équipe britannique du moment ». En demi-finale, Aberdeen élimine sans pitié les belges de Watershei tombeurs du PSG plus tôt dans l'épreuve (5-1 et première défaite des écossais au retour 0-1). La grande fête aura lieu à Goteborg, le 11 mai 1983 et pour Aberdeen c'est un morceau de choix qui se présente en finale : Le Réal de Madrid. Le stade et la ville suédoise voit les supporters écossais défilés en nombre. Côté Espagnol on se méfie du stratège écossais qui a émerveillé les spectateurs du dernier mondial en terre ibérique. Le Réal oublie seulement que Strahan n'est qu'une des dix pattes du monstre écossais et qu'il va falloir endiguer la force et le panache de ce monstre infatigable. Dès la 10ème minute Aberdeen marque par l’intermédiaire de son jeune attaquant de 19 ans Eric BLACK (qu'on verra ensuite du côté de Metz). 

Un erreur défensive des écossais remet le Réal dans le match qui égalise sur un pénalty de Juanito mais dans l'ensemble, ce match est une démonstration des écossais, quadrillant le milieu de terrain, empêchant le jeu merengue de s'exprimer. L'homme du match est sans conteste Peter Weir qui règne en puissance sur son aile gauche. Additionannt, intelligence, sang froid et brio technique, le numéro 11 écossais fait passer un calvaire à son adversaire direct Juan José. Vous vous souvenez de Juan José, une vieille figure d'Old School Panini qui a fini docker (voir le sujet Juan José de Santiago Bernabeu au chantier naval des docks d'Andalousie). « Soyez patients, a dit Ferguson à ses hommes avant le coup d'envoi. Le temps travaillera pour vous ». L'entraîneur disait vrai et c'est en prolongations que les écossais rompront la muraille madrilène. Un succès 2-1 après prolongations mais hautement mérité.

C'était le premier grand succès de Sir Alex FERGUSON, c’était il y a une éternité et pourtant c'est un sujet toujours d'actualité. En bonus voici une magnifique planche (merci Claude) d'Aberdeen saison 1982-83, vainqueur de la coupe d'Europe des coupes.

1 commentaire:

  1. Encore un superbe article !
    j'étais persuadé qu'Aberdeen avait gagné la coupe UEFA.
    Cette victoire m'avait à l'époque marqué, mais je ne me souvenais plus de la finale contre le Real ni de Alex Fergusson comme entraîneur. Comme quoi, il n'y a pas de hasard...

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