Paninomorphologie - Laurent PAGANELLI

Le « petit Mozart » du foot. Voici comment Laurent PAGANELLI est devenu à 15 ans le plus jeune joueur à avoir débuté en division 1. 26 août 1978, le Parc des Princes a fait le plein. L'événement est d'importance. Les Verts sont à Paris. Et, comme d'habitude, lorsque Saint-Étienne vient dans la capitale, la fièvre s'empare du stade de la porte de Saint-Cloud. Avec les Stéphanois, le spectacle est assuré. Ce jour-là pourtant ménage une surprise énorme au public parisien, 45 000 personnes venues pour Paris Saint-Germain/ Saint-Étienne. La première mi-temps a tenu ses promesses. Les deux équipes sont à égalité (1/1), une fois encore le PSG se surpassant pour ce match de gala. Durant le quart d'heure de repos, les commentaires vont bon train dans les tribunes. Chacun se demande comment Stéphanois et Parisiens aborderont cette deuxième période. Si les Verts vont s'imposer ou si, au contraire, ce sera au PSG de créer la surprise. Et puis, les joueurs reviennent sur le terrain. On joue depuis à peine une minute lorsque, sur le banc de touche, Robert Herbin se lève. Il fait signe à l'arbitre qu'il veut effectuer un changement. Stupéfaction dans le Parc : Dominique Rocheteau sort. Et qui est là sur la ligne de touche prêt à rentrer ? 

On ne connaît pas cette silhouette. Un joueur d'apparence frêle. Petit. Très petit: Laurent Paganelli ! Ce gosse que tous les clubs s'étaient arraché quelques mois plus tôt. Ce gosse qui, à chaque apparition en sélection minime ou cadets, avait fait rêver par sa maîtrise technique, son sens du jeu, son culot. Paganelli pénètre sur la pelouse du Parc pour ce match de championnat. Une ovation. Le public est ébahi. Laurent Paganelli devient le plus jeune footballeur de l'histoire à opérer sur un terrain de 1ère division française avec quinze ans et trois cent neuf jours. Dès lors la rencontre n'a plus guère d'importance. Le Parc des Princes n'a d'yeux que pour ce bizuth qui débarque dans la cour des « grands ». On épie ses moindres gestes. Lorsque les Verts héritent de la balle, chaque spectateur espère que le gamin sera sollicité. Pour le voir en action. Provoquer ces hommes, ces professionnels qui lui font face. Au coup de sifflet final, le score n'aura pas changé: 1-1 pour Saint-Étienne et Paris Saint Germain. A la fin de la saison, Paga revenait sur cette journée du 26 août, mais aussi sur des débuts exceptionnels pour cet enfant lancé dans la jungle : « Ce 26 août, je ne m'attendais pas à rentrer. C'est pour cela sans doute que je n'ai pas été tellement dans le match. Je n'ai pas eu le temps de réaliser. Après la rencontre, lorsque les journalistes sont venus me voir, je n'avais toujours pas conscience de ce qui m'arrivait. Je ne savais quoi répondre aux questions qui m'étaient posées. J'ai mis quelque temps à me rendre compte vraiment de ce qui s'était passé. Le lendemain seulement j'y ai repensé. Lorsque l'on est jeune, on a une fausse opinion d'un match professionnel. Ce jour-là, j'ai vu que c'était beaucoup plus dur que l'on pouvait le penser »

Le 26 août 1978, Paga fait ses grand débuts à 15 ans
 Si ce 26 août 1978 représente le point culminant de la jeune carrière de Laurent Paganelli, ce n'est pourtant qu'un épisode dans une saison importante pour cet espoir du football français. « J'ai vécu une saison exceptionnelle, ajoute Paganelli. Durant tous ces mois, j'ai découvert la réalité du football professionnel. Rien à voir .avec une vie normale. Rien à voir avec les habitudes que j'avais avant cette année »

Une année qui a commencé au début du mois de juillet 1978. Avec toute la tristesse de quitter les bons côtés du passé. Les copains, Avignon, ce club de la MJC Avignon. Tout ce qui avait marqué les premiers pas dans le football du jeune Paganelli. « Je suis arrivé à Saint-Étienne avec l'objectif de m'imposer en troisième division, confie Laurent Paganelli. Robert Herbin m'a tout de suite mis en confiance. Il m'a fait entraîner avec les pros.. et après un stage de quinze jours à La Réunion, avec tous les stagiaires, Herbin m'a utilisé pour des matches amicaux, notamment contre la sélection du Maroc au mois d'août. Dès que je me suis entraîné avec l'effectif professionnel, je me suis défoncé. Je voulais montrer mes qualités ... ». Et puis il y eut cette mi-temps contre Paris Saint-Germain, cinq autres minutes en championnat de première division contre Lyon en novembre au stade Geoffroy Guichard et une sélection en équipe de France juniors pour lui, le cadet ! Sans oublier une dizaine de rencontres en troisième division. Pour un garçon qui ne se destinait pas au football, que d'événements! « C'est vrai, lorsque j'étais gamin, je ne pensais pas que je jouerais un jour en professionnel, lance Paganelli. Je ne me dirigeais pas du tout vers cette carrière. D'ailleurs, je ne suivais pas le football, cela ne m'intéressait pas. Non, personnellement, j'étais plus attiré par le rugby. Il a fallu que M. Rieffat m'attire à la MJC Avignon pour que je prenne goût au football. Et puis, M. Rieffat est parti. A ce moment- là, j'ai failli revenir au rugby. C'est alors que M. Blum est venu me rechercher. J'ai replongé dans le foot, et cette fois, pour de bon. Le club de la MJC était super-sympa, On s'occupait des jeunes. Il y avait une ambiance du tonnerre! »

Laurent Paganelli n'oublie pas le temps des copains avignonnais. Tous les maillots que le jeune Stéphanois peut se procurer, comme au tournoi juniors par exemple, sont destinés à ces gosses d'Avignon qui ont participé à ses meilleurs moments dans la cité des Papes. « II n'y a qu'un maillot que je garderai toujours. Celui que j'ai porté ce 26 août au Parc des Princes contre le Paris Saint-Germain ». Ce match contre Paris aura réellement illustré la jeune carrière de Paganelli. Et dire qu’il a failli jouer dans la capitale. « Oui, le PSG s'intéressait à moi, déclare- t-il. Mais les dirigeants parisiens m'ont contacté directement Je n'ai pas apprécié le procédé. J'ai préféré les manières de Saint-Étienne qui a envoyé quelqu'un prendre contact avec mon entraîneur M. Blum. Ce dernier a parlé avec mes parents et il a visité tous les clubs qui s'intéressaient à moi. Après, M. Blum a longuement discuté en ma compagnie. Il n'y a pas eu de problèmes, nous avions les mêmes points de vue. Tout s'est réglé en six mois, j'ai finalement opté pour Saint-Étienne. Je n'ai pas à le regretter. Tout ce dont nous avions parlé avec M. Blum se confirme. Tout se passe bien comme prévu. Si c'était à recommencer, j'agirais de même ... » A 16 ans et demi, Laurent Paganelli a déjà connu beaucoup d'honneurs. On en parle comme d'un futur « grand » du football français. Encore adolescent et déjà vedette. Mais le « vedettariat » ce n'est pas toujours drôle, même lorsque l'on n'a que seize ans. « Au début, j'étais heureux, avoue Laurent. Puis, j'ai rapidement été agacé. Bien sûr cela appartient au métier de footballeur. Mais tout de même. Bon, je comprends qu'un jeune me demande une photo, un autographe. Pas un adulte. Cela n'est pas sérieux. Et puis, c'est dur lorsque l'on parle toujours de soi. On a l'impression d'avoir de plus en plus d'obligations. Il ne faut jamais décevoir. Sans cesse faire mieux. Toutefois, il ne faut pas se plaindre. Malgré tous les problèmes qui peuvent se poser, tous les sacrifices, pour moi c'est la vie idéale »

Une vie, une carrière qui s'annonçait sous les meilleurs auspices. Les qualités démontrées par Paganelli, sa formidable marge de progression, tout autorisait à penser que le « petit » vert est à l'orée d'une grande carrière. L'intéressé, lui, envisage son avenir avec simplicité. Pas de rêves de gloire. Bien jouer au football, telle est son ambition. « J'aimerais réussir une bonne carrière professionnelle, dit-il. Sans penser pour cela devenir un cas à part, une vedette, non! Tout ce que je veux, c'est bien faire mon métier. Réaliser des progrès, donner le maximum de mes possibilités. Pour moi, le football doit être un spectacle. Un jeu qui plaît aux gens. C'est pourquoi, personnellement, j'admire le football brésilien. Car il allie la beauté du geste à l'efficacité. Mais, paradoxalement, mon modèle n'est pas un joueur brésilien. C'est Cruyff, le hollandais ». Seulement Paga ne transformera jamais l’essai. A St-Etienne il restera l’éternel espoir et passé l’effet de surprise lié à sa jeunesse, il demeure un remplaçant qui marque peu. 12 buts en division 1 lors de ses 5 saisons avec les pros de l’ASSE, pas de quoi faire à nouveau la une des magazines et des journaux. Alors avec l’affaire de la caisse noire, il est temps pour lui de faire ses valises. Il a le choix entre Auxerre ou Toulon, jeune promu. « J’avais le choix entre Toulon et Auxerre. Avec Guy Roux j’aurais peut-être rebondi, mais j’avais envie de retourner dans le sud. ». En lui demeurait le souvenir de ses années bohèmes à Avignon où tout lui souriait. A la rigueur de Guy Roux, il préfère l’ambiance varoise avec des joueurs qui lui ressemble, fort en gouaille, comme son nouveau capitaine : Roland COURBIS. Mais dans le Var, le résultat est assez semblable à celui du Forez. Après une première saison où il joue beaucoup, il devient vite un remplaçant au passé célèbre et porte comme un lourd manteau d’hiver son statut d’éternel espoir. Il reste 5 saisons de plus à Toulon mais n’est qu’un poil plus prolifique avec 16 réalisations. Paga à 26 ans et 10 saisons de division 1, l’ex futur grand numéro 10 ne compte que 28 buts en 164 rencontres de division 1. 

Pour beaucoup il a payé son manque de rigueur dans un monde professionnel, lui-même avoue qu’à Toulon, mentalement il n’était plus fait pour le football professionnel. Son ancien co-équipier en attaque à St-Etienne la saison où il fût lancé ans le grand bain, Bernard Lacombe à un autre avis. Pour le meilleur buteur français de l’histoire de la division 1, Paganelli a été lancé trop tôt mais surtout, il n’a pas été protégé de la pression médiatique, trop forte pour un adolescent. Selon lui Paga n’a pas pu apprendre le métier de footballeur et s’est brûlé les ailes bien trop vite. Un épisode qui a marqué Lacombe, qui depuis qu’il est dirigeant de l’Olympique Lyonnais joue les protecteurs des jeunes du centre de formation, ne voulant pas que les différents entraineurs lancent trop tôt les jeunes chez les pros. Toujours en argumentant avec la vieille rengaine, « il ne faut pas refaire des Paganelli ». Car la fin de carrière de Paga est beaucoup moins joviale que ses débuts. Il démarre la saison 1988-89 en division 2 avec Grenoble mais il est licencié au bout d’un petit mois. Le président de Grenoble, Marc Braillon, raconte : « nous nous sommes trompés en faisant signer Paganelli. Il nous a énormément déçus. Pas question de trainer des boulets. Alors, je remets les pendules à l'heure, même si cela coûte cher, puisque Paganelli avait un contrat de 4 ans. Son salaire était le plus élevé du club avec 75000 F. Il ne l'a jamais justifié et Christian Dalger lui en voulait à mort. Alors, moi, je coupe ». Paganelli raccroche les crampons, il n’a que 26 ans. Triste fin pour celui qui était le plus grand espoir du football français au début des années 80 et qui restera à jamais l'éternel espoir, même si aujourd’hui il a très bien rebondi sur les bords du terrain.

Le "petit Mozart" du football

2 commentaires:

  1. Il me semble que paga a fini sa carriere a avignon en 89-90 ... Il est present sur la photo d'équipe de l'album 89-90 car les planches pour les équipes de D2 ont disparu cette année la ...

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  2. par contre il est née en 1962 pas en 1952 .

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