Platini « CAPO CANONNIERE » 1982-83

On l’a vu malgré un départ canon et un superbe but pour son second match avec la Juve (voir le sujet, le premier but de Platini avec la Juve), Michel Platini connaissait des débuts chaotiques en Italie et les tifosis commençaient à s’impatienter (voir le sujet quand Platini n’était pas encore Platinissimo). Selon lui, les raisons de son mal étaient une vilaine pubalgie tenace qu’il n’arrivait pas à soigner. La pubalgie, le mal du footballeur avait frappé ! C’est à Cachan que Platini ira se faire soigner par le professeur Cachan. Ce dernier raconte sa première consultation avec le meneur de jeu de la Juve : « Michel Platini, qui n'avait pas cessé de jouer malgré des douleurs intolérables qui l'empêchaient de s'entraîner et de frapper dans le ballon, fut pour moi un malade à résultat rapide. Lors de sa visite et à la question " Etes vous décidé à suivre à la lettre le traitement et les modifications diététiques que je vais vous conseiller?", Michel que je sentais agacé, tendu, à la limite de l'agressivité envers ce championnat italien où il ne pouvait pas s'exprimer et pour cause, à l'encontre des personnalités qui lu i donnaient régulièrement la plus mauvaise note de l'équipe, me répondit: "Bien sûr, sinon je ne serais pas ici, et après tout ce que j'ai fait, qu'est-ce que je risque ? D'autant que contre Gênes en championnat (dernier match avant sa visite à Cachan), dans la dernière demi-heure du match, je ne pouvais plus courir." »

Platini avouait également que le jour où il pourrait s'entraîner normalement, il retrouverait son meilleur niveau. Quel fut donc le traitement qui apporta en huit jours une amélioration si considérable de l'état de santé de Michel Platini au point que, le dimanche suivant, il rayonnait dans l'équipe de la Juve, avait la meilleure note de son équipe et téléphonait euphorique à ses amis pour signaler qu'il ne s'était pas senti aussi bien depuis des mois? Une thérapeutique assez simple avec d'abord l'explication selon laquelle un excès d'aliments riches en acide oxalique ou trop concentrés entraîne une mauvaise transformation ou dégradation de ces déchets alimentaires au stade terminal de la digestion. Résultat fini les risottos au champagne avec sa femme (voir le sujet quand Platini n’était pas encore Platinissimo). On était à une époque où les joueurs professionnels n’étaient pas suivis quotidiennement par 36 000 spécialistes, du diététicien au dentiste et on n’évoquait jamais ce fameux « entrainement invisible ». Il en demeure que c'est un Platini transformé qui revient à Turin et les faits vont le prouver ! Platini va finir meilleur buteur du championnat ! Le « CAPO CANONNIERE » avec 18 réalisations dont 14 après sa visite à Cachan et en seulement 9 journées ! Dans une série A à 16 clubs et seulement 30 journées son dernier sprint est incroyable ! Une moyenne de 1.55 buts par match et d’ailleurs c’est ce qui lui vaudra son premier ballon d’or.

Le « CAPO CANONNIERE » 1982-83 raconte ses 18 buts et leur donne une note, un exercice de style assez amusant :

N°1 Juventus-Cesena (19 septembre 1982)
Tardelli me lance en profondeur. Je croise mon tir du pied gauche juste quand le gardien sort. Facile, mais un plaisir énorme: c'était mon premier but en championnat. 12/ 20.


N°2 Juventus-Roma (24 octobre 1982)
Long centre de Paolo Rossi que Bettega prolonge de la tête. Tardelli, décalé sur l'aile, reprend de volée, mais son tir est trop croisé. Heureusement j'ai anticipé et j'arrive à temps pour redresser la course du ballon, au pied du poteau. Le but en lui-même n'a rien d'exceptionnel mais je l'ai encore marqué du gauche. Ça me fait rire ... 9/20.

N°3 Juventus-Pise (7 novembre 1982)
Un une-deux avec Paolo Rossi. Je ramène le ballon devant moi, avance en deux touches de balle et frappe de l'extérieur du pied droit sur le côté droit du but. Classique mais pas mal fait... 13/ 20.

N°4 Juventus-Torino (2 1 novembre 1982)
Paolo Rossi et Gentile tirent un corner à deux, et c'est Paolo qui centre. Tardelli reprend de volée à six mètres des buts, et le gardien repousse sur moi. Je frappe instantanément et le ballon file sous la barre. On ne peut pas dire que j'ai été pour grand -chose dans la construction de l 'action. 10/ 20.

N°5 Juventus-Udine (27 février 1983)
Des 20 mètres, je frappe un coup franc à ras de terre et le ballon glisse entre les mains et les jambes du gardien. Je n'ai pas de quoi être vraiment fier. 4/ 20.

N°6 Juventus-Udine (27 février 1983)
Un peu plus tard, servi par Bettega, je pars du milieu de terrain. J'effectue une course d'au moins quarante mètres, avec un adversaire aux trousses. A tout moment je m'attends à être abattu, mais puisque je suis toujours debout, arrivé à dix mètres du gardien, je croise un tir du pied droit, ce n'est guère puissant mais suffisamment bien placé pour être mon deuxième but. Je ne le savais pas encore mais ce match était le départ d'une belle série. 12/ 20.

N°7 Roma-Juventus (6 mars 1983)
Coup franc à la limite de la surface. Légèrement sur la gauche. Comme je les aime. Je frappe de l'intérieur du pied et la balle brossée vole quasiment jusqu'à la lucarne. Les images de la télé m'en procurent encore des frissons. 16/ 20.


N°8 Juventus-Avellino (13 mars 1983)
Marocchino centre en retrait aux alentours du point de penalty. Je frappe et un défenseur repousse sur Bettega qui tire à son tour mais est contré. Le ballon me revient une nouvelle fois. Je frappe encore, très fort au milieu du but et la balle file entre les jambes du gardien. Ouf. On peut dire qu'on y a mis le temps. 9/ 20.

N°9 Juventus-Avellino (13 mars 1983)
Dans ce même match je me retrouve, un peu après, bien lancé par Boniek. Petit crochet extérieur d'abord pou r éviter un défenseur et à l'entrée des 18 mètres, sur le flanc droit, j'expédie, de l'extérieur du pied droit, une diagonale qui se fiche sous la barre. Quel pied ! C'est fou ce que j'étais content. J'étais persuadé et je le suis toujours que c'était un super-but. Le ballon avait claqué sur les filets. J'entends encore le bruit. Par modestie je ne mets pas plus que: 15/ 20.

N°10 Torino-Juventus (27 mars 1983)
Penalty. Je tire sur la gauche du gardien. Il est parti du bon côté et repousse. J'arrive avant qu'il ait pu se relever et je la glisse au fond. Pas de quoi pavoiser. 6/ 20.

N°11 Juventus-Ascoli (10 avril 1983)
Celui -là, je lui garderai toujours une petite place dans ma tête. Une-deux avec Bettega qui me rend le ballon un peu haut. Je me l'emmène quand même du talon, par-dessus un défenseur. Je récupère derrière lu i et je lobe le gardien qui s'avançait. Un but auquel je rêvais quand j'étais gosse! Un but de cinémathèque. Un but aussi fou que merveilleux. Le plus beau de ma vie. 21 / 20. (Voir le sujet sur ce but et le duel de lob livré « virtuellement » avec Diego)

N°12 Cantazaro-Juventus (24 avril 1983)
Faute sur Tardelli dès le début du match. Penalty. J'avais encore très présent à l'esprit celui du derby turinois où j'avais dû m'y reprendre à deux fois pour marquer. Alors j'ai préféré changer de côté. Sur la droite du gardien de l'intérieur du pied droit. Pas de problème ... 10/ 20.

N°13 Cantazaro-Juventus (24 avril 1983)
Une-deux avec Tardelli et je m'enfonce facilement dans la défense (ils sont derniers du championnat!) Lorsque le gardien sort, je fais un crochet sur ma gauche et, à la sortie du dribble, je pousse le ballon de l'extérieur du pied droit. L'enchaînement était parfait. 16/ 20.

N°14 Juventus-Inter (1er mai 1983)
Au départ encore un une-deux, une de mes armes essentielles, avec Boniek cette fois. Sa remise est impeccable, bien plate, bien franche. Je suis légèrement décalé à gauche du but, mais je frappe de l'intérieur du pied droit. La balle, brossée, s'en va à ras de terre dans le coin opposé, 15/20.


N°15 Juventus-Inter (1er mai 1983)
Je ne suis plus qu'à un but derrière Altobelli au classement des buteurs quand Tardelli adresse un long centre aérien. Je m'élève au-dessus d'un défenseur et je marque de la tête. Je ne croyais pas que j'étais capable de monter si haut. Me voilà donc en tête du classement des buteurs même si , deux mois plus tard, parce que des supporters avaient attaqué le car de l’Inter, nous aurons match perdu sur tapis vert. 15/20.

N°16 Cagliari-Juventus (8 mai 1983)
Boniek me lance en profondeur, je dribble le gardien et marque dans les buts vides. Ce qui est amusant c'est que les cameramen de la télévision ne devaient pas y croire. Aucun n'a filmé les images et je n'ai revu que le ballon au fond des filets. Dommage, j'en garde une sensation forte. 17/20.

N°17 Juventus-Gênes (15 mai 1983)
C'était la revanche de ce match aller, celui où j’avais touché le fond. Je ne suis pas mécontent d'avoir marqué à deux reprises. C'est d'abord Scirea qui redouble sur l'ai le gauche avec Tardelli et qui m'adresse un centre merveilleux. Comme s'il me déposait la balle sur la tête au deuxième poteau. Je n'avais pas le droit de le manquer. Sous la barre! 14/ 20.

N°18 Juventus-Gênes (15 mai 1983)
Le dernier de la saison enfin. Pas le plus vilain. Cabrini, lancé sur la gauche comme Scirea l'avait été un peu plus tôt (et on dira que les arrières n'attaquent pas à la Juventus!), centre à mi-hauteur. Je contrôle du pied droit et, avant que la balle ne touche terre, je reprends de volée. Pas mécontent de finir l’année en beauté. 17/ 20.

Bon c’est bien beau de parler des buts, le mieux ça reste encore de les revoir, les voici les 18 buts de Platini lors de sa première saison de série A et son titre de « CAPO CANONNIERE».

3 commentaires:

  1. J'aurais beaucoup aimé être vivant pour le voir jouer ces trois magnifiques années, bien que je sois tout sauf juventino :D.

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  2. C'était un truc de fou, y'avait pas beaucoup de joueurs étrangers, deux à l'époque par équipe. Alors dans le calcio y'avait la crème de la crème, Platini, Zico, Maradona, Socrates.... et le meilleur d'entre tous c'était notre Platini national.Je vais faire un sujet rien que sur ses passes c'est de la folie

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  3. Oh oui, rien que de voir les differents campionato io ti amo, dont provient justement la video avec l'intégralité des buts de Platini, ça donne l'eau à la bouche.

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