Mexico 86 : Emilio BUTRAGUENO


Avant cette coupe du monde 1986, ils sont nombreux ceux qui, en Espagne, assurent que Miguel Munoz possède en Emilio Butragueno l'un des attaquants les plus performants du circuit international. A peine vingt-trois ans, et déjà le Vautour, c'est ainsi qu'on le surnomme, s'annonce en tout cas comme l'une des grandes attractions du Mondial. Son mental est à la mesure de ses grandes qualités techniques, et Emilio ne se fait pas un monde de rencontrer, pour son premier match de Coupe du monde, le Brésil et sa légende dorée. La suite des événements lui donnera-t-elle raison ? Il est au moins trois hommes qui attendent d'Emilio Butragueno qu'il réalise des merveilles au Mundial avec l'équipe d'Espagne. En tout premier lieu, son père, Pilar, qui tient une droguerie à deux pas du stade Santiago Bernabeu, et qui est depuis 1945 un supporter fanatique du grand Real. C'est lui qui, alors qu'Emilio n'avait que dix-sept ans, le prit par la main et l'envoya suivre un stage de recrutement dans le club madrilène.

C'est encore lui qui, après le refus des recruteurs du Real, fit une seconde tentative auprès d'eux. Et obtint leur accord en août 1981. En second lieu, celui qui fut l'entraîneur du « Buitre » (le vautour), au lycée, M. Sacristan, l'homme qui, alors que Butragueno n'était encore qu'un brillant inconnu, suivant des tribunes les matches du Mundial 1982, lui annonça: « Emilio, dans quatre ans, c'est toi qui seras sur la pelouse. » Prédiction qui se vérifia bien vite, puisque dès 1984 Emilio Butragueno se retrouvait sur le banc des remplaçants au Championnat d'Europe. Enfin, son entraîneur Miguel Munoz, qui estime qu'Emilio peut être la grande révélation du Mundial à venir et a d'ailleurs fait de lui un des piliers essentiels de son système de jeu. Malgré tout, « le Vautour» ne veut pas se laisser endormir par tout l'optimisme qui entoure sa personne et l'équipe d'Espagne. « Je remercie de tout cœur Miguel Munoz de la confiance qu'il a placée en moi, mais je crois que celle-ci est excessive, car, dans le fond, je ne suis qu'une des onze composantes de l'équipe d'Espagne. Néanmoins, je suis touché par tant de compliments, et également par le fait que le sélectionneur a toujours eu confiance' en moi, même quand je n'étais pas forcément au mieux de ma forme ».
Déjà tout petit, El Buitre portait la tunique du Réal
Voici une interview réalisée une semaine avant ce fameux Espagne-Brésil.

Emilio qu’attendez-vous de ce mondial ?
Pour l’instant, je n’ai guère eu le temps d’y penser, car la saison a vraiment été très dense. De plus je n’ai encore jamais eu l’occasion de vivre un tel évènement. Je n’ai donc aucune idée de ce qui m’attende pendant cette épreuve.

Pourtant, si on relit vos dernières déclarations, ce Mundial arrive à point nommé pour-vous. Vous avez, semble-t-il, retrouvé toute votre inspiration ?
C'est vrai, je suis avant tout un joueur qui fonde son jeu sur l'inspiration. Or, j'ai connu vers le milieu de la saison un trou noir, duquel je suis heureusement sorti. Les dernières rencontres avec le Real et la sélection m'ont permis de retrouver cette inspiration. Or, quand je 'suis inspiré, je sens que je peux réussir tout ce que j'entreprends. Je pense, en disant cela, au match de Coupe d'Europe contre l'Inter, qui constitue pour l'instant ma meilleure prestation de la saison.
Vous vous attendez, je suppose, à être très étroitement surveillé par les défenseurs adverses. Malgré cela, pensez-vous pouvoir être, selon l'expression de Munoz, la grande révélation de cette Coupe du monde mexicaine ?
Avec le Real, aussi bien en Championnat qu'en Coupe d'Europe, je suis habitué à être étroitement surveillé. Je m'attends à ce qu'il en soit de même durant le Mundial. Je suis, tout à fait préparé à affronter cette situation. Quant à être une des révélations de cette Coupe du monde, cela va dépendre en grande partie du rôle qu'y jouera la sélection espagnole. Si l'Espagne va loin, ses joueurs seront remarqués, mais si c'est le contraire qui se produit, personne ne prêtera attention à nous.

Précisément, quelles chances accordez-vous à l'équipe d'Espagne, à la veille du Mundial ?
Je pense que Miguel Munoz a su composer une bonne équipe qui aura surtout l'avantage, par rapport à beaucoup d'autres, d'être très soudée. En effet, depuis l'Euro 84, le sélectionneur a presque toujours fait appel aux mêmes hommes, ce qui est très important. On peut ainsi affirmer que l'Espagne ressemble davantage à une équipe de club qu'à une sélection nationale. Cela dit, je constate que nos résultats durant les matches de préparation ont donné lieu à un excès d'optimisme. Or, il faut savoir qu'entre une rencontre de préparation et un match officiel, il y a tout un monde. De toute façon, je crois que l'utilité première de ces performances est d'inspirer une certaine crainte à nos futurs adversaires.
Cette Coupe, comment la voyez-vous ?
Tout va dépendre, je crois, du premier tour. Bien que je n'aie aucune expérience précédente, je vois ce Mundial comme une espèce de loterie. Voyez l'exemple de l'Italie, il y a quatre ans ... Je crois que; si nous passons le premier tour, nous aurons une bonne carte à jouer pour la suite de la compétition.

A propos de ce premier tour, donnez-nous votre sentiment sur vos trois rivaux ?
Évidemment, notre plus dangereux rival reste le Brésil. Pour moi, le Brésil, c'est un peu comme le Real Madrid au niveau des clubs. Ses joueurs possèdent de telles qualités individuelles qu'ils sont capables de faire la décision à n'importe quel moment. C'est bien pour cela qu'il ne faut pas trop prêter attention aux résultats que les Brésiliens ont obtenus lors des rencontres de préparation. Je n'ai aucune référence sur le football algérien, en dehors de sa performance chez nous, en 1982. Celle-ci démontre d'ailleurs que les Africains sont capables de créer la surprise à n'importe quel moment. Quant à l'Irlande du Nord, enfin, c'est l'exemple-type du football britannique: peu commode et très stéréotypé.
Selon vous, est-ce un avantage ou un inconvénient de disputer le premier match contre le Brésil ?
On ne peut savoir. Une défaite d'entrée nous affecterait terriblement et nous jouerions nos deux autres matches sous une incroyable pression. En revanche, si nous gagnons, nous aurons alors le moral au beau fixe et, à partir de là, nous pourrons réussir de très bonnes choses. De toute façon, nous sommes capables de traiter d'égal à égal avec les Brésiliens, et, pour eux aussi, cela peut constituer un ' handicap de jouer le premier match contre l'Espagne.

A Mexico, que redoutez-vous le plus ?
Essentiellement la chaleur, car le jeu de l'Espagne se base surtout sur un fort pressing au milieu du terrain. Or, du fait de l'altitude, je ne sais pas quelles vont être nos réactions. Tout le monde dit qu'en altitude c'est le ballon qui doit courir et non pas l'homme. Or nous disposons de grands techniciens qui savent également faire courir le ballon. Et puis nous ne serons pas les seuls à subir les méfaits de l'altitude. Par conséquent, les forces s'équilibrent.
Le fait d'être arrivés si tard à Mexico ne peut-il pas représenter un handicap supplémentaire pour l'Espagne ?
On ne pouvait pas faire autrement dans la mesure où des équipes espagnoles avaient pris part aux trois finales de Coupe d'Europe. Ce qui démontre entre parenthèses que le niveau du football espagnol est loin d'être mauvais. Malgré tout, les deux défaites subies par Barcelone et l'Atlético Madrid risquent de peser sur le moral des joueurs de ces deux clubs. Mais je pense que nous serons assez forts pour faire abstraction, de ces contretemps.

Dites-nous pour finir quels sont vos favoris dans cette Coupe du monde ?
Je ne pense pas être très original en citant le Brésil, l'Argentine, la France et la RFA. Comme principaux outsiders, je vois l'Angleterre, l'Uruguay, le Mexique et l'Espagne.
Avez-vous déjà rêvé que vous étiez champion du monde ?
Jamais, mais ce serait merveilleux de le devenir.

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