Mexico 86 : La liste des 22 bleus

Le couperet est tombé le jeudi 24 avril 1986 à 16 heures 30. Ce jour là, au siège de la fédération française de football, Henri MICHEL a communiqué la liste de ses 22 sélectionnés. Analyse à chaud de cette liste, qui a fait des heureux mais aussi des déçus.


Seul devant sa feuille vierge, Henri MICHEL avait vingt-deux cases à remplir, correspondant à vingt-deux joueurs qui vont représenter la délégation officielle des joueurs français pour le Mexique. Une dernière fois en son âme et conscience, il a pesé le pour et le contre, les avantages et les inconvénients que représente le choix de l’un ou l’autre des joueurs. S’il autorise certaines satisfactions, le rôle du sélectionneur débouche aussi sur des déceptions. Même si la liste établie ne présente pas de surprises de taille, légitimement, quelques professionnels qui avaient l’espoir d’être choisis, ont dû éprouver une énorme tristesse à l’énoncé des élus. Trois gardiens, sept défenseurs, autant de milieux et cinq attaquants, Henri MICHEL a respecté l’équilibre quantitatif que nécessite une disposition en 4-4-2.


Force est de constater aussi que le sélectionneur s’est contenté de retenir trois joueurs que l’on peut considérer comme sans grande expérience internationale : Xuereb, 3 sélections), Vercruysse deux et Papin une seule. Comme on s’en doutait, et comme la logique le veut, le mondial n’est pas un banc d’essai. Confiance presque unanime a été votée au groupe des champions d’Europe. Sur les vingt garçons retenus par Hidalgo en 1984, seize vont se retrouver au Mexique. Quatre restent sur le carreau mais pour trois d’entre eux, il y a quelques mois qu’ils n’étaient plus dans la course. La disparition de Bernard Lacombe est logique, puisque l’avant centre girondin a décidé, depuis deux ans, de se consacrer uniquement à son club. La saison de Didier Six, n’a pas convaincu non plus Henri MICHEL. Six, pour l’Euro 84 avait réussi à revenir in extremis dans l'effectif Cette année il n'aura pas réussi son come back. Le retrait de Bravo n'est pas à proprement parler une surprise, puisque l'attaquant monégasque responsable ou victime de la mauvaise saison de son club, paie les pots cassés. Quant au quatrième exclu, c'est certainement celui qui était le moins bien préparé• à cette éventualité. Le Toulousain Domergue croyait dur comme fer qu'il disputerait au Mexique sa première Coupe du Monde. D'autant que Jean-François vient de réussir une excellente saison avec son club qu'il a même qualifié pour une Coupe d'Europe, celle de l’U.E.F.A., en inscrivant le pénalty de la victoire lors de la dernière journée de championnat et que, ne l'oublions pas trop vite, il avait été le sauveur de l'équipe de France contre le Portugal, en demi-finale du championnat d'Europe des Nations. Ce jour-là à Marseille, du pied gauche, il avait réussi deux buts pour l'équipe de France. Henri Michel, connaissant aussi la valeur humaine de Domergue, a certainement eu un cas de conscience douloureux, sachant en outre que ce joueur peut jouer indifféremment arrière latéral, stoppeur ou Iibéro. Seize sur vingt, soit quatre-vingts pour cent de stabilité, en l'espace de deux ans, la France possède l'un des groupes les plus homogènes au monde. L'autre cas de conscience d'Henri Michel a été constitué par le choix du troisième gardien. A part Bats et Rust qui étaient partants sûrs, cette fin de saison a vu l'apparition de jeunes numéros un de talent. Pascal Olmeta, le Toulonnais, a longtemps tenu la corde. 


Formidablement doué et spectaculaire, le Corse a peut-être été victime de son tempérament, à moins que ce ne soit certaines déclarations qui aient choqué les responsables. A la mi-février, c'est Bruno Martini qui a pris la tête des postulants. Son calme, sa discrétion, mais aussi son talent ont fait du gardien d'Auxerre le favori de beaucoup. Dans le sprint final, c'est un troisième larron qui est venu coiffer tout le monde. Le parcours exemplaire de Toulouse, meilleur club des matches retour, a servi les desseins de Philippe Bergeroo. Le Basque de Saint-Jean-de-Luz, valeur sûre de la compétition, va se retrouver à Mexico dans la position qui était la sienne pour l'Euro 84 : celle de troisième gardien. Dans le choix de Michel est intervenu aussi le fait que pendant deux mois, les joueurs vont devoir évoluer en communauté et qu'il faut avoir une habitude certaine de cette forme de vie. Philippe Bergeroo donne sur ce point toutes les garanties possibles. Le trio des gardiens étant constitué, la sélection des joueurs du champ a été moins problématique. Exception faite du cas Domergue, d'autres postulants ont été éliminés sur blessure. Léonard Specht, une première fois claqué au Havre, a vu sa cicatrice s'ouvrir à nouveau lors de la demi-finale retour de coupe de France contre Paris. José Touré, sérieusement touché au genou contre Milan, va manquer une fois encore un grand rendez- vous international. Il est le grand malchanceux de l'équipe de France. Autour de la défense type que l'on peut constituer de droite a gauche d'Ayache, Battiston, Bossis et Amoros, Henri Michel a pris deux polyvalents et un spécialiste. Le spécialiste, c'est Yvon Le Roux, suspendu d'ailleurs pour le premier match et qui a prouvé dernièrement contre l'Argentine qu'il était capable d'entrer de plain-pied et rapidement dans un match. Les polyvalents, c'est Tusseau qui peut aussi bien jouer arrière latéral que milieu défensif, et c'est Bibard qui a son rôle habituel d'arrière droit peut ajouter celui de stoppeur. Le quatuor de la ligne intermédiaire, Tigana, Fernandez, Giresse et Platini a vu ces derniers mois le renfort indiscutable de Ferreri et Vercruysse. Le Lensois peut pallier la défaillance d'un meneur de jeu et l'Auxerrois, dans un rôle encore plus offensif, peut évoluer entre le milieu el l'aile droite. Le retour de Genghini entre dans la même ligne de conduite que la sélection de Bergeroo. Le Monégasque, qui joue en position avancée avec son club, a prouvé en 1982 qu'il pouvait servir l'équipe de France en évoluant comme un milieu relayeur. C'est l'attaque qui a subi le plus grand chamboulement. Si Rocheteau en sera à sa troisième Coupe du Monde, si Bellone était présent en 82 et 84, c'est le baptême du feu pour Stopyra, Xuereb et Papin. 


Le stage de Font-Romeu devrait être décisif dans l'esprit d'Henri Michel pour dégager ses deux attaquants titulaires. Jean-Pierre Papin, qui avait bien plu contre l'Irlande du Nord, n'a pu être revu contre l'Argentine. Yannick Stopyra, comme son club toulousain, a effectué une excellente saison. On connaît son sérieux. Quant à Daniel Xuereb, le Lensois, déjà fort heureux de se retrouver là, il peut être une sorte de joker. En jetant un œil sur les autres sélections nationales, Henri Michel en avait retiré certaines conclusions. La première d'entre elles, était que ce tournoi était réservé aux joueurs d'expérience. La sélection tricolore est dans cette ligne puisque le profil type du joueur français est voisine de ces chiffres. Taille: 1,78 m : poids: 72,5 kg; âge: 27 ans ; nombre de sélections : 23. Voici la philosophie d'Henri Michel appliquée !

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