Suède-France 1989, la naissance du tandem Papin Cantona

L’autre jour je revenais sur l’exploit de l’équipe de France en URSS en 1987 pendant une période trouble de l’équipe de France qui avait du mal à gérer l’après Platini. Ce match en fait ne sera qu’une illusion dans les 2 années qui ont suivi la coupe du monde au Mexique. Henri MICHEL paye le prix de sa politique de ne prendre que les joueurs en forme du moment et après une non qualification à l’Euro 1988, il entame beaucoup trop mal les éliminatoires de la coupe du monde 1990 pour rester en place. Un match noir à Chypre, où les bleus se feront accrochés 1-1 scellera le sort du sélectionneur. Nous sommes le 22 octobre 1988 et la France doit se chercher un nouveau sélectionneur, pas longtemps, le 1er novembre 1988 Michel PLATINI prend la tête de la sélection. Il n’a pas le temps de faire des essais que déjà le 19 novembre il doit se rendre à Belgrade pour affronter l’ogre yougoslave. C’est une équipe de France méconnaissable qui tient tête aux terribles artistes yougoslaves. Les bleus mènes 2-1 au bout de 70 minutes mais le dernier ¼ d’heure sera fatal, Susic à la 76ème et Stojkovic à la 87ème donnent bien des regrets au sélectionneur pour son baptême du feu où il avait pris l’option d’aligner qu’un seul attaquant, Stéphane Paille. La trêve des confiseurs arrive et Platini va avoir un seul match amical pour faire ses essais avant les deux rencontres importantes pour le compte des éliminatoires. Un mois avant le déplacement en Ecosse, les bleus se rendent en Irlande. 

Platini procède a quelques essais et en attaque il redonne sa chance à Jean-Pierre PAPIN qui retrouve enfin des couleurs à l’OM. Car si on se souvient de ses années fastes à l’OM, il ne faut pas oublier que ses débuts sur la Canebière furent difficiles. Après une saison pleine en Belgique (voir le sujet sur JPP : L’intégrale et son éclosion à Bruges) il sort d’une coupe du monde décevante. Titulaire au départ, il perdra sa place au profit d’un Yannick STOPYRA étincelant et plus complet que JPP. Le buteur n’est pas encore le tueur des surfaces, qui fait des papinades à la chaine. Il vendange beaucoup trop d’occasions lors des deux premiers matchs face au Canada et l’URSS et laissera filer sa chance chez les bleus. Henri MICHEL ne lui fais plus confiance et le cantonne de temps en temps à un rôle de remplaçant. Donc à Dublin, avec la paire Paille - Papin en attaque (puis José TOURÉ en 2ème mi-temps à la place de Paille) l’équipe de France ramène un triste 0-0 de Dublin. Le déplacement à Glasgow sera bien pire, le doublé du nantais Mo Johnston est une véritable douche écossaise et élimine quasiment les bleus. Platini avait choisi le tandem Xuereb-Papin en attaque mais on ne les aura pas vus de la rencontre quasiment. Pour recevoir la Yougoslavie au Parc des Princes, PLATINI essaye le tandem Xuereb-Paille mais là aussi sans succès et 3ème match sans buts pour les français (0-0) et surtout très peu d’occasions.

Nous sommes au mois d’avril 1989 et la saison 1988-89 des bleus est terminée, tout comme les espoirs d’aller au mondial italien aussi. Du coup Platini se fixe un objectif préparer la nouvelle génération et se qualifier pour l’Euro suédois de 1992 et justement le chemin démarre de Malmöe en Suède, ça tombe bien. Le 16 août 1989 l’équipe de France se rend en Suède pour une rencontre amicale et Platini profite qu’une nouvelle saison démarre pour faire des essais. Si seul Eric Di Meco s’offre sa première cape ce jour là, beaucoup de joueurs vont gagner leurs galons de titulaires sous le règne du sélectionneur Platini. Je pense à Franck Sauzée et au tout jeune Didier Deschamps (2ème sélection) dans le secteur défensif et à la récupération et en attaque cela concerne trois joueurs qui vont marquer la campagne des éliminatoires de l’Euro 1992, le trio Christian Perez, Jean-Pierre Papin et Eric Cantona. C’est le grand retour de Cantona chez les bleus après une suspension pour avoir traité Henri MICHEL de sac à merde. Pourtant c’est Henri Michel qui titularisera les deux joueurs ensemble pour la première fois. Le 12 août 1987, la France se rend en RFA pour une rencontre amicale face aux vice-champions du monde. Le tandem Papin-Canto démarre la rencontre, plutôt mal d’ailleurs, au bout de 9 minutes, Rudi VOLLER a déjà frappé deux fois. Canto réduit la marque juste avant la mi-temps mais Henri MICHEL n’est pas convaincu et remplace juste après la pause JPP par Gérard BUSCHER (un des innombrables attaquants qu’essayera MICHEL de 1986 à fin 88, un jour je ferais un sujet sur cette liste longue comme une journée d’été sans bière). Comme on l’a vu plus haut, le JPP de l’OM ne convainc plus Henri MICHEL qui était sous le charme du JPP de Bruges puis c’est CANTONA qui le décevra en osant une comparaison métaphorique de besace à excréments en septembre 1988 et sera suspendu par la Fédération jusqu’au 1er juillet 1989 ! 

Donc durant l’été 1989, PLATINI remet au goût du jour le tandem Papin-Cantona grâce à la levée de suspension de Canto et aussi parce que JPP vient de réaliser une saison de feu avec l’OM. D’ailleurs c’est l’OM qui, avant Platini, associera de nouveau les deux hommes mais là aussi sans guère de succès. Il faut dire que Cantona, malgré plusieurs tentatives, n’arrivera jamais à s’imposer dans le club de sa ville natale et comme on peut le lire à droite et à gauche aux motifs d’obscures raisons. Moi j’aurais plutôt tendance à dire que le caractère bien trempé de Canto ne passait pas avec l’obscur Goethals et l’obscur Tapie mais bon. Donc c’est au cours de l'été 1989 que Platini reforme le tandem Papin-Cantona. Pour les alimenter en ballons, il choisit d’évoluer avec deux meneurs de jeu, à droite Jean-Marc Ferreri et à gauche Christian Perez. La consigne de Platini est simple, il demande à ses joueurs avant la rencontre de se créer des occases en toute simplicité, plus facile à dire qu'à faire tout de même. Le match débute bien, les bleus contrôlent bien le ballon au milieu de terrain, la paire Bernard Pardo – Didier Deschamps est efficace et trouve rapidement Perez et Ferreri qui posent beaucoup de problèmes aux suédois par leurs percussions. Hélas devant Papin et Canto ne se trouve pas, avec toujours une passe trop molle ou un contrôle trop long à l’approche de la surface mais les attentions sont là et les deux hommes se cherchent. 

Contre le cour du jeu pourtant c’est les scandinaves qui mènent à la pause, le suédois Jonas THERN d’une frappe splendide à profité de la passivité de la défense française sur un coup franc rapidement joué. La seconde mi-temps redémarre sous des trombes d’eau et bout de quelques secondes, l’arbitre interrompt la rencontre et ramène tout le monde aux vestiaires. Après la pluie le beau temps certes mais une pelouse détrempée qui va faire les affaires des bleus et les malheurs de Thomas Ravelli. La France marque coup sur coup au retour des vestiaires, les deux fois sur des attaques menées à 100 à l’heure et avec Christian Perez comme détonateur, à mon sens, le parisien fût l’homme du match. Canto sur une frappe de Perez relâché par le portier suédois, puis Papin sur un centre de Perez donne l’avantage aux 57ème et 61ème minutes. En fin de match sur une passe de Canto, Papin donne de l’air puis c’est au tour de Canto sur un centre du remplaçant Laurent Blanc de porter la marque définitive à 2-4 pour l’équipe de France. Avec ces doublés respectifs le tandem Papin-Canto était né, voici en vidéos les 4 buts de ce duo infernal, qui sera considéré par la suite comme la meilleure paire d’attaquants en Europe.





Platini, satisfait après la rencontre, sait qu’il tient son attaque, il sait aussi qu’avec Christian Perez, il tient un magnifique pourvoyeur de ballons pour ses deux attaquants qui adorent le jeu direct et les contre attaques. Platini du coup, contrairement à Henri MICHEL, maintiendra son duo d’attaquants quoi qu’il advienne, surtout pour Canto. En effet, avant d’être exilé en Angleterre et de devenir le King, Cantona connait des heures sombres en France, baladé de club en club, Marseille, Bordeaux, Montpellier, Marseille, Nîmes, il ne sera pas toujours titulaire en club mais Platini continuera tout de même de le convoquer avec succès. Même l’incident à Nîmes où il balance un ballon sur l’arbitre avant de décider de se retirer du football ne lui sera pas préjudiciable chez les tricolores et de toute façon il rebondira en Angleterre avec le succès qu’on connait.

Avec cette paire d’attaquants, les bleus de Platini, qui connait alors sa première victoire en Suède en tant que sélectionneur, vont réaliser une série incroyable lors des 3 saisons suivantes. Invaincus pendant 18 matchs avec 16 victoires ils ne s’inclineront que lors d’un match amical à Wembley face à l’Angleterre en 1992. L’Euro suédois en revanche sera une déception après une campagne d’éliminatoires parfaites : 8 matchs et 8 victoires dans un groupe très relevé avec l’Espagne et la Tchécoslovaquie. Platini ne l’accepte pas et démissionne, C’est son adjoint, Gérard Houiller qui prend la suite et maintient en place le duo Papin Cantona qui continue à faire des siennes jusqu’en 1993. Le duo s’éteindra en même temps que leurs rêves américains, un soir de novembre 1993 avec cette frappe improbable d'un certain Emil Kostadinov. Houiller parti c’est à Aimé Jacquet de prendre l’héritage des bleus, mais ce dernier ne fera que très peu confiance aux deux hommes de l’attaque des bleus depuis maintenant 5 ans. Si JPP, revenu aus affaires tircolores après une première pré-retraite internationale suite au camouflet bulgare, est plus souvent à l’infirmerie que sur les terrains, c'est le choix de ne pas retenir le King Eric, qui lui fera couler beaucoup d’encres, surtout chez nos amis britanniques. Mais bon en ce qui concerne Aimé Jacquet et ses choix, les faits ont prouvé qu’il n’avait pas besoin d’avoir deux superbes attaquants pour être champion du monde, il n'en a même pas eu besoin d'un seul d'ailleurs !

P.S : Henry et Trézeguet étaient des attaquants espoirs en 1998
P.S : Le match Suède-France fût l'un des rares matchs de l'équipe de France a être diffusé en exclusivité sur Canal +
P.S : Si le match marque le retour d'Eric CANTONA en attaque il marque aussi le retour du grand Yvon LE ROUX en défense après plus d'un an d'absence. Le champion d'Europe 1984 ne sera jamais rentré dans les plans d'Henri MICHEL.

P.S : Lors du grand sondage Old School Panini pour élire la meilleure équipe de France de l'histoire en décembre 2010, vous aviez alors choisi la paire Papin Cantona comme titulaires en attaque (voir le sujet sur l'élection des 2 meilleurs attaquants de l'histoire de l'équipe de France)
P.S : Au final dans cette meilleure équipe de France de l'histoire selon les lecteurs d'Old School Panini, il y avait en Suède ce jour là, 5 joueurs titulaires dans le meilleur 11 de l'histoire : Manu Amoros, Laurent Blanc, Didier Deschamps, Jean-pierre Papin et Eric Cantona ainsi que 3 remplaçants : Joël Bats, Yvon Le Roux et Franck Sauzée. Comme quoi cette équipe version Platini sélectionneur nous avait bien marqué et on peut regretter qu'il ait démissionné après l'Euro, car moi je suis sûr qu'avec Paltini toujours à la tête des bleus, ce but de Kostadinov, il aurait été sans aucune importance car on aurait jamais perdu contre Israël auparavant.

5 commentaires:

  1. ouais mais bon si ya pas kostadinov, ya pas jacquet et la reconstruction de l'equipe qui va avec (platini aurait surement continué a faire evoluer son groupe doucement) et les titres par la suite ...

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  2. Personnellement je pense que si la France a été championne du monde c'est grâce à l'arrêt Bosman. Car l'équipe de 98 est dans son noyau dur, composé de joueurs qui évoluent en Italie, et le calcio leur a appris à pas perdre. Car si on prend les techniciens ou les joueurs ils étaient aussi fort en 98 qu'en 92 qu'en 84, non ?
    C'est mon point de vue (mais j'adore en discuter)

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  3. pour moi la différence entre 1998 et 1982 ou 1986, c'est tout simplement le facteur "chance du champion" qui joue énormément sur une coupe du monde ou un euro...

    En 1982, c'est la frappe d'amoros sur la barre à la 92ème... et en 1986, c'est le parcours jusqu'en demi, avec l'Italie et le Brésil... Contre les allemands, le contexte psychologique était trop fort
    Après, la reconstruction de l'équipe post 93, c'est un peu un mythe,enfin en dehors des cas emblématiques de Cantona et Ginola, pour le reste ca s'est fait doucement (Di Meco est allé jusqu'à l'Euro, Blanc, deschamps ont continué..etc). L'échec de 93 c'est une préparation naze (du moins d'après ce qu'en ont dit quelques protagonistes comme Lama)

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  4. Merci de ton commentaire que je partage grandement. En 93 il a souvent été évoqué aussi des tension entre parisiens et marseillais dans le groupe France

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  5. Bel article! quand tu parles de l’équipe de France post 1986 j'ai l'impression que celle de Laurent Blanc lui ressemble...j'espère qu'elle sera plus proche de celle de Jacquet

    Cette équipe de 1993 sauf Zidane et Djorkaeff est de loin meilleure que celle de 1998...cette dernière ayant un bien meilleure état d'esprit

    Concernant la culture de la gagne je suis pas d'accord avec toi l'arrêt Bosman a bien aidé certes, mais les Marseillais en 1993 sont champions d'Europe (ils savent ce qu'est gagner), les Parisiens et Auxerrois demi finalistes...la France doit aller aux USA!! lol

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