Oscar Victor TROSSERO mort dans un vestiaire !

Une histoire incroyable que j’ai découverte sur le forum de Foot Nostalgie, c’est BUKOVI qui à travers les journaux qu’il récupère de ses périples à Buenos Aires livre une biographie titanesque sur ce joueur. Plus fort que de laver les écuries d’Augias, Bukovi balaye la carrière de Victor TROSSERO de A à Z. de son parcours dans les équipes de jeunes, le centre de formation de Boca Juniors mais aussi l’ascension en Europe avec son passage au FC Nantes (champion de France 1980 et vainqueur de la coupe de France 1979) jusqu’à son dernier match, son dernier souffle. Un travail fantastique que vous trouverez sur cette page : Le topic Foot Nos d’Oscar Victor TROSSERO. Ici je ne vais pas reprendre ce qu’a fait Bukovi car un je n’ai rien à y ajouter et deux j’ai pas assez d’images pour illustrer les dizaines de pages qu’il a écrit sur ce joueur incroybale surnommé le Puma en raison de ses qualités de buteur et de joueur athlétique. En revanche je vous invite tous à lire son témoignage, c’est prenant et passionnant. Vous trouverez sur Old School Panini seulement l’article qu’il a trouvé dans la revue Grafico de 1983 qui relate la mort étrange et dramatique de Victor TROSSERO, ainsi qu’un autoportrait du joueur sortir dans la revue Onze en 1978 lors de son passage et ses débuts à Nantes.


La mort étrange d’Oscar Victor TROSSERO

Voici le récit de Grafico (revue de foot argentine) que Bukovi a retrouvé et traduit :

Il est 19h49 lorsque le match entre River Plate et Rosario Central prend fin. Il suffira de 5 minutes supplémentaires pour transformer cette défaite anecdotique de River Plate en une tragédie inoubliable. Auparavant, peu de choses à raconter. River avait joué à 10 suite à l'expulsion de Gallego son capitaine. En deuxième mi-temps, menés par deux buts à zéro, ils luttèrent intensément pour refaire leur retard. Nito (le surnom de Trossero) fut l'un des plus obstinés. Il manquait huit minutes à la fin du match lorsqu'il reçut un coup dans le ventre involontaire au cours d'une phase de jeu. L'arbitre lui demanda s'il avait besoin d'un médecin et il lui répondit que non. Le coup de sifflet final arriva sur le score de 2 à 1 pour Central qui jouait sur son terrain. Puis le tunnel, les vestiaires. Il se déshabilla rapidement, certains de ses coéquipiers se souviennent l'avoir vu avec les mains sur la nuque qui remuait la tête, mais cela passa inaperçu. A la fin d'un match, la douleur fait ses effets sur tout le monde, ne serait-ce qu'en raison de la fatigue...
Il entra dans la première douche, tourna le bouton de l’eau froide demanda du shampoing, Goycochea lui passa. Il échangea quelques paroles avec Gallego… Merlo, Nieto et Tapia étaient là aussi. Il retourna sous la douche, il avait du attendre un peu car personne n’avait activé les douches, quelques secondes passèrent puis il s’adossa à l’un des murs de la douche, commença à perdre connaissance et à s’affaisser… Le petit Tapia le vit de l’autre coté de la douche « Nito ne se sent pas bien ! » Ses équipiers le prirent avant qu’il n’ait pu tomber au sol. Ils le couchèrent sur les bancs des douches, il était inerte. Les docteurs de River, Paldino et Seveso commencèrent à lui faire des massages cardiaques, la respiration au bouche à bouche, des piqures… Il n’eut aucune réaction. Patrick Noher (le directeur général de River Plate) sortit précipitamment pour demander une ambulance. Elle arriva en quelques secondes. A 20h05 il était aux urgences de la Polyclinique Pami de Rosario. Le vestiaire qui pendant quelques minutes avait ressemblé à un asile de fous rempli de cris, d’invectives et courses folles, était maintenant silencieux, peuplé d’ombres affligées ignares de la vérité définitive. 

Oscar Victor TROSSERO lors de son dernier match !
Le témoignage du docteur Paladino est fondamental : « J’étais en train de me rafraichir à coté de Commisso. Tout d’un coup, j’entends des cris bizarres, comme désespérés. Nous avons réagi immédiatement. Je dois dire que sur l’instant j’ai cru à une lipothymie (malaise sans perte de connaissances). Mais, à la vérité, le cadre général laissait pensait à autre chose. Quand il s’est affalé, il était déjà mort. Le vestiaire ressemblait à un asile de fous à cause de l’état émotif des joueurs. Ils criaient, certains répétaient à tue-tête : « ¡Vamos, Nito, vamos ! » (allez, Nito, allez) Tous n’avaient d’yeux que pour Seveso et moi… Le gosse (il parle de Trossero) ne réagissait pas, il était d’une pâleur extrême, son pouls ne répondait pas, aucun battement cardiaque, aucun réflexe oculaire ou mydriase (la dilatation des pupilles). »
- L’ambulance est arrivée ensuite ?
« Oui, sur le champ. Les secouristes se sont vraiment très bien comportés, comme de vrais professionnels. Pour nous, il était déjà mort, mais ce n’était qu’une supposition. Seveso et moi l’avons accompagné dans l’ambulance. Les joueurs et leurs familles qui étaient dans les tribunes nous ont ensuite rejoint. Mais la véritable cause du décès, seule une autopsie aurait pu la définir. »
- Pourquoi n’a-t-on pas procédé à une d’autopsie ?
« Parce que personne ne l’a demandée. Il s’agit d’un décès douteux pour ce qui est du diagnostic mais d’un point de vue légal tout est clair. Nous ne pouvions pas demander à ce que l’on fasse une autopsie simplement pour satisfaire notre curiosité médicale alors que la famille ne le souhaitait pas. Pour ce qui est de la cause du décès deux suppositions sont à envisager : soit un infarctus soit une rupture d’anévrisme ».
Le médecin du club répond dans le Gráfico: « Aujourd'hui, les calomniateurs et les gens à la recherches de scoop s'en donnent à cœur joie avec des projections absurdes »

C’est vrai que là-dessus, je confirme que lorsque vous tapez sur internet le nom d’Oscar Victor TROSSERO on trouve souvent des sujets sur le dopage et son nom y est associé sans aucune forme de preuves ou de témoignages. Certes la mort de TROSSERO est étrange et inexpliquée mais ça ne veut pas dire suspecte ! Et partout où il est passé, ses co-équipiers témoignent d’un joueur stressé, angoissé au-delà du raisonnable mais en aucun cas qu’il prenait des substances illicites. GRAFICO confirme ses tendances paranoïaques et son caractère tourmenté, le magazine argentin raconte qu’il état dans un état de stress incroyable et de paranoïa absolue les jours avant le drame. Il est vrai que la onzième saison professionnelle de Trossero, dans un club très huppé comme River Plate, fut selon le livre « 105. Historia de un siglo rojo y blanco » la pire saison dans l'histoire professionnelle de River Plate, qui termina 18ème sur 19 clubs de première division et ne se sauva que grâce à l'instauration d'un nouveau système de promotion et relégation. Une saison qui fut émaillée d'incidents entre les joueurs et les dirigeants et au sein de l'équipe avec des conflits pour des salaires non perçus. Les pros refusèrent de jouer sept matches. Les supporters refusèrent de soutenir les joueurs, les conspuant et désertant le stade. Si Trossero avait bien débuté la saison en marquant un but lors des trois premiers matches de la saison. Il n'en avait plus marqué que deux lors des onze matches suivants et cela lui tenait très à cœur. En outre le journal confie que quelques jours avant le match il s’était rendu à la police pour porter plainte contre un voisin qui jouait du piano à toutes les heures du jour et de la nuit. Cet état de stress est une des pistes suivies par les médecins, qui en effet penchent vraisemblablement pour une rupture d’anévrisme et l’hypertension artérielle qui, par les coups de pression engendrés au niveau de la zone fragilisée, entraîne une augmentation de la taille de l’anévrisme. TROSSERO nous a quitté brutalement après une défaite de trop, il venait d’avoir seulement 31 ans.

Mais qui était Oscar Victor TROSSERO ?

Petite autobiographie sortit dans un Onze de 1978 pour découvrir ce nouveau joueur inconnu du public français :

« Ici (la France) c’est un autre monde. Mais j’étais certain depuis longtemps que je le découvrirais grâce au football. C’est à Cannes en 1972 (pour un tournoi international) que cette idée m’est venue. J’étais avant-centre de l’équipe junior d’Argentine qui a perdu en finale 2-1 contre le Brésil. J’avais marqué le but argentin et je m’étais dit "C’est bizarre je sens que mon destin me ramènera vers ce pays". Six ans plus tard la prémonition s’est confirmée. En 1972 après ce tournoi, j’ai quitté mes parents avec lesquels je travaillais aux champs, dans la province de Santa Fé, pour devenir pensionnaire de la « candela » (centre de formation) de Boca Juniors. Curioni, qui allait devenir nantais un an plus tard, me barrait au poste d’avant-centre mais j’ai tout de même disputé quelques matchs en équipe fanion. Puis en 1974 j’ai été transféré au Racing club de Avallaneda, un grand club qui en 1967 remporta la coupe intercontinentale devant le Celtic de Glasgow. Quittant la « Candela » où nous étions choyés pour m’installer dans une chambre en ville où j’étais désorienté. Je me couchais trop tard, je mangeais mal et j’ai traversé une sale période ? J’étais à peine âgé de 20 ans, aussi ai-je été heureux de voir l’Union de Santa Fé s’intéresser à moi. L’Union Santa Fé venait de remporter le championnat de division 2 et j’avais comme co-équipier le gardien Hugo GATTI et l’ailier gauche Léopold LUQUE. Je me suis marié et j’ai fait une très bonne saison sans marquer toutefois de nombreux buts. La saison suivante par contre (1976-77) a été ma meilleure. Je fus 5ème buteur du championnat métropolitain avec 19 buts et meilleur goleador du championnat national en marquant 11 fois en 20 matchs. Petite parenthèse sur la complexité du championnat argentin : Deux compétitions remplacent le championnat. Le championnat métropolitain qui réunit les équipes du grand Buenos Aires de Rosario et Santa Fe est disputé durant la première partie de la saison (le nombre des participants varie de 18 à 22) ensuite un championnat national qui réunit aussi les champions des différentes provinces est disputé en poules avec demi-finales et finale. Le Metropolitano durera jusqu'en 1984 avant qu'un nouveau championnat unique, auquel participent les équipes de tout le pays, ne soit créé en 1985-86.

La saison suivante promettait beaucoup. J’avais déjà marqué 18 buts en 24 rencontres lorsqu’un défenseur sur un mauvais tacle, m’a coupé les ligaments externes de la cheville droite. Opéré, j’ai du rester 3 mois sans jouer et ça m’a coûté ma place dans les 22 pour le mondial 78 (Depuis juin 1977 il apparait dans le groupe de Luis César MENOTTI et il remplacera même Léopold LUQUE lors du fameux match de la Bombonera face à la France, voir le sujet sur les carnets sud-américains de l’équipe de France lors de l’été 1977). Cette saison là en 18 matchs, soit à peu près la moitié du championnat métropolitain, j’avais marqué 18 fois et Menotti qui m’avait retenu 4 fois en sélection contre la France, La Yougoslavie, l’Ecosse et l’Angleterre, avant ma blessure, m’a recommandé à Budzinski. Je suis monté à Buenos Aires le rencontrer à l’Hôtel Sheraton et après 3 jours de négociations j’ai signé au FC Nantes. Depuis je nage dans le bonheur car c’est une consécration pour un argentin que de jouer en France. Quand nous rentrons au pays, pendant les vacances, nous sommes considérés comme des vedettes. Le label français impressionne à Buenos Aires ».
La suite sera plus compliqué tout de même au FC Nantes bien que TROSSERO impressionnera tout son monde et régalera le public de Saupin lors de ses sorties. Oscar Victor TROSSERO (qui deviendra Victor TROSSERO, Oscar étant déjà pris par les argentins du FC Nantes avec Oscar MULLER) débarque dans une maison en crise qui n’a pas les résultats dignes de son statut avec de grosses carences offensives. Le PUMA va vite les combler ces carences et de fait l’international Eric PECOUT part jouer avec la réserve. Pour son premier match devant son nouveau public, Nantes étrille le SCO d’Angers 5-0 avec un triplé de TROSSERO ! Voici ce qu’on pouvait lire dans le France Football qui suivait cette rencontre : « Le derby a régénéré les canaris. Sous l'impulsion de la nouvelle recrue argentine Trossero, les hommes de Jean Vincent ont retrouvé leur allant face à une formation angevine qui donna une excellente réplique, en particulier en première mi-temps. (...)
La nouvelle formule avec deux avant-centres (Trossero et Pécout), mise au point par Jean Vincent, a tourné à plein régime, puisque Trossero a inscrit trois buts, dont un penalty, et Eric Pécout, un. Le succès de celle-ci demande cependant confirmation. Et ce, surtout, à l'extérieur.
L'Argentin Trossero était particulièrement surveillé par les supporters canaris. Il n'a pas raté son entrée sur la pelouse locale. A vrai dire, on ne pouvait rêver meilleure entrée. Outre ses trois réalisations, la nouvelle recrue a démontré des qualités certaines dans le jeu collectif, remises instantanées, une-deux, tout l'arsenal d'un avant-centre complet, bien qu'il soit porteur du numéro dix, Pécout ayant gardé le numéro neuf »


TROSSERO réussit ses débuts et marque 6 fois lors de ses 3 premiers matchs, le public nantais est conquis mais Jean VINCENT, le coach nantais n’arrive pas à trouver la solution pour équilibrer son équipe et sacrifie PECOUT pour renforcer son milieu de terrain. Va s’en suivre un conflit de vestiaire, avec des joueurs de souche nantaise qui vont faire front avec leur co-équipier contre le choix de leur entraineur. Et voici ce qu’on pouvait lire à l’époque. « Le climat est en outre empoisonné par l’arrivée de Victor Trossero, « le Puma de Santa Fe ». Le pauvre Victor n’y est évidemment pour rien : on l’a acheté, il est venu, c’est tout. Il ne va pas plus loin et de toute évidence, c’est un avant-centre de talent contrairement à un Triantafilos. Il a de la technique, de l’opportunisme, de la souplesse, de la puissance dans le coup de reins et le sens du but. D’ailleurs pour sa première sortie à Marcel-Saupin, il réussit la bagatelle de trois buts aux dépens du gardien angevin Pascal Janin. On imagine l’ambiance… Ou plutôt, on ne l’imagine pas tout de suite… car il y a ce qui se passe dans les tribunes, où on ne discerne parfois que de façon superficielle des événements, et ce qui se déroule au sein de l’équipe»
Le public lui a bel et bien pris cause pour l’argentin, lors de la 14ème journée, TROSSERO est remplacé par PECOUT sous les huées de SAUPIN. Victor TROSSERO régale le public nantais pas sa subtilité, son esprit de décision et son aisance technique. En outre son efficacité est arrivée au meilleur moment dans une équipe qui balbutiait son football. Mais la roue va tournée et le hasard frappé lourdement l’attaquant argentin au profit d’une bénigne blessure à la cheville. Lors d’un match sans histoire face à Valenciennes, Nantes ouvre le score rapidement, toujours par l’intenable Puma, mais à la 35ème minute lors d’un choc avec le gardien, verdict : entorse de la cheville et un mois d’indisponibilité.

Des entrainements sous tension à la Jonelière
Pendant ce temps là en coulisses les choses ce sont agités, Jean VINCENT se voit affublé d’un adjoint en la personne de Jean-Claude SUAUDEAU, celui va imposer certains choix notamment avec les ailiers Amisse et Baronchelli et fait reculer Henri MICHEL en défense centrale. Devant sans l’argentin c’est PECOUT qui sort de la réserve et cela apaisait un vestiaire qui grondait. Les résultats suivent et l’efficacité nantaise est retrouvée, les 3 devants réalisent des cartons et quand TROSSERO reviendra il n’aura plus jamais sa chance malgré son bilan incroyable de début de saison. Il devra se contenter de bouts de matchs ! TROSSERO est sacrifié pour le bien de l’équipe et il réagit en grand professionnel, acceptant les choix de l’entraineur et donnant le maximum à chaque rentrée. Au final il contribuera à la première victoire des canaris en coupe de France (1979) ainsi qu’au titre de champion l’année suivante (1980).


Mais un joueur de sa trempe ne peut pas rester un joker éternellement et après le titre de champion il file vers une très grosse écurie du championnat : L’AS Monaco. IL marquera 18 buts en championnat mais filera la saison suivante chez le jeune club ambitieux de Montpellier tout juste promu. L’équipe ne trouvera jamais sa voie et redescendra illico ; Oscar Victor TROSSERO décide de rentrer au pays et ce par la grande porte, il signe alors dans le meilleur club du pays à l’époque : River Plate mais vous connaissez maintenant la suite.

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