Philippe FARGEON


Philippe FARGEON est né en Haute-Savoie mais se fera connaitre en Suisse, lui qui a longtemps hésité entre le foot et le judo. «J'étais très pénible, je me battais tout le temps. J'avais besoin de m'extérioriser. C'est pourquoi j'aimais bien le judo. J'avais même gagné des concours. Pourtant, j'étais toujours plus petit que les autres» mais sa passion pour le ballon rond était plus dévorante, à 9 ans alors qu’il prend sa première licence au FC Ambilly, il rentre à la maison après le premier entrainement et balance d’un ton déterminé à ses parents « je serais footballeur professionnel et rien d’autre ». A 14 ans il passe la frontière et se rend en Suisse où il intègre le centre de formation du club de CAROUGE, dans la banlieue de Genève. I gravit les échelons et intègre l’équipe première qui lutte pour accéder à la D2 du championnat helvétique (bon je sais pour l’instant ça fait pas trop rêver). Lorsqu’enfin CAROUGE monte en 2ème division suisse, un certain Guy ROUX qui a des antennes partout repère le jeune homme et c’est à l’AJA que Fargeon va réaliser la prophétie qu’il avait annoncé à ses parents : Il va passer joueur professionnel. 

Nous sommes en 1984 et la concurrence va être très rude pour les attaquants en bourgogne, le petit Philippe doit se battre avec Andrzej Szarmach (voir l’article sur Andrzej SZARMACH), Eric Cantona, Patrice Garande, Roger Boli ou encore Pascal Vahirua pour arracher un peu de temps de jeu. La concurrence est rude et de l’aveu de Fargeon « des 6 attaquants je n’étais pas le meilleur », remarquable lucidité tout de même. En outre dans le système auxerrois, les produits maison passent toujours avant les pièces rapportés à moins d’être véritablement au-dessus tel Szarmach. Philippe est de trop et il le sait, lui qui n’arrive même plus à grappiller du temps de jeu en réserve en division 3. Il songeait un instant à arrêter le foot, à reprendre ses études de comptabilité informatique. Puis se remémorait son vœu, à l'école d'Ambilly. «Oui, je serai pro. Et si ce n'est pas en France, ce sera en Suisse». En Suisse certains n’ont pas la mémoire courte, tel l’entraineur hongrois de l'AC Bellinzona, club de D2 suisse, PAZMANDY qui avait déjà observe Fargeon lorsqu’il entrainait le Servette de Genève. En Division 2 helvétique, Fargeon se sent pousser des ailes et plante 24 pions dont celui synonyme de montée lors du derby face à Lugano à deux journées de la fin. Fargeon devient, au cœurs des Alpes, l’idole des foules et remis en confiance par in entraineur en or : « Pazmandy m’a énormément aidé. Il pensait plus à moi qu’à son club ». A l’été 86 Bellinzona célèbre des grands débuts parmi l’élite et notre savoyard partait à l’encontre de nouveaux portiers avec toujours la même réussite dans ces duels. Les Matchs allers se terminent et Fargeon avec 10 buts en 15 matchs est la sensation du championnat. La formation de PAZMANDY est sur un nuage, 3ème et virtuellement européen, une affluence de 15 000 personnes au stade à chaque match alors que la ville compte…. 15 000 âmes. 

L’écho de cette réussite était renvoyé par les cimes jusqu’en France, au point d’interpeler un certain Didier COUECOU, ancien attaquant, entre autre, des Girondins de Bordeaux pour qui il officie en quête d’un attaquant pour compléter l’effectif suite aux échéances européennes du printemps. COUECOU débarque en Suisse et voit les dirigeants et Fargeon repousser les offres du club italien de Côme, Couecou lui sera plus efficace et va ramener Philippe FARGEON en France pour la seconde moitié du championnat de France 1986/87. Et pourtant juste avant de donner son accord Philippe FARGEON s'interrogeait. «Pourquoi aller voir ailleurs? Je me le demandais. Une minute avant de signer mon contrat, j'avais d'ailleurs dit non à Bordeaux. Je ne voulais pas en être prisonnier. Je me souvenais d'Auxerre». Les Girondins rajoutaient alors une clause, à sa demande. Si Philippe ne jouait pas dix matches dans la saison, il serait libre de repartir où il voulait, sans indemnité à verser de la part du club acquéreur. « Là, j'ai vraiment compris à qui j'avais affaire. Compte tenu de ce que Bordeaux avait dû verser à Bellinzona, c'était fort d'accepter ça. » En une minute, son destin avait de nouveau franchi la frontière. Philippe quittait donc la Suisse, sa Suisse, où il réussissait toutefois l'exploit de provoquer une manif. «Quand les supporters de Bellinzona ont appris ça, ils sont descendus dans la rue. Nous étions troisièmes, européens. Ils ne comprenaient pas qu'on me lâche à ce moment-là. Le comité directeur du club a dû tenir une conférence de presse ». Philippe avait signé un mercredi à Bordeaux. Le soir même, Aimé Jacquet l'emmenait pour un footing en forêt, d’ailleurs Aimé Jacquet explique sa venue à Bordeaux : « il jouait à Bellinzona, un club qu'il a grandement contribué à faire monter en D1 cette saison. Nous étions à la recherche d'un buteur. Il a attiré notre attention en marquant cet automne 10 buts en 15 matchs. Il avait vécu une expérience malheureuse à Auxerre il y a 2 saisons et n'était pas très chaud de revenir en France. Il a décidé de tenter l'aventure et il ne le regrette pas ... » Le vendredi, il était titulaire. Contre Lille. Auxerre affrontait simultanément le Paris-SG, au Parc. Pressé de questions sur son ancien « protégé», Guy Roux jouait plutôt en défense, mais s'en sortait par un contre. « Tenez, ce soir, je suis sûr qu'il va marquer. » Après vingt et une minutes de jeu, Bordeaux demandait l'antenne. Fargeon venait de signer son entrée ... Philippe remettait ça au match suivant, au Parc, face au Racing (un super retourné dans la surface de réparation)  


« Il n'y avait que des bons joueurs autour de moi. Ce soir-là, j'ai compris que j'allais réussir un truc à Bordeaux. » Et c’est clair que Fargeon réalisa un gros truc en Gironde, par son enthousiasme mais surtout ses buts il va propulser Bordeaux à réaliser la meilleure saison de son histoire. Avec 15 buts en 18 matchs de championnat il permet à Bordeaux d’être champion de France pour la 3ème fois en 4 ans, en coupe de France il marque 5 fois en 10 matchs dont ce but en finale qui permettra aux girondins de l’emporter 2-0 sur leur rival direct en championnat l’OM :

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Voilà comment FARGEON décrit son but : « c'est agréable et jouissif de marquer un but en finale et, de plus, le jour de son anniversaire mais n'importe quel avant-centre aurait pu le marquer. Certains l'auraient même marqué du premier coup. Quand je me suis présenté seul face à Bell, j'ai hésité. Il a pu repousser mon tir. Malheureusement pour lui, sur ma tête … ».

Doublé coupe-championnat et une demi-finale de coupe d’Europe. FARGEON pour sa première campagne européenne inscrit un but en 4 matchs mais les girondins s’inclinent aux tirs aux buts à Leipzig. C’est la pauvre Zoran VUJOVIC qui loupera son tir (voir l’article sur les Frères VUJOVIC) après que plusieurs joueurs ont refusé de prendre leurs responsabilités dont FARGEON qui s’en accusera par la suite (voir conclusion de cet article, plus bas).
6 mois pleins pour ce joueur inconnu à qui s’ouvrent tout naturellement les portes de l’équipe de France, FARGEON portera 7 fois la tunique bleue et inscrira 2 buts mais alors que tout lui sourit la saison 1987/88 sera moins prolifique. Fargeon fait la saison entière cette fois-ci, il est un titulaire indiscutable en attaque avec Zlatko VUJOVIC. Moins en réussite il plante néanmoins 13 buts en championnat, grosse baisse de son ratio mais pas mal à une époque où les buteurs marquent peu. FARGEON est 4ème au classement des buteurs derrière JPP qui caracole en tête avec un faible 19 buts également. En fait Fargeon va surtout payer son inefficacité au plan européen. Bordeaux termine second du championnat derrière Monaco mais perd de justesse en coupe d’Europe des Clubs Champions face au futur vainqueur de l’épreuve : le PSV Eindhoven. L’ambition girondine et surtout du président BEZ est de devenir le premier club français à gagner une coupe d’Europe, et le truculent président bordelais accepte mal cet échec. Exit Vujovic et Fargeon et bienvenus aux internationaux confirmés : Stopyra et Clive Allen. FARGEON lui retourne en Suisse mais s’il il retrouve un pays et un championnat qu’il connait bien, il ne retrouve plus son efficacité. C’est Roland COURBIS qui va sentir le coup et le faire revenir en France après une saison à Genève. Fargeon est toujours aussi muet dans le Var et tente alors le come-back ! 

Au mois de juillet 1990 il revient aux Girondins de Bordeaux mais mauvaise pioche, il n’inscrit que 3 buts en 24 maths et ne sauve pas le club qui a de grosse difficultés financières et la DGNC ordonne la relégation. Fargeon descend à l’étage inférieur mais ne trouve toujours pas le chemin des filets avec seulement 1 seul but en 20 matchs. Il décide alors de retourner en Suisse où il finira sa carrière dans l’anonymat.
Ce joueur aura été une comète dans le foot français, il fallait être là pour le voir, quelques années plus tard, c’est Ibrahim BA qui l’imitera au Parc Lescure (voir l’article sur Ibou BA)
Fargeon, une fois les crampons raccroché aurait complètement coupé les ponts avec le monde du football professionnel et serait devenu au dernières nouvelles agent immobilier dans une société de la commune de Bouscat, ville dont il est conseiller municipal (voir le site de la ville de Bouscat, il est conseiller au sport).


En conclusion, le mot de la fin sera pour le principal intéressé sur ces 6 mois de folie qui ont émaillé sa carrière :
« Mais, en six mois, j'ai eu l'impression de me retrouver sur une autre planète, qui me paraissait inaccessible auparavant. J'ai eu la chance d'évoluer dans une super-équipe, pris dans un élan, emporté dans un tourbillon d'images fortes. Souvenirs à répétition, qui se bousculent dans ma tête. L'année de toutes les premières ... Il y a eu la première fois que j'ai foulé le terrain de Bordeaux. Puis mon premier but contre Lille, après vingt minutes de jeu. Puis mon premier match en Olympiques, mon premier but en Coupe d'Europe, mon premier titre de champion, ma première sélection chez les Bleus. Et la finale de la Coupe, l'apothéose. Quand j'étais encore spectateur, j'avais déjà des frissons pour ceux qui la gagnaient. Ce doublé était extraordinaire. Parce qu'on a douté, on nous a fait douter, mais nous avons tout de même démontré que nous étions les plus forts. L'important est de toujours y croire, même si un joueur traverse nécessairement des périodes difficiles. La force de caractère est la clé du succès. Personnellement, j'ai réussi une saison pleine, gagné beaucoup de choses, mais aussi montré mes faiblesses sur le penalty que j'ai refusé de tirer à Leipzig »
Malheureusement des demi-finales de coupe d’Europe il n’en a plus rejoué des masses après.

Voir l'article sur la saison complète des Girondins de Bordeaux version 1986-87

4 commentaires:

  1. Merci je ne connaissais pas ce joueur! quelle courtissime mais intense carrière, tellement inconnu que sa photo d’équipe de France le prénomme Thierry! lol

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  2. oh bien vu Tonino !! J'avais même pas vu la coquille. C'est une photo issu du magazine "ONZE" qui présentait l'équipe de France olympique 1988

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  3. Ah! l’équipe de France a fait les JO de Séoul?

    Quand je relis l'histoire on croirait que le garçon joue au foot par hasard lol (à moins que ce ne soit ton style littéraire qui donne cette impression lol)

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  4. Un OVNI ce Philippe Fargeon, mais sa 1ere saison était exceptionnelle, un but à chaque match. Il a été du niveau de Pauleta pendant quelques mois.

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