Pologne 1974 : A la conquête du titre mondial

Comme on l’a vu dans l’article sur la Pologne de 1972-74, les polonais se sont brillamment qualifiés pour le mondial allemand, créant la sensation de ces éliminatoires en privant les anglais de mondial pour la 1ère fois de leur histoire. Et pourtant les polonais sont toujours catégorisés au rang de petit poucet et sont perçus comme une curiosité au même titre que les zaïrois ou les haïtiens.
Cette 10ème Coupe du Monde se déroule selon une formule inédite. Les seize équipes participantes sont réparties en quatre groupes. Le classement par points (2 pour une victoire, 1 pour un match nul et 0 pour une défaite) et éventuellement la différence de buts qualifiera les deux premiers de chaque poule. Ensuite, et pour la première fois de l’histoire, les huit équipes restant en compétition seront réparties en deux groupes où elles se rencontreront selon la formule championnat. A l’issue de ces matchs, les deuxièmes seront opposés le 6 juillet lors du match de classement. Les premiers s’affronteront le lendemain lors de la finale.
Le tirage au sort qui a eu lieu le 5 janvier 1974 a déterminé les groupes suivants :
Groupe I : Allemagne de l’Ouest, Allemagne de l’Est, Chili, Australie
Groupe II : Brésil, Yougoslavie, Écosse, Zaïre
Groupe III : Pays Bas, Uruguay, Suède, Bulgarie
Groupe IV : Italie, Argentine, Pologne, Haïti

Comme on l’a vu pour les éliminatoires, pour constituer le groupe qui va défendre les couleurs de la Pologne le sélectionneur Kazimierz Gorski a donc décidé de s’appuyer sur l’ossature de l’équipe sacrée championne Olympique deux ans plus tôt. Il va tout de même y apporter du sang frais en intégrant des jeunes espoirs tels le stoppeur Wladyslaw SMUDA ou l’attaquant, futur terreur bourguignonne, Andrej SZAMARCH, qui feront un mondial époustouflant.
Au premier tour les Polonais n’ont pas hérité d’un groupe facile avec l’Italie finaliste de l’édition précédente, l’Argentine une des meilleures équipe d’Amérique du Sud et Haïti qui a réussi à sortir du guêpier des éliminatoires de la zone CONCACAF.
Le premier match des Polonais les oppose à l’Argentine. Dès la 7ème minute Lato ouvre le score sur un corner tiré par l’ailier gauche Gadocha et relâché par le gardien argentin. La défense des Argentins n’a pas le temps de se ressaisir, et moins de deux minutes plus Gadocha trouve l ’avant centre Szarmach qui double la marque. Les Sud Américains, complètement débordés, ne se remettent pas d’une telle entrée en matière. A la mi-temps le score est donc de 2 à 0 pour les Polonais et ce n’est pas cher payé.

Au retour des vestiaires, les Argentins semblent mieux organisés. Ils réduisent le score après une heure de jeu par Hérédia d’une frappe brossée mais n’ont pas le temps de croire à nouveau en leurs chances. Deux minutes plus tard, Lato profite d’une nouvelle mésentente de la défense sud-américaine pour inscrire son second but personnel. La Pologne reprend deux buts d’avance et mène 3 à 1. Même si les “ ciel et blanc ” reviennent au score, ils n’inquiètent pas les Polonais qui s’imposent donc par 3 à 2. Ce premier match est beaucoup moins serré que ne l’indique le score final. Déjà, les Polonais surprennent par leur jeu vif, parfaitement orchestré par le capitaine DEYNA. Ils rentrent aux vestiaires sous les ovations des spectateurs enthousiasmés par cette équipe qu’ils ne connaissaient pas mais qu’ils avaient découverte avec plaisir.


Le mercredi 19 juin les Polonais retrouvent la pelouse du stade Olympique de Munich où ils ont été sacrés champions Olympiques deux ans plus tôt. Leur deuxième rencontre du groupe IV les oppose à l’équipe d ’Haïti capable aux yeux de certains de brouiller les cartes. Lors de leur première rencontre face à l ’Italie les Haïtiens ont réalisé un très bon match ne s’inclinant que 3 buts à 1 après avoir ouvert la marque par leur attaquant Sanon (on reviendra bientôt sur ce match dans OSP). Contre la Pologne l’effet de surprise ne joue pas. Après trente minutes les Polonais ont déjà marqué quatre buts et à la mi-temps le score est de 5 à 0 . Après le repos SZARMACH marque son troisième but personnel et LATO son second. Le match est une véritable promenade de santé et se termine par un cinglant 7 à 0. Quoi qu’ ’il arrive lors du dernier match les Polonais sont d’ores et déjà qualifiés puisque dans l’autre match de ce groupe Italiens et Argentins se quittent sur le score nul de un but partout.

Bien que la qualification soit assurée, il n’est pas question pour Gorski d’aligner ses remplaçants. C’est donc l’équipe type qui va affronter les transalpins. Ces derniers doivent absolument l’emporter. Lorsqu’ ’ils entrent sur le terrain, les Italiens se rappellent que ce sont les Polonais qui ont éliminé les Anglais dans leur temple de Wembley. En ce dimanche 23 juin à Stuttgart, ils ne savent pas encore qu’ils vont vivre quatre vingt dix minutes infernales devant une équipe polonaise déchaînée.

Contrairement à leurs deux précédents matchs, les Polonais débutent la partie de façon prudente. Durant le premier quart d’heure les Italiens se procurent deux occasions d’ouvrir le score mais sont contrés par la défense polonaise. Passée cette entrée en matière un peu timide, la Pologne va faire preuve jusqu’à la fin du match d’une maîtrise collective et individuelle impressionnante. Les Italiens sont complètement surclassés. Les “ blancs et rouges ” inscrivent deux buts d’anthologie. Le premier est l’œuvre de Szarmach de la tête sur un long centre de Kasperczak à la 38ème minute. Quelques secondes avant la fin de la première mi temps, le capitaine Deyna double le score d’une fantastique reprise de volée (45ème) sur un autre centre de Kasperczak. Les Italiens réduisent bien le score à quatre minutes de la fin du match par Capello mais la rencontre s’achève sur le score de 2 à 1 pour les Polonais. L’Italie est éliminée. Les joueurs transalpins regagnent leur pays par la petite porte et en toute discrétion. Avec trois victoires en trois matches, les “ aigles blancs de Gorski ” réussissent un carton plein et commencent réellement à inquiéter les prétendants au sacre final.

Le grand public commence à se prendre de sympathie pour cette équipe de jeunes joueurs venus de l’Est. Le jeu offensif et sans calcul de la sélection enthousiasme les observateurs. A l’amorce du second tour les Polonais passent du rôle de « trouble - fête » à celui de prétendant au titre suprême. Il va sans dire que leurs futurs adversaires dans le groupe B (Suède, Yougoslavie et RFA) commencent à s’en inquiéter.
La Pologne débute cette seconde phase en rencontrant la Suède. La sélection ne confirme pas l’impression favorable du premier tour et a énormément souffert pour défaire le onze suédois (1-0 avec un grand match du portier polonais Jan Tomaszewski, le héros de Wembley) mais comme le dit l’entraîneur Gorski "on ne peut tout de même pas demander à la Pologne de gagner ses matches et de faire en même temps tout le spectacle".
Quatre jours plus tard à Francfort, les Polonais remportent leur cinquième victoire en cinq matches face à des Yougoslaves sans imagination et pratiquant un jeu défensif. Dans le même temps, la RFA a battu difficilement la Suède par 4 à 2. Le dernier match RFA – Pologne est donc décisif pour désigner le vainqueur du groupe. Une véritable “ demie-finale ” sauf que l’Allemagne, grâce à une meilleure différence de but, peut se contenter d’un match nul.

L’affiche s’annonce grandiose. D'un côté, le jeu réaliste et physique des Allemands de l'Ouest jouant à domicile, de l'autre la révélation du tournoi, la Pologne et son jeu très rapide et tactique. Malheureusement un orage démentiel inonde Francfort en ce mercredi 3 juillet. Des pluies diluviennes inondent le terrain et l’arbitre autrichien M. Linemayr commence par retarder le coup d’envoi de trente minutes. Les pompiers et les employés du stade tentent d’évacuer le maximum d’eau. Malgré tous ces efforts le terrain reste détrempé et les balles sont freinées par d’immenses flaques. La finale étant programmée le dimanche, l’arbitre décide quand même de faire jouer le match. La partie va se dérouler dans des conditions inacceptables quand on sait que l’issue de la rencontre va désigner un des finalistes de la 10ème Coupe du Monde. Les Polonais au jeu plus technique s’adaptent mieux aux conditions du terrain que leurs adversaires. La défense germanique ne sait comment contenir les offensives polonaises. Il faut une partie prodigieuse de Sepp Maier, pour éviter que les Allemands ne soient menés au score à la mi temps.


En seconde mi-temps, les Allemands retrouvent leur valeur athlétique. Poussés par leur public ils mettent la pression sur l’équipe Polonaise qui commence à ressentir la fatigue sur ce terrain très lourd. A la 76ème minute une relance en profondeur de Beckenbauer trouve Bonhof qui passe à Holzenbein. Ce dernier dribble Zmuda et après un contre favorable sur Szymanowski glisse la balle à Müller. Le bombardier allemand ne rate pas une telle occasion et d’un tir de 15 mètres à ras de terre trompe Tomaszewski. Pour la première fois depuis le début de la compétition les Polonais sont menés au score. Ils doivent marquer deux buts en un quart d’heure pour parvenir en finale. Gorski joue le tout pour le tout et fait renter un attaquant supplémentaire. Rien n’y fait et le score en reste là. Les “ blancs et rouges ” s’inclinent donc sur le score de 1 à 0 pour ce qui sera leur seule défaite du tournoi.
Incontestablement, c’est en première période que les Polonais ont laissé passer leur chance. A l’issue du match Gorski déclare : “ c’est moins le but de Müller que les trois arrêts fantastiques de Maier qui ont qualifié l’Allemagne ”
Il reste encore un match à disputer aux “ blancs et rouges ”. Pour la place de troisième la Pologne est opposée au Brésil en ce samedi 6 juillet 1974. Pour les Sud Américains écartés de la finale par les Pays Bas le cœur n’y est plus. La Pologne l’emporte et s’offre donc une victoire de prestige face au Brésil champion du monde sortant.
Les Polonais plus forts que les Cariocas, le rêve devient réalité et le pays tout entier explose de joie à la fin du match qui consacre les Polonais troisièmes de ce championnat du Monde.

Ignorée des médias l’équipe de Pologne séduit de plus en plus les amateurs de football de tous les pays. Le fait que la Pologne soit le premier pays de l’Est depuis la grande équipe de Hongrie à tenir la dragée haute aux traditionnelles grandes nations du football la rend attachante auprès de nombreux amoureux du football. Le grand public commence à s’intéresser à ces joueurs bien loin des stéréotypes habituellement affichés par les sportifs de l’Est. Ces derniers se doivent d’être « propres sur eux » : coupe de cheveux au millimètre, toujours sérieux et tendu vers l’objectif de la performance. Les sportifs de l’URSS en sont la plus parfaite illustration. Présentés par la presse comme des joueurs fonctionnaires surveillés par la police et n’ayant pas l’autorisation de jouer dans les pays occidentaux les sportifs de l’Est n’inspirent pas la sympathie. Les joueurs polonais au contraire portent les cheveux longs et des belles bacchantes (Szarmach ou Gadocha en sont de magnifiques ambassadeurs), sont rigolards et ne donnent pas l’impression d’être opprimés. L’ambiance au sein du groupe est excellente sur le terrain et en dehors. 

Un sentiment de liberté, espérée par de nombreux Polonais, souffle sur cette équipe. Il faut dire qu’une vague d’optimisme arrive sur la Pologne au début des années 70. Au plan politique les crédits occidentaux affluent dans l’espoir que la Pologne ne quitte le pacte de Varsovie. En 1973 la Pologne va effectuer une tournée aux Etats-Unis (médiocre sur le plan sportif) et l’année suivante Edouard Gierek est le premier dirigeant polonais à être reçu à la Maison Blanche. La Pologne est le premier pays de l’Est à autoriser ses joueurs à quitter le pays une fois passé trente ans permettant à bon nombre de clubs occidentaux de recruter des joueurs de qualité à des prix défiant toute concurrence. Et ça on va le voir dans les prochains jours avec les portraits des héros de ce mundial : DEYNA, GADOCHA, KASPERCZAK, LATO (qui terminera meilleur buteur de cette coupe du monde 1974 avec 7 pions), SZAMARCH, TOMASZEWSKI, ZMUDA ou encore le malheureux LUBANSKI.

Voici la présentation de l'équipe de Pologne 1974 par Panini :

Jan TOMASEWSKI
Jerzy GORGON
Antoni SZYMANOWSKI
Adam MUSIAL
Miroslaw BULZACKI 
Zbigniew GUT
Zygmunt MASZCZYK
Henrik KASPERCZAK
Leslaw CMIKIEWICZ
Kazimierz DEYNA
Grzegorz LATO
Wlodzimierz LUBANSKI
Jan DOMARSKI
Robert GADOCHA






Et puis c'est cadeau : la page de la Polognede l'Album F.K.S 1974 :






1 commentaire:

  1. en voilà une superbe équipe.Je me souviens du mundial 1974.
    Notamment un allemagne pologne avec un terrain gorgé d'eau.Les polonais auraient dû le gagner ce match d'ailleurs.

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