L'exode des polonais : Le « général » DEYNA

Sa jeunesse innocente

Né en 1947 à Starogard Gdanski le jeune Kazimierz rejoint les couleurs du club local. Très vite sa réputation dépasse les limites de la ville. Sélectionné dans les équipes nationales de jeunes, il attire la convoitise des grands clubs de Division 1. En 1966 Le LKS Lodz pense avoir réalisé la bonne affaire en faisant signer le jeune surdoué. C’est sans compter avec la toute puissance du club du Ministère de l’Armée le Légia Varsovie et de son influence dans le système politique polonais. Après seulement un match joué pour le club de Lodz, Kazimierz reçoit une très habile convocation pour effectuer son service militaire à Varsovie. A dix neuf ans Deyna arrive au Légia. Il ne sait pas encore qu’il va passer treize saisons sous les couleurs du club de la capitale, en devenir l’un des éléments moteurs et du même coup le chouchou du public et d’une nation.

A Varsovie, le militaire devient le général

Le Légia est à l’époque un des meilleurs clubs de Pologne mais subit l’hégémonie du Ruch Chrozow. Il compte dans ses rangs des joueurs très talentueux comme Gadocha et Kasperczak. L’arrivée de Deyna doit, c’est du moins ce qu’espèrent les dirigeants, permettre au club de Varsovie de renverser le Ruch Chorzow qui truste les victoires en championnat et en coupe. Lors de sa première saison Deyna, joue douze matchs et marque 6 buts. Jaroslav Vejvoda, l’entraîneur du club, voit rapidement à quelle catégorie de joueur appartient Deyna. Il confie rapidement au jeune Kazimierz l’animation du jeu de l’équipe. Dès la saison 67/68 il devient le titulaire indiscuté du poste de meneur de jeu du Légia. La première sélection en équipe nationale ne se fait pas attendre et en avril 1968 il porte le maillot blanc frappé de l’aigle pour une victoire facile face à la Turquie (8 à 0). Kazimierz signe là un long bail avec la sélection dont il portera le maillot 97 fois (sélections officielles) pour un total de 41 buts.

Avec un tel joueur dans ses rangs le Légia s’attribue le titre de champion deux fois consécutivement (1969, 1970). Le club de la capitale participe donc à la coupe des clubs champions européens. Lors de la saison 69/70 les Polonais ne tombent qu’en demie finale face au futur vainqueur de l’épreuve le Feyenoord Rotterdam. Le club de Varsovie élimine successivement le club roumain d’Arad, les Turcs du Galatasaray et l’AS Saint Etienne. Cette double confrontation face au champion de France marque les esprits et commence à faire connaître DEYNA au-delà des frontières de son pays. Lors des deux victoires des joueurs de Varsovie face aux stéphanois DEYNA a été étincelant. Meneur de jeu très clairvoyant il s’est également imposé comme buteur avec une réalisation dans chacun des deux matchs. Les journalistes français impressionnés lui attribuent alors le surnom de « Général » qui lui restera jusqu’à la fin de sa carrière. A partir de cet instant les dirigeants de Saint Etienne feront tout ce qui est en leur pouvoir pour engager le prodige polonais. En vain.

Les années en sélection et naissance de la génération dorée polonaise

Deyna est des campagnes glorieuses de l’équipe nationale (voir les articles  sur la Pologne : Pologne 1972-74 les bases d’une grande épopée et Pologne 1974 : A la conquête du titre mondial) . Gorski le sélectionneur lui confie la même mission que celle qu’il a en club à savoir organiser le jeu. En 1972 la Pologne devient championne olympique avec un Deyna meilleur buteur du tournoi (9 buts). En 1973 suite à la grave blessure de Lubanski il devient capitaine de la sélection. C’est brassard au bras que le Général emmène ses troupes se qualifier à Wembley pour la coupe du monde 1974. Lors de la compétition en Allemagne Deyna est au sommet de son art et contribue très largement à la troisième place polonaise. Désigné meilleur meneur de jeu du tournoi il figure dans l’équipe type de la compétition. Cette année là le joueur polonais est même sacré troisième à l’élection du ballon d’or derrière Beckenbauer et Cruyff excusez du peu ! Après avoir obtenu une médaille d’argent aux Jeux olympiques de Montréal Deyna participe à sa seconde phase finale de coupe du monde en Argentine en 1978. La Pologne y obtient une méritoire cinquième place et Kazimierz met fin, à cette occasion, à sa carrière internationale.

Passage raté en Angleterre

En 1978, Deyna est âgé de 31 ans. Bien que ses meilleures années de footballeur soit derrière lui il peut prétendre à un départ vers l’étranger. Pas de Réal, d’Inter ou de Cosmos ce sont les autorités militaires polonaises décident. Contre une indemnité de transfert ridicule (110 000 livres sterling et des équipements de bureau !!!) Deyna part vers Manchester City. A cette époque le football britannique n’est pas réputé pour son côté technique. Deyna l’amoureux du beau geste ne se fera jamais au jeu rugueux développé dans le championnat anglais. Il reste deux saisons à Manchester City disputant 38 matchs de championnat et marquant 13 buts. Pourtant Kazimierz rêve d’autres horizons.

Amérique le voyage sans retour

A 34 ans Deyna part de l’autre côté de l’Atlantique jouer pour le club des San Diego Sockers. Deyna retrouve là bas un football plus en phase avec ses qualités techniques et surtout un football sans pression. A la même époque il fait partie de la distribution du film « A nous la victoire » où il côtoie des joueurs tels que Pelé, Ardilès, Van Himst et Bobby Moore ainsi que l’acteur Sylvester STALLONE en jeune premier. Deyna va passer plusieurs saisons magnifiques dans le club californien avec trois titres de champion des Etats-Unis à la clé. En 1987 il met fin à sa carrière et souhaite ouvrir une école de football pour les jeunes. Ruiné par son manager américain il ne peut mettre son projet à exécution. A cette même époque il rencontre des difficultés dans sa vie familiale. Tous ces éléments font que Deyna, qui n’a jamais touché une goutte d’alcool, commence à boire. Fatigué il envisage de revenir dans sa Pologne natale. Le destin ne lui en laissera pas le temps. En cette fin d’été 1989 il trouve la mort au volant de sa voiture à 42 ans. Les analyses pratiquées laisseront apparaître un fort taux d’alcool dans son sang. Seules les autorités américaines et l’encadrement du club de San Diego seront présents lors de son enterrement. Aucun membre de sa famille ou amis ne viendront à la cérémonie. Aucun représentant de la fédération polonaise ou du Légia Varsovie ne fera le déplacement. 


2 commentaires:

  1. Très belle histoire Alex !!!
    la fin est bien triste...

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  2. Merci Cédric, mais faut que j'arrête de faire dans le larmoyant. Après Cuciuffo et Landi j'en suis à mon 3ème joueur de suite qui nous quitte brutalement et rapidement

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