Carnet sud-américain de l’équipe de France – Été 1977

La saison 1976-1977 vient de s’achever et en France, elle vient de couronner le FC Nantes du titre suprême (voir article sur le FC Nantes 1976-77), mais pour les internationaux la saison n’est pas finie, loin de là. L’équipe de France qui traverse un désert footballistique depuis dix neuf ans voit du bout de la lorgnette la possibilité de se qualifier pour le mondial argentin de 1978. En effet cette nouvelle génération emmené par le génial meneur de jeu de Nancy, un certain Michel Platini a son destin entre les mains, il suffit pour les bleus de battre les bulgares à l’automne suivant au Parc des princes pour récupérer un billet pour le mondial. Evènement qui n’était plus arrivé à la maison tricolore depuis le mondial suédois de 1958 et la superbe 3ème place des Kopa, Piantoni et Justo Fontaine. 

Ce rendez vous du 16 novembre 1977 hante les nuits du sélectionneur national, Michel HIDALGO. Ce dernier conscient des qualités de son groupe mais aussi de ses faiblesses avait exigé tout l’hiver, que sa fédération lui programme une tournée internationale, parce qu’il veut que ses bleus sachent évoluer dans des conditions qui ne sont pas les siennes habituellement, parce qu’il veut que ses bleus traitre d’égales à égales avec les meilleurs formations du monde. 

Et sa fédération ne va pas le décevoir, en cette fin juin 1977, les bleus partent en tournée dans l’hémisphère sud (comme les rugbymen ont l’habitude de le faire) pour un programme herculéen. Deux matchs seulement mais deux matchs à jouer bien plus difficiles que de laver les écuries d’Augias, pire que de descendre aux enfers capturer Cerbère, les bleus doivent affronter coup sur coup l’Argentine à la Bombonera (le stade de Boca Juniors) puis enchainer face au Brésil au Maracaña ! Deux chocs des titans en 4 jours
Hidalgo a retenu 19 joueurs pour cette tournée, avec une belle ossature nantaise (6 joueurs), voici les 19 sélectionnées qui auront l’honneur de fouler ces pelouses mythiques 

Gardiens : Baratelli, Rey
Défenseurs : Bossis, Trésor, Rio, Battiston, Zambelli, Janvion
Milieux : Michel, Platini, Bathenay, Sahnoun, Giresse, Rouyer, Amisse
Attaquant : Baronchelli, Six, Lacombe, Zimako

Voici le récit de cette tournée exceptionnelle, les images présentes dans cet article ne sont pas des vignettes Panini mais Léon GLOVACKI (Sauf pour les photos d'équipes qui sont des photos de presse et  prisent avant les 2 matchs historiques). En 1978 cette édition a essayé de concurrencer Panini  mais ne fera qu'un seul essai, c'est bien dommage car en plus des clubs de 1ère division, l'Édition GLOVACKI avait réservé une page spéciale à l'équipe de France où les 16 joueurs représentés étaient de cette tournée historique (j'avais déjà évoqué cette édition dans l'article sur Jean Michel LARQUE futur entraineur du PSG). Ces images avaient un avantage c'est qu'elle dressaient des portraits des joueurs debout, et comme pour Jean Mimi, on avait pu s'apercevoir qu'il portait un magnifique moule-pruneaux à pattes d'eph, ici on peut voir les magnifiques "tennis" d'Alain GIRESSE.

Chap 1 ¨L’arrivée en Argentine

Les joueurs arrivent le 22 juin 1977 à Buenos Aires. 17 heures de vol. Max Bossis qui a enlevé ces chaussures pendant le voyage ne peut plus les remettre et se fait chambrer par toute l’équipe, l’ambiance dans le groupe est bonne comme aimait tant le répéter Patrice EVRA lors du dernier mondial.
Les joueurs sont logés dans un country club des plus luxueux de la capitale argentine, les installations sportives impressionnent joueurs et staff des bleus. Hidalgo commence les séances d’entrainement et à la fin de la tournée il avouera que ses plus gros doutes était de savoir comment annoncer aux joueurs qui ne débuteraient pas la rencontre, tellement ses joueurs sont enthousiastes à l’idée d’affronter ces deux géants sur leurs terres. Pourtant son choix est quasiment fait pour son premier match, l’équipe aura une ossature nantaise, pour aligner d’entrée des joueurs ayant certains automatismes.

La vielle du match, les bleus assistent à la rencontre du 15 de France face aux Pumas et la victoire des bleus (chose qui n’est pas arrivée souvent depuis). La victoire des rugbymen donnent de l’entrain aux « manchots ».










Chap 2 : La bombonera

Les 11 bleus qui débutent à la Bombonera

Dimanche 26 Juin 1977, le jour J. Hidalgo répète aux médias que le résultat n’est pas le plus important dans cette tournée mais son discours dans le vestiaire est différent. Avant le départ en bus, il fait une causerie de 20 minutes aux joueurs, le thème ? Il faut ajouter une nouvelle dimension à ce que les bleus ont déjà fait depuis 2 ans. Jusqu’à cette tournée les bleus ont cherché à mettre en place un style, mais aujourd’hui il leur demande de durcir leur jeu.

L’arrivée au stade, la foule est déjà là. Dans le vestaire Hidalgo reparle de l’exploit des rugbymen la veille et insiste sur 2 points importants : Le marquage qui doit durer 90 minutes et être un perpétuel harcèlement lorsqu’on n’a pas le ballon et second point, le mouvement ! Qui est l’obligation de chacun dès que l’un des bleus récupère un ballon.
Le match débute, et Hidalgo est surpris, agréablement, les français sont au dessus physiquement des argentins, gênés par le pressing français.
La 1ère mi-temps s’achève sans action de part et d’autres, Baratelli n’ayant pas été inquiété une seule fois. A contrario il en été de même pour son homologue argentin.
Lorsque la seconde mi-temps débute, les argentins asphyxient les français et réveillent la Bombonera qui applaudissaient les français en fin de 1ère mi-temps.

Les français plient mais ne rompent pas et une fois l’orage du premier ¼ d’heure passé reprennent l’initiative du jeu, et à 10 minutes de la fin, tout le monde croit à la victoire (méritée) qui se dessine quand Zimako, tout juste rentré en jeu, file seul face à BALEY le portier argentin. Malheureusement le bastiais tente le lob, qui passe…. à côté. C’est fini 0-0, les bleus ont livré un grand match, ils ont complètement étouffé Luque et Kempes.
En conférence de presse, les médias argentins ne veulent que faire dire à Hidalgo ce qui ne va pas dans le schéma tactique de Menotti, le sélectionneur tricolore ne rentre pas dans ce jeu et ne parle que de ses satisfactions, collectives et individuelles, et elles sont nombreuses. Ce qui rend perplexe Hidalgo qui se dit qu’il n’y aura que 11 français qui débuteront le match au Maracaña et qu’il faudra choisir les 8 qui resteront sur le banc.

Le soir du match footballeurs et rugbymen français se retrouvent pour une soirée où plusieurs marseillaises ont résonnés tard dans la nuit argentine.
















Chap 3 : Rio de Janeiro.

Le lendemain matin, les joueurs dorment dans l’avion qui les conduit jusqu’à Rio de Janeiro. A l’aéroport la pression est déjà là. TV, radio, presse, les journalistes harcèlent les français loin du confort du country club argentin.
Mardi 28 juin, à l’issue de l’entrainement de l’après midi, Hidalgo annonce à chacun si il démarre ou pas la rencontre. L’état d’esprit du groupe est irréprochable, par exemple Henri MICHEL, capitaine courageux dans l’arène de la Bombonera malgré une contracture en fin de match est écarté par Hidalgo car diminué physiquement, le capitaine des bleus répondra au sélectionneur : « pas de problème, c’est normal ». Un groupe est né en Amérique du sud.

Le lendemain, la veille du match, les joueurs ont quartier libre la journée avant de s’entrainer le soir au Maracaña, si les tribunes impressionnent la pelouse pas du tout. Elle est épaisse et haute, trop, les joueurs ne savent pas comment faire pour faire rouler le ballon mais il faut s’adapter et c’est le but de cette tournée d’évoluer dans un milieu plus « hostile ».











Chap 4 : Le Maracaña

Les 11 qui débutent au Maracana

Jeudi 30 juin, le matin dans sa causerie d’avant match Hidalgo n’a pas grand-chose à dire la motivation est là et tactiquement il faut reproduire ce qui a été entrevu 4 jours plus tôt à Buenos Aires mais avec plus d’audace. Seul changement un petit discours pour contrer Rivellino, l’homme qui fait le plus peur au bleus.
Le match débute, le stade n'est pas plein mais l'ambiance est incroyable et le public pousse la séléçao. Pour les bleus c’est l’asphyxie, tout le monde court après le ballon, après un brésilien et c’est l’asphyxie musculaire puis mentale. Les bleus souffrent, les brésiliens déroulent. Pourtant les bleus regagnent les vestiaires avec un seul but de retard (1-0), Edinho profitant d’une maladresse de Rey dans les buts. Mais la dernière occase a été française, Lacombe trouvant Six dans l’intervalle sans réussite pour l’attaquant de Valenciennes. Mais cette lueur d’espoir va servir à Hidalgo pour son discours à la mi-temps. 

Il demande aux bleus d’être plus audacieux, maintenant qu’ils ont « digérés » le stade, le nom du Brésil et l’ambiance folle imposée par les supporters.
Mais les espoirs s’écroulent rapidement, 51ème minute, Roberto DINAMITE, dynamite justement la défense française et donne l’avantage 2-0 pour le Brésil. Les français réagissent enfin et vont lâcher le frein à main qui les bloquait depuis le coup d’envoi. La minute après l’égalisation, Six réduit la marque d’un but fantastique. Le plus simple c'est encore de le regarder :

video

Les français prennent le jeu, les jambes ne sont plus lourdes tandis que les brésiliens sont à leur tour asphyxiés. Le banc de touche français s’en rend compte, et Hidalgo, Bourrier (son adjoint) hurlent aux bleus sur le terrain : « ils sont cuits, ils sont morts, c’est le moment » mais les joueurs témoigneront après le match qu’ils n’entendaient pas les coachs pendant le match tellement le stade résonnait. Mais bientôt il va résonner favorablement pour les bleus. 

Platini et consort livrent une prestation de haute volée et deviennent euphorique comme transcendés et à 5 minutes du terme de la rencontre les français égalisent, justement, par Marius Trésor. Il n’y a plus qu’une équipe sur le terrain et des tribunes on entend des « frança, frança !! »
Les bleus poussent dans cette fin de match pour empocher une victoire historique qui leur tend les mains mais il reste trop peu de temps. Les 2 équipes se séparent sur ce score de parité. 0-0 à la Bombonera, puis remonter 2 buts au Maracaña, les français sont sur la bonne voie, ils ont appris et ils ont vu que l’écart qui les séparaient des grands nations n’étaient pas insurmontable.

Un an plus tard les français retournaient en Argentin pour disputer le mondial car le 16 novembre 1977, ils ont écrasé les bulgares 3-1 avec un Michel PLATINI au sommet. Sûrement que le groupe France après avoir gouté aux parfums de l’Amérique du sud ne voulaient pas laisser les bulgares partir là bas à leurs places.

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